Aller au contenu principal

«Presse quotidienne d'information : chronique d'une mort annoncée ?»

Louis de Broissia, Rapport, Sénat, Paris, octobre 2007, 58 p.

1- «La presse quotidienne est en crise !», s’exclame l’auteur, en introduction à ce rapport. «L’information paraît tellement banale qu’elle ne provoque plus que regards fatigués et sourires entendus. Inlassablement répété par une partie des représentants du secteur, pour attirer à bon compte l’attention des pouvoirs publics sur le déclin d’un média nécessaire au bon fonctionnement de notre régime démocratique, le message semble avoir perdu sa force mobilisatrice».

Ce message reflétait jusqu’alors une situation qui, sans être catastrophique, n’en demeurait pas moins préoccupante. «Il traduisait d’abord les craintes d’une profession toute entière, face à l’émergence de nouveaux concurrents susceptibles, de détourner l’attention des lecteurs et les investissements des annonceurs. Il relayait également les inquiétudes d’un secteur conscient de sa vulnérabilité».

Tous les titres de la presse quotidienne d’information politique et générale doivent, dans l’esprit de l’auteur, résoudre une équation économique délicate caractérisée par une baisse continue des recettes et le maintien de coûts de production élevés : «lecteurs et annonceurs, séduits par d’autres médias, désertent progressivement une presse quotidienne dont les grandes heures semblent définitivement appartenir au passé».

Avec moins de 160 exemplaires diffusés pour 1000 habitants, la France se classe derrière la Belgique, mais (maigre consolation, note l’auteur) devant l’ensemble des pays du sud du continent. Une analyse des dix dernières années, permet de constater une diminution régulière mais prononcée, de la diffusion des 12 quotidiens nationaux depuis l’an 2000. Un Français sur deux ne lit plus de quotidiens, alors que la quasi-totalité des foyers est aujourd’hui équipée de plusieurs postes de radio, d’au moins un téléviseur et pourra, dans un proche avenir, bénéficier d’une connexion internet à haut débit.

Frappée par une lente mais inexorable décrue de sa diffusion payée, «la presse quotidienne française connaît également une diminution régulière de ses ressources publicitaires». Si ce média représente dans la plupart des pays industrialisés plus de 13% de la totalité des investissements publicitaires nets, «la France est loin d’atteindre de tels niveaux, puisque les investissements nets dans la presse quotidienne hexagonale ne dépassent pas les 9% de l’ensemble».

En matière de publicité commerciale, la presse quotidienne française cumule en effet, trois handicaps majeurs : elle évolue sur un marché publicitaire de taille réduite, elle doit partager cette ressource limitée avec des concurrents nombreux et dynamiques dont notamment l’internet, et elle ne capte plus qu’une faible part des investissements publicitaires nets.

Autrement, le support des journaux locaux est mieux adapté aux petites annonces que les quotidiens nationaux généralistes. «Les petites annonces publiées autrefois dans ces derniers, ont massivement migré vers les journaux gratuits et internet».

La baisse des ventes, la stagnation des recettes publicitaires et le niveau relativement élevé des coûts fixes, contribuent à faire des quotidiens français des titres peu rentables.

2- Comment en est-on arrivé là ? S’interroge l’auteur du rapport.

Et de répondre qu’il est «difficile d’analyser la situation actuelle de la presse quotidienne payante sans prendre en compte son environnement immédiat. Or celui-ci est fortement concurrentiel : si la presse écrite est longtemps restée le principal vecteur de diffusion de l’information, il n’en est plus de même aujourd’hui. La multiplication des médias et leur spécialisation tend même à provoquer une saturation du marché de l’information, celle-ci étant disponible n’importe où et n’importe quand».

Et contrairement à la presse quotidienne payante, dont les résultats sont négatifs tant en termes de diffusion qu’en termes financiers, la presse quotidienne gratuite ne connaît pas la crise. La presse quotidienne gratuite capte la quasi-totalité de l’augmentation des recettes publicitaires, soit 70 des 90 millions d’euros de surplus publicitaires, n’en laissant que 20 à la presse payante.

Ce défi est d’autant plus menaçant que la presse doit faire face à la concurrence d’internet, en tant que média global, gratuit, interactif, pouvant bouleverser le rapport des citoyens à l’information et révéler les faiblesses de la presse quotidienne française. Il peut également représenter une formidable opportunité de développement et de réinvention pour un secteur en proie au doute.

S’agissant de la diffusion par exemple, le numérique (et internet en particulier) a deux impacts principaux sur le secteur de la presse quotidienne. Le premier impact porte sur l’arbitrage des consommateurs en termes de temps : «l’arrivée d’un nouveau média réduit l’attention et le temps consacrés aux autres». Le second concerne l’arbitrage des consommateurs en termes de dépenses : là encore, «les consommateurs auront tendance à privilégier les médias qui leur en donnent le plus pour leur argent, ce qui, dans le contexte du numérique, ne peut que jouer en défaveur de la presse».

Mais la spécificité d’internet réside aussi dans les nouveaux usages proposés aux consommateurs, notamment en matière de traitement de l’information. En effet, de par ses caractéristiques intrinsèques, ce nouveau média a aboli les principales contraintes attachées à la presse papier. Internet permet de fournir, sans contrainte de pagination, de fréquence de parution, de délai de bouclage et de distribution, une information quasiment instantanée et actualisée en continu. Il propose aussi une information plus complète. L’absence de contraintes en termes de présentation et de stockage, permet à internet de proposer une offre extrêmement large et diversifiée, là où un quotidien ne peut développer qu’un nombre restreint de sujets pour chacune de ces rubriques.

3- Cette situation tranche par rapport aux médias traditionnels, qui fonctionnent principalement dans une logique verticale et descendante, et ne permettent que marginalement la réaction et la participation de leurs consommateurs.

En même temps, le phénomène des blogs, si caractéristique de la culture du web, complique davantage la tâche, car mélangeant sans complexe information et opinion, faits vérifiés et rumeurs, analyses documentées et impressions fantaisistes, il enlève à la presse et aux rédactions un des éléments fondamentaux de leur rôle : la capacité à organiser et à hiérarchiser l’information transmise aux lecteurs.

Et l’auteur de se demander si la crise de la presse ne correspond pas, dans une certaine mesure, à une véritable crise du journalisme et des journalistes.

 Il affirme à ce niveau, que le poids des affaires, celui des pressions, une certaine perte de crédibilité et des conditions de travail dégradées, contribuent sans le moindre doute, au désarroi d’une profession «censée s’astreindre à une éthique rigoureuse, distinguer entre les faits et leur interprétation et respecter des procédures d’enquêtes précises».

Rubrique « Lu Pour Vous »

25 juin 2009

Vous pouvez partager ce contenu