« Mouvement alter mondialiste et droits de l’homme : contestation et incubation d’alternatives »
Communication pour le colloque international « Droits de l’homme et mondialisation »
Université d’Oran Es-Sania, Oran, 29-30 Avril 2006
Introduction
L’alter mondialisation, ou l’alter mondialisme(1), est un mouvement social profondément hétérogène mais ayant, hormis cela, la grande particularité de se réclamer des mêmes valeurs telles la justice économique, la démocratie et la défense des droits fondamentaux(2) que la logique économique de la mondialisation (néo)libérale semble sinon écraser du moins déclasser en faveur des considérations sacro saintes du marché, de la libre initiative privée, de la toute puissance de la dérégulation, de la libéralisation et de la privatisation de plus en plus en vigueur.
Oscillant entre un simple réformisme de la mondialisation en cours(3), à travers des propositions concrètes (dont la plus célèbre est la fameuse Taxe Tobin), et un appel incessant pour une autre mondialisation que semble traduire le slogan « un autre monde est possible », le mouvement ne consiste pas uniquement en une contestation profonde de l’organisation du système capitaliste (à travers les institutions maîtresses qui le guident), mais aussi une recherche d’alternatives globales à l’ordre prédominant notamment pour ce qui est de ses variantes commerciale et financière de plus en plus « incriminées » et fort montrées du doigt de surcroît.
Au début (le début des années 80 plus exactement), le mouvement alter mondialiste a pris racine, dans les pays du Tiers Monde, avec la lutte contre la dette, contre les programmes du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale, et les politiques d’ajustement structurels qu’ils ont conjointement initiées, et progressivement contre l’Organisation Mondiale du Commerce et les accords de libre échange, il n’a pu se concrétiser en Europe et aux USA que vers la mi-1990 notamment suite à l’adoption par leurs gouvernements respectifs de politiques néolibérales perçues comme menaçant l’emploi, la protection sociale et les acquis syndicaux jusqu’ici admis et peu contestés(4).
Les manifestations (à Seattle comme à Davos comme à Gênes comme un peu partout dans le monde) engagées contre les forums économiques du G8 et les sommets de l’OMC n’avaient pas uniquement pour objectif la simple contestation d’une « mondialisation dictée et imposée », mais l’occasion de rencontres, de débats et de propositions dont la traduction la plus populaire est incontestablement le Forum Social Mondial de Porto Allegre et de Mumbai(5).
Englobant des entités (associations, personnalités scientifiques, journalistes, syndicats de tous horizons, mouvements écologistes, féministes et autres), le mouvement est traversé d’orientations diverses dont il est malaisé d’en faire une synthèse précise :
«+ Les réformateurs modérés qui sont partisans du libre échange mais souhaitant que le marché soit régulé selon des impératifs sociaux et environnementaux (barrières douanières pour les pays du Sud),
+ les antilibéraux qui, critiquant le modèle de libre échange, veulent réformer en profondeur les bases de la logique économique sur la base de critères sociaux et moraux (ils proposent de taxer les flux des capitaux spéculatifs),
+ les capitalistes et marxistes qui défendent une forme d’internationalisme…qui s’oppose à la mondialisation économique capitaliste…et prône la mondialisation des peuples (ou du prolétariat) selon un modèle social et solidaire,
+ les souverainistes ou nationalistes (contestés au sein du mouvement) qui, derrière l’apparence de protéger la nation du néolibéralisme des marchés et de l’insécurité sociale qui en découlerait (chômage,…délocalisations) prônent des mesures protectionnistes d’intérêt national ou régional en matière économique »(6).
Quoi que comprenant des courants d’horizons divers, le mouvement alter mondialiste adhère, dans son ensemble, à une pensée fédératrice commune, celle de « faire prendre conscience des méfaits qu’elle attribue au néolibéralisme, déconstruire ce qu’elle appelle le dogme néolibéral et, d’autre part, proposer des réformes ou du moins des alternatives »(7).
Ce n’est donc pas le seul marché qui semble canaliser les critiques alter mondialistes (parce que présenté comme générateur de pauvreté et d’inégalités entre les pays et à l’intérieur de chacun d’eux), mais aussi les Etats et les organisations internationales (dont l’OMC) et les FMN, tous virulents défenseurs de la dérégulation et de la privatisation des secteurs publics et ne prêtant la moindre attention à ce qui semble être une mondialisation sociale, encore moins une « mondialisation démocratique »(8).
(1) – Les expressions alter mondialisation et alter mondialisme sont généralement utilisés de manière indifférenciée et ne renvoient (du moins dans notre esprit) à aucun jugement de valeur.
(2) – Les droits dont il s’agit ici sont les droits économiques, sociaux, culturels, mais aussi civiques et politiques.
(3) – Dans le sens de « l’humanisation de la mondialisation ».
(4) – L’ère de Thatcher et de Reagan semble inaugurer de telles politiques.
(5) – Qui se tiennent généralement parallèlement aux sommets du G8 ou des réunions des organisations financières et commerciales internationales.
(6) – Ponniah. T, William. F, « Où va le mouvement alter mondialisation », Ed. La Découverte, Paris, 2003.
(7) – Il écarte, par là, tout jugement prétendant en faire un mouvement anti mondialiste.
(8) – Les alter mondialistes parlent, à ce propos, de « mondialisation équitable, solidaire et écologique ».