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« ChatGPT va nous rendre immortels » (1/2)

Alexandre. L, JC Lattès, Paris, 2024, 407 p.

Dans la présentation à cet ouvrage, l’on lit ceci : « l’IA nous fait entrer dans une période d’hyperscience, d’hypertechnologie et d’hypercroissance ».

Et de continuer : « Ce tsunami technologique n’annonce pas seulement un bouleversement économique et social de plus. Il va changer la mort. Sam Altman, le créateur de ChatGPT, a tweeté que le coût de l’intelligence allait devenir nul et que cela entraînerait une révolution dans la recherche pour augmenter l’espérance de vie. Ray Kurzweil, vice-président de Google, s’est enthousiasmé pour cette vague technologique qui devrait selon lui entraîner la mort de la mort à partir de 2029 ».

L’on estime ainsi que le recul accéléré de la mort sera « la plus vertigineuse conséquence de la  grande convergence NBIC, c’est-à-dire les synergies entre Nanotechnologies, Biologie, Informatique et sciences Cognitives : l’idée que la mort est un problème à résoudre et non une réalité incontournable de la nature ou de la volonté divine va s’imposer ».

Les médecins n’ont pas imaginé une seconde que des firmes comme Google allaient venir sur leurs platebandes et annoncer vouloir nous rendre immortels. « L’euthanasie de la mort, la création de Super Intelligences Artificielles et l’exploration de l’univers, étaient les ultimes frontières pour l’humanité. Elles vont être franchies ».

Ces trois frontières sont étroitement liées : « la Super Intelligence Artificielle est indispensable pour faire reculer la mort et le bricolage cosmologique est nécessaire pour nous rendre immortels. L’euthanasie de la mort suppose de rendre l’univers immortel ».

C’est que « les progrès génétiques, les nanotechnologies et l’explosion de la robotique vont littéralement remodeler l’humanité et révolutionner la médecine. La connaissance des caractéristiques génétiques de chacun ouvrira la voie à une médecine personnalisée. Nous allons avoir la capacité technique de transformer la vie, et rien ne nous empêchera d’user de ce pouvoir ».

La puissance informatique maximale sur terre aura été multipliée par cent milliards de milliards en quatre-vingt sept ans. Les experts envisagent des ordinateurs effectuant un milliard de milliards de milliards d’opérations par seconde vers 2050. Cette capacité de calcul explosive change radicalement l’aventure humaine et pourrait être la clé de l’éternité humaine.

Le fondateur de ChatGPT, Sam Altman, a pour objectif de fabriquer une Intelligence Artificielle supérieure à l’intelligence humaine.

Les IA génératives comme ChatGPT vont structurer la pensée humaine bien plus que ne le faisaient les moteurs de recherche. Contrôler ChatGPT donne un immense pouvoir à ses copropriétaires OpenAI et Microsoft.

Pour les transhumanistes, « la réalité de la loi de Moore nous permettra non pas de nous rapprocher de Dieu, mais de prendre sa place. Grâce à l’incroyable puissance de l’IA, nous deviendrions un Homme-Dieu doté de pouvoirs quasi infinis. La fascination de la Silicon Valley pour la puissance informatique, mère de tous les pouvoirs, révèle l’espoir ultime: vaincre la mort … On demandait hier au médecin de nous soigner, on lui demandera demain de ne plus être malade. On demandait au médecin de nous faire bien vieillir, on lui demandera de stopper le temps. On demandait au médecin de mourir le plus tard possible, on lui demandera de ne plus mourir ».

Il faudrait noter, observe l’auteur, que l’histoire des progrès scientifiques depuis trois siècles est, fondamentalement, une affaire d’échelle : « chaque saut technologique a été la conséquence d’une capacité nouvelle à maîtriser la matière sur une dimension de plus en plus petite ».

Les nanotechnologies, la biologie, l’informatique et les sciences cognitives (Intelligence Artificielle, robotique et sciences du cerveau) progressent, en effet, mais elles vont surtout converger : les découvertes dans un domaine serviront aux recherches dans un autre. Cette synergie permettra des avancées spectaculaires.

Les nanotechnologies vont nous permettre de « construire et réparer, molécule par molécule, tout ce qu’il est possible d’imaginer. Chaque élément de notre corps deviendrait ainsi réparable comme autant de pièces détachées. La révolution biologique est déjà en marche : nous sommes capables de reprogrammer – sommairement pour l’instant – notre patrimoine génétique ».

La connaissance des faiblesses génétiques de chaque individu conduira à une médecine personnalisée, puis à la « chirurgie des gènes ». Beaucoup de maladies pourront ainsi être éradiquées.  Le développement de l’IA est aidé par une meilleure connaissance du cerveau, qui reste un continent à explorer.

L’analyse de la structure cérébrale progresse rapidement au rythme des capacités de traitement informatique. « Constitué de 86 milliards de neurones et de 1 000 milliards de cellules gliales, sa compréhension nécessite une puissance informatique tout juste disponible ».

