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«Pour une administration en réseaux»

« Pour une administration en réseaux »

Yahya El Yahyaoui

Note de synthèse

1- Trois remarques liminaires sont à évoquer :

- Le concept de réseau caractérise, tout comme il porte la marque de la réalité des économies et des sociétés à l’ère de l’information : tout (en ce début de siècle) semble s’organiser ou tend à l’être en termes de réseau.

Si les réseaux (re) façonnent les formes d’organisation de l’Etat, des institutions et des collectivités territoriales, ce n’est fondamentalement nullement sous l’effet d’un quelconque déterminisme technologique mais plutôt sous l’angle d’une interaction complexe faisant intervenir le mode de développement, la culture et les systèmes de valeurs.

- La révolution numérique, entamée il y a déjà deux décennies , ne se définit pas uniquement par rapport aux vertus de la fameuse convergence des technologies de l’information et de la communication, mais aussi et davantage par son effet contagieux sur les structures organisationnelles, de gestion et de comportement  des individus, des régions et des espaces en général : le pouvoir des flux prenant de plus en plus le pas sur les flux de pouvoir, disait Manuel Castells.

- L’administration en réseaux (dite aussi numérique ou électronique) n’est que résultante (et nullement cause à notre sens) de la mise en commun et de la connectivité des techniques d’information et de communication. Autrement les « techniques numériques » ne sont autres qu’un outil au service d’un « modèle administratif » dont il faudrait au préalable définir la philosophie, les contours et le parcours à long terme. 

2- Il en découle que :

-  Que la mise en réseau des différents maillons de l’administration (tout comme des entreprises et de l’espace) ne devrait en aucun cas être élevée au rang de finalités ou d’objectifs recherchés mais plutôt vue et définie comme un moyen, un outil au service d’une « politique administrative » préétablie et stable.

- Que la connectivité, et par conséquent l’accessibilité de l’administration aux réseaux est nécessaire. Elle n’est toutefois pas suffisante si les contenus transitant par ses réseaux (ou les empruntant) sont inexistants, de peu d’importance, circulant à sens unique, ne parvenant pas à réorganiser l’administration ou ne pouvant servir l’utilisateur. Dans ce dernier cas, l’« administration numérique » serait pure rhétorique dépourvue de consistance.

- Que tout autant que l’accessibilité, l’appropriabilité est aussi de mise…sinon quelle valeur réserver aux contenus véhiculés par les nœuds de l’« administration numérique » si au bout de la chaîne l’utilisateur est un « analphabète numérique » ou n’ayant la possibilité d’accéder aux réseaux ou de s’en approprier l’usage ?

3- De quelle « administration numérique » parle-t-on pour le cas du Maroc quand :

- Moins de 3% de fonctionnaires seulement sont connectés… avec 1 PC pour 35 personnes (abstraction faite du type de connexion). C’est dire, au-delà même de la nature et de la qualité des contenus, que l’accessibilité (base matérielle de l’« administration numérique ») est sinon gravement biaisée, du moins foncièrement contrainte ?

- La stratégie E-Maroc (E-Administration entre autres) est une véritable fuite en avant, car au lieu de définir clairement la stratégie et voir le type de techniques devant lui correspondre ou la concrétiser, on met au devant les outils et les équipements selon une simple logique instrumentaliste par ailleurs classique et peu vertueuse.

- L’administration marocaine (au-delà d’un quelconque jugement de valeurs) est une administration bureaucratisée, corrompue, pervertie et traversée par de puissants réseaux de clientélisme et de nippotisme…Les techniques numériques peuvent contribuer à rompre un tel cercle, comme elles pourraient en consacrer la substance sous d’autres formes.

C’est la raison pour laquelle, l’avenir de l’administration au Maroc ne  passerait pas uniquement par l’introduction desdites techniques (ou même leur appropriation économique, sociale et spatiale), mais aussi et davantage par la définition du type d’administration à même de relever le défi de la démocratie, du service public, de la citoyenneté et du développement…  L’« administrateur numérique » en serait  certainement et l’initiateur et le promoteur.

 

Communication pour la Journée d’Etude « L’administrateur et l’administration numérique : Quelles perspectives pour le guichet unique ? » organisée par l’Association des Lauréats de l’Ecole Nationale d’Administration ; Technopark-Casablanca, 8 Juin 2002

 

 

 

 

 

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