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« ChatGPT va nous rendre immortels » (2/2)

Alexandre. L, JC Lattès, Paris, 2024, 407 p.

L’IA a quatre conséquences sur la nouvelle science du vieillissement. « Elle accélère la compréhension des mécanismes du vieillissement. Elle transforme ensuite la recherche des NBIC anti-vieillissement. Elle prédit la date de la mort et donc permet d’utiliser prioritairement la science du vieillissement chez les patients menacés à court terme. Enfin, l’IA aide à déterminer les leviers individuels de la médecine personnalisée contre les ravages de l’âge ».

Il se pose néanmoins un problème éthique : faut-il communiquer aux malades la probable date de leur décès ? Les Danois ont décidé de ne révéler à aucun des malades encore en vie les prédictions de l’IA, mais « il n’est pas éthique de cacher ces informations puisque les personnes qui connaîtraient leur mauvais pronostic pourraient changer leur mode de vie afin de casser le déterminisme prédit par l’IA ». La médecine prédictive est une condition nécessaire de la médecine préventive.

La future médecine sera celle des « 4P » : Prédictive, Préventive, Personnalisée et Participative. Elle sera aussi transversale, c’est-à-dire « qu’elle traitera l’organisme dans sa globalité au lieu de le traiter organe par organe. La médecine segmentée par spécialités est condamnée. Cette médecine globale que l’on peut qualifier de darwinienne intégrera également l’histoire de la vie, pour comprendre nos maladies à la lumière de notre évolution et de l’origine de nos gènes ».

En entrant dans le monde de la simulation informatique à très haute capacité, la médecine se rapproche de la physique nucléaire.

Vers 2035, « il y aura mille milliards de données dans notre dossier médical du fait du développement de la génomique, des neurosciences et des capteurs électroniques connectés qui vont monitorer notre santé. Cela représente des millions de fois plus de données qu’aujourd’hui ».

L’on prophétise l’émergence d’une médecine hypertechnologique où la robotique chirurgicale bouleverserait le rôle des médecins. Les médecins doivent prendre à bras-le-corps ces enjeux afin de devenir des «ingénieurs NBIC, donnant corps à une médecine régénérative, les directeurs d’hôpitaux se muant en dirigeants d’entreprises informatiques. L’hôpital de 2050 sera une entreprise d’informatique et de robotique ».

Faut-il accélérer la course à la Super Intelligence Artificielle pour tuer la mort ? « Les milliardaires du numérique se sont enrichis à un plus jeune âge que les capitaines d’industrie du siècle passé. Les milliardaires de l’IA sont paniqués par la mort et la croissance exceptionnelle de la puissance informatique les a convaincus que la mort de la mort est proche ». Il faut donc vaincre la mort.

Notre cerveau est un outil remarquable, économe en énergie, mais au débit limité à quelques octets par seconde. En 2024, deux ordinateurs échangent déjà des milliers de milliards d’informations par seconde… Aucune sélection génétique ne pourrait substantiellement améliorer la «bande passante » de notre cerveau.

Les nouvelles technologies déplacent le pouvoir. La puissance des GAFAM et BATX vient de leur capacité à créer ce cercle vertueux où l’accumulation de données permet de fournir les meilleurs services et donc d’attirer la masse de gens nécessaires à l’accumulation de données.

La notion de vie privée est en opposition directe avec leurs modèles d’affaires : c’est de la connaissance la plus large possible de chacun de nous, via le recoupement des données, qu’ils tirent leur puissance. Les politiques ne font plus l’histoire. Le vrai pouvoir sera de plus en plus entre les mains des géants du numérique américains et asiatiques. La fusion de la technologie et de la loi est une conséquence troublante de l’extension de la place de l’IA. Les règles essentielles n’émanent plus du Parlement mais des plateformes numériques. Les géants de l’IA ambitionnent d’ubériser les États et de devenir des puissances géopolitiques.

Les GAFAM ont acquis un immense pouvoir économique et géopolitique grâce à l’IA, dont ils ont le monopole : les États sont menacés d’ubérisation. Les dirigeants de Google expliquent depuis vingt ans qu’ils veulent organiser toute l’information du monde, ce qui est la promesse d’un immense pouvoir politique.

Il existe trois principaux types d’opposants à la « mort de la mort ». Les religions du passé, les intellectuels humanistes et les bioconservateurs. Les transhumanistes les appellent dédaigneusement les mortalistes : ceux qui acceptent la mort !

Débarrassé des hasards de la reproduction, prolongeant sa vie pour choisir quand mourir ou ne pas mourir, comment l’individu du XXI siècle aurait-il encore besoin d’un dieu ? La transformation de la religion elle-même sera la conséquence de la révolution des NBIC.

Rubrique « Lu Pour vous »

15 janvier 2026

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