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« La guerre économique »

Plassard. C, Rapport, Assemblée Nationale, Paris, 16 juillet 2025, 97 p.

Dans l’introduction à ce rapport, l’on lit : avec « l’arrivée de M. Donald Trump à la présidence des États-Unis, la menace d’une remontée brutale des droits de douane et la bascule stratégique globale initiée par l’allié historique de l’Europe…la guerre est bien de retour, sous toutes ses formes : la guerre traditionnelle, celle que l’on observe en Ukraine, dans certains pays d’Afrique et au Moyen-Orient ; la guerre hybride, qui se déploie à coups d’ingérences étrangères, de cyberattaques ou encore de manipulations de l’information ; et la guerre économique, qui oppose nos entreprises à celles de nos compétiteurs stratégiques ».

La notion de guerre économique est selon le rapport, proche de celle d’intelligence économique sans se confondre totalement avec elle. La guerre économique peut être définie comme « une confrontation entre différentes parties qui cherchent à capter, contrôler et accaparer des richesses afin d’accroître leur puissance par l’économie. La notion d’intelligence économique renvoie quant à elle, aux actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution, en vue de son exploitation, de l’information utile aux acteurs économiques (État, entreprises, organismes de recherche) ».

La guerre économique y est analysée comme « la poursuite de la guerre par d’autres moyens » et « un mode de domination qui évite de recourir à l’usage de la puissance militaire pour imposer une suprématie durable. Il ne s’agit plus de soumettre l’autre par la force, mais de le rendre dépendant par la technologie. A la volonté guerrière des anciens empires se substitue désormais une forme de duplicité des nouveaux conquérants qui instrumentalisent la morale afin de masquer la finalité de leur stratégie ».

C’est que « la compétition s’est exacerbée entre États, entre entreprises. Prix et spécificités des produits ou services ne constituent plus exclusivement les facteurs déterminants de conquête des marchés » et qui évoquait un « climat de guerre économique où tous les coups sont permis ».

Les menaces en matière de guerre économique sont non seulement en hausse, mais aussi de plus en plus protéiformes. Elles concernent à la fois « les entreprises, en particulier les PME, et les laboratoires, les organismes de recherche ou encore les écoles d’ingénieur sous tutelle du ministère des armées, avec des moyens toujours plus intrusifs et agressifs ».

Les menaces de guerre économique tendent à s’amplifier. « La résurgence des tensions géopolitiques s’accompagne d’une intensification de la compétition économique internationale. L’accélération du rythme de l’innovation et le caractère systémique des technologies contribuent à durcir les rapports de forces entre les grandes zones économiques mondiales ».

Plus que d’autres pays européens, la France est une cible privilégiée, En particulier, la base industrielle et technologique de défense (BITD) – ses 4 000 entreprises, et notamment ses 1 200 entités les plus critiques – est l’objet de convoitises. « Sa capacité à produire des équipements performants et innovants suscite l’intérêt de nos compétiteurs, soucieux de saper notre outil de défense, de réduire notre autonomie stratégique et / ou de favoriser leur propre industrie. Les menaces se concentrent singulièrement sur des domaines stratégiques dans lesquels la France a acquis une certaine expertise. Environ un tiers des attaques concernent ainsi les secteurs de l’aéronautique et du spatial. Sont aussi visés les technologies de l’information et de la communication, l’armement et les véhicules terrestres, la construction navale, les matériaux, la métallurgie, la chimie, et toutes les technologies innovantes dans lesquelles la France dispose de savoir-faire d’excellence ».

Les entreprises de la BITD ne sont pas les seules victimes de la guerre économique. Les organismes de recherche – universités, écoles, laboratoires, instituts de recherche, dans le secteur public comme dans le secteur privé – font eux aussi l’objet d’atteintes.

Les compétiteurs stratégiques sont prêts à « utiliser tous les moyens à leur disposition pour défendre et promouvoir leurs intérêts, y compris des moyens intrusifs, agressifs et violents. Si les actes d’espionnage stratégique ou économique – qu’ils se matérialisent par des atteintes humaines ou physiques – sont loin d’avoir disparu, ils s’accompagnent de menaces informatiques, capitalistiques, juridiques ou encore réputationnelles. Ces menaces sont d’autant plus dangereuses qu’elles peuvent se combiner entre elles ».

Relayées par voie de presse mais aussi sur internet et sur les réseaux sociaux, ces menaces peuvent être organisées à distance sans nécessiter la moindre présence physique. Elles sont susceptibles de « mettre à mal la réputation positive acquise par une entreprise, d’entacher durablement sa notoriété et de détériorer la relation de confiance qu’elle entretenait avec ses clients et fournisseurs ».

Par ailleurs, le rapport note que les États-Unis, mènent une véritable guerre économique contre l’Europe, visible depuis l’accession au pouvoir de M. Donald Trump, mais en réalité plus ancienne. « Le lawfare est devenue une véritable arme pour favoriser les entreprises américaines au détriment de leurs concurrents. La réglementation Itar, tout comme la réglementation américaine en matière de lutte contre la corruption et le blanchiment de capitaux ou de protection cyber, sont ainsi utilisées par l’administration américaine pour contrôler des entreprises étrangères ».

De même, « le Patriot Act et le Cloud Act autorisent le FBI à obliger des entreprises, notamment des fournisseurs d’un accès à internet ou d’un service de stockage de données, de lui communiquer toutes les données qu’ils ont pu collecter, y compris sur des entreprises situées en dehors du territoire américain ».

En parallèle, « les agences de renseignement se sont mises au service des grands groupes américains, y compris en espionnant les entreprises européennes, notamment sur les marchés export. Les États-Unis n’hésitent pas non plus, à faire usage des liquidités financières abondantes dont ils disposent pour racheter des entreprises stratégiques et des technologies sensibles lorsqu’elles ne trouvent pas de fonds pour se développer ».

 

Rubrique « Lu Pour Vous »

20 novembre 2025

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