Quoibion. M, Mémoire, Faculté de Droit, de Science Politique et de Criminologie, Université de Liège, 2025, 80 p.
La militarisation des technologies de l’IA dans les conflits contemporains permet « d’améliorer l’efficacité stratégique, tactique et opérationnelle des forces armées dans les quatre domaines traditionnels de la guerre, en offrant une capacité de traitement massif des données plus rapide, plus précis et plus performant, sans risquer une surcharge cognitive ».
Ces systèmes peuvent en effet, collecter des informations issues de sources multiples et « produire des décisions optimisées, à travers des capacités de renseignement, de surveillance, d’acquisition d’objectifs et de reconnaissance (ISR) ou encore l’identification des cibles permettant ainsi d’accélérer le cycle décisionnel ». Les logiciels et les données deviennent eux-mêmes des armes déployées dans le cyberespace, entendu comme « un espace informationnel résultant de l’interconnexion mondiale des systèmes d’information et de communication ».
Ainsi, la guerre russo-ukrainienne par exemple, démontre que dorénavant « la supériorité et la puissance militaire ne reposent plus uniquement sur la taille des effectifs ou la quantité de matériel, mais sur la capacité à analyser et exploiter, en temps réel, un volume important de données…Confrontée à un adversaire supérieur en nombre et en armement, l’armée ukrainienne a développé une stratégie reposant sur l’utilisation massive de drones bon marché et équipés de systèmes d’IA, capables d’identifier des cibles, de naviguer de manière autonome grâce à la cartographie du terrain, et d’évoluer en essaims interconnectés » : plus de deux cents entreprises ukrainiennes travaillent en étroite collaboration avec l’institution militaire et soutenue par de nombreuses firmes transnationales.
L’armée israélienne vante quant à elle, les IAs comme étant « la clé de la survie moderne », l’attaque du 7 octobre 2023 ayant marqué une intensification significative de l’utilisation de ces technologies offensives, s’imposant comme des outils essentiels. Le système Lavender est d’ailleurs conçu pour « recommander des individus comme cibles potentielles, grâce à l’analyse de différentes données de surveillance (informations visuelles et cellulaires), afin d’estimer, sur une échelle de 1 à 100, la probabilité que chaque personne donnée soit active au sein de la milice du Hamas ou du JIP ».
Le logiciel d’IA Where’s Daddy ? est conçu pour analyser les données issues de la localisation des téléphones mobiles, ainsi que des listes de cibles générées par d’autres systèmes d’IA, tel que le système Alchemist qui prévient les troupes israéliennes en cas d’attaques éventuelles du Hamas ou du JIP. En croisant ces données, le système Where’s Daddy ? signale aux forces israéliennes lorsqu’une cible potentielle est rentrée chez elle, permettant ainsi de procéder à des frappes de façon plus précise et plus rapide. Le système qui prenait auparavant des centaines d’heures ne prend maintenant que quelques secondes.
Gaza représente donc un cadre privilégié d’expérimentation pour les innovations militaro-technologiques d’IA mises au point par Israël. Le développement et l’utilisation intensive de ces technologies sont rendus possible par la présence d’un écosystème militaro-industriel très dense, lequel est par ailleurs étroitement lié aux grandes firmes américaines.
Il faudrait noter aussi que le complexe militaro-industriel israélien entretient des relations étroites avec de grandes entreprises américaines, en particulier les Big Tech, mobilisant, de ce fait, des technologies et logiciels d’IA développés par celles-ci dans ses opérations militaires dans la bande de Gaza. En effet, « à travers sa plateforme de cloud computing Azure et de ses logiciels d’IA, Microsoft a joué un rôle central auprès de plusieurs unités des FDI, dont l’unité de renseignement 8200 ».
Le géant technologique Amazon s’est également rapidement imposé comme un acteur clé pour l’armée israélienne, en lui fournissant des services de cloud et de serveurs afin de stocker d’importantes quantités de données de surveillance depuis la reprise du conflit en octobre 2023.
Rubrique « Lu Pour Vous »
18 juin 2026