L’analyse complète du câblage neuronal humain nécessitera des serveurs zettaflops (mille milliards de milliards d’opérations à la seconde). « Comprendre comment sont stockées nos émotions et notre mémoire est également fondamental pour lutter contre les maladies dégénératives ».

C’est que les quatre composantes de la révolution NBIC se fertilisent mutuellement. « La biologie profite de l’explosion des capacités de calcul informatique et des nanotechnologies indispensables pour lire et modifier la molécule d’ADN. Les nanotechnologies bénéficient des progrès informatiques et des sciences cognitives, qui, elles-mêmes, se construisent à l’aide des trois autres composantes. Les neurosciences utiliseront la génétique, les biotechnologies et les nanotechnologies pour comprendre puis  augmenter le cerveau et pour bâtir des formes de plus en plus sophistiquées d’IA, éventuellement directement branchées sur le cerveau humain ».

Maîtriser le nanomonde permettra donc de manipuler le vivant. « Les progrès technologiques effacent la frontière entre la chimie et la biologie, entre la matière et la vie. La fusion de la biologie et des nanotechnologies transformera le médecin en ingénieur du vivant et lui donnera un pouvoir spectaculaire sur notre nature biologique ».

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la lutte entre la médecine et la mort n’est pas jouée d’avance. « La mort a été socialisée et exorcisée au moyen notamment des discours religieux. La résignation a longtemps été la règle. La seule croyance que partage l’humanité est celle que nous allons tous mourir, toujours. Schopenhauer ne disait-il pas que la vie est une mort ajournée ? ».

Demain, « la mort ne sera plus l’aboutissement naturel de toute vie ». Elle deviendra une maladie comme une autre, bien qu’un peu plus complexe à éradiquer… ou un choix pour les suicidaires.

Le vieillissement est « la conséquence d’une détérioration de la machinerie cellulaire. Toutes les composantes de la cellule se détériorent progressivement. Les mitochondries, usines énergétiques, perdent de la puissance et se dérèglent. Le noyau cellulaire qui contient nos chromosomes, eux-mêmes porteurs d’un nombre croissant d’erreurs de recopiage, est affecté par une détérioration des protéines essentielles à la division cellulaire ».

Les liens entre vieillissement et mort, entre mort cellulaire et vieillissement sont complexes. Le corps n’est pas une machine mécanique, en ce sens que ses cellules se renouvellent sans cesse, à l’exclusion de la plupart des neurones.

La mort est « tout à la fois un effet collatéral, un produit, un échec et un  choix de la sélection naturelle. Avant d’être une malédiction, elle est, avant tout, une innovation biologique majeure ».

Il est banal de dire que la mort fait partie de la vie. Pourtant, elle nous révolte. Désormais « certains scientifiques l’abordent comme une maladie à éradiquer. La mort semblait une évolution biologique inévitable, la loi universelle de la vie. Le corps s’use progressivement, la médecine ne pouvant que ralentir cette dégradation inéluctable ».

Ce recul de la mort a déjà débuté avec le remplacement d’organes par la transplantation, ou leur suppléance par des médicaments, mais aussi avec la médecine de la « ressuscitation ». Dans les années 1960, « la réanimation cardiorespiratoire a été une étape fondamentale puisqu’elle a démontré que certaines formes de la mort étaient réversibles ».

Le recul de la mort va connaître une accélération avec le déploiement des technologies NBIC, qui vont faire reculer les limites de l’existence : « Cellules souches, implants électroniques et nanotechnologiques, génothérapie seront autant d’éléments mobilisés pour supprimer toutes les brèches par lesquelles la mort s’insinue dans notre existence ».

« La mort de la mort », c’est d’abord « la correction des inégalités face aux maladies et une sorte de défi à la sélection naturelle puisque les déficiences biologiques peuvent être identifiées et corrigées ».

La vie est une minuscule usine nanométrique. C’est pour cela que « les technologies nano vont maintenant pénétrer le monde de la santé. Le médecin deviendra d’ailleurs un ingénieur du nanomonde. Comprendre les mécanismes fondamentaux du vieillissement et s’y opposer à tous les niveaux, lutter contre toutes les détériorations de nos tissus à l’échelle nanométrique sont les objectifs de cette médecine 2.0 ».

Les révolutions biotechnologiques vont se succéder à vive allure. Des cellules totalement artificielles seront produites. La reprogrammation génétique se banalisera afin de traiter les pathologies les plus graves. Une compétition industrielle féroce conduira à la création de « super-cellules », plus performantes, plus puissantes et à la durée de vie supérieure.

Une question demeure : « a-t-on le droit de modifier l’espèce humaine, pour augmenter ses capacités et faire reculer la vieillesse et la mort ? ».

 

Rubrique « Lu Pour vous »

1er janvier 2026

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