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«Le Nigeria, incontournable géant de l'Afrique»

Legendre. J et al., Sénat, Paris, novembre 2009, 49 p.

1- Dans l’introduction à ce rapport, l’on lit : «la république nigériane est une république fédérale confrontée à une instabilité chronique, une société régulièrement tiraillée par les rivalités interethniques, une pratique redoutable de la corruption de type néo-patrimonial, une économie en manque criant d'infrastructures et incapable d'accompagner une démographie galopante».

Pourtant, dit le rapport, les atouts démographiques, économiques et culturels exceptionnels «nous autorisent à rester optimistes quant à la capacité du Nigeria à s'imposer comme une puissance africaine incontournable du XXIe siècle».

Pays le plus peuplé d'Afrique (un africain sur six est nigérian), huitième au monde pour sa population, le Nigeria dispose, en effet, de ressources naturelles, aussi bien minières qu'agricoles, abondantes qui, bien qu'exploitées dans des conditions encore non optimales, lui permettaient d'afficher, en 2008, l'une des croissances économiques les plus dynamiques d'Afrique (soit plus de 6,5%).

La République fédérale du Nigeria, rappelle le rapport, compte 36 États, auxquels s'ajoute le territoire de la capitale fédérale, Abuja, pour lequel la constitution prévoit un statut particulier. Sur le modèle du régime présidentiel américain, «le système politique nigérian s'articule autour de trois branches de pouvoir théoriquement séparées : le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, strictement autonomes l'un vis-à-vis de l'autre, mais se faisant mutuellement contrepoids, et un pouvoir judiciaire indépendant».

Au niveau fédéral, les pouvoirs publics s'organisent autour de trois grandes structures :

- un Président de la République, élu pour un mandat de quatre ans renouvelable une fois, faisant office à la fois de chef d'État et de chef de gouvernement,

- un parlement bicaméral, comprenant une Chambre des représentants et un Sénat, respectivement composés de 360 et 109 membres, élus au scrutin majoritaire uninominal direct. Les deux assemblées législatives forment l' «Assemblée nationale», et disposent d'un pouvoir étendu de contrôle sur l'administration, en particulier le Sénat dont l'accord est requis pour les nominations des membres du Gouvernement, et de personnalités aux emplois et fonctions les plus importantes proposées par le Président de la République,

- et une Cour suprême, la plus haute instance judiciaire du pays.

Au niveau de chaque État fédéré, l'organisation politique est analogue, avec une assemblée législative monocamérale et un gouverneur, tous élus pour quatre ans au suffrage universel direct.

Mais au-delà de ces structures politiques assez avancées, le clientélisme de type néo-patrimonial, continue à constituer une pratique prégnante dans le fonctionnement de la vie politique nigériane, la corruption étant une variante de ce néo-patrimonialisme, fondé sur l'octroi de ressources publiques de diverses natures (emplois publics, fonds publics, etc.) par un responsable politique (le patron) à un client (un électeur, une communauté) pour garantir sa loyauté.

Par conséquent, «la confusion de la chose publique et de la chose privée, qui est tant généralisée en Afrique qu'on en arrive à mettre en question la notion même de l'État, laquelle, justement, repose sur cette distinction. Le néo-patrimonialisme a pour résultat de personnaliser les relations politiques et de transformer les ressources politiques en ressources économiques».

La constitution nigériane prévoit explicitement la possibilité d'appliquer la loi islamique, la charia, dans certains États, notamment en ce qui concerne l'organisation juridictionnelle. Le Nigeria est, de fait, le plus important pays musulman d'Afrique de l'Ouest. Plus de 50 millions de Nigérians, principalement concentrés dans la région du Nord, pratiquent un islam majoritairement sunnite.

Or, les chrétiens «s'émeuvent régulièrement de la mention de la charia dans la constitution, du financement des mosquées par le gouvernement fédéral et par l'adhésion du Nigeria à l'Organisation de la Conférence islamique depuis 1986. Les musulmans, pour leur part, dénoncent la prédominance d'infidèles au sein des forces armées, l'utilisation comme langue officielle de l'anglais ainsi que l'appartenance du Nigeria au Commonwealth, présidé par la Reine du Royaume-Uni, chef de l'Église anglicane».

2- Par ailleurs, la détermination de la formule d'allocation du revenu, c'est-à-dire les quotients de répartition des revenus entre l'État fédéral, les États fédérés et les gouvernements locaux, cristallise toujours «les débats entre communautés en matière de redistribution des richesses tirées de l'exploitation des ressources naturelles : l'enjeu principal consiste, en effet, à préserver un équilibre fragile entre la région du Nord, à majorité musulmane et en déclin économique persistant, et le Sud, à majorité chrétienne qui détient la majeure partie des ressources du pays».

La formule d'allocation du revenu mise en oeuvre dans la fédération nigériane est régulièrement accusée de favoriser les trois principales ethnies qui ont traditionnellement dominé l'espace politique nigérian.

Or, rappelle le rapport, «la République fédérale du Nigeria est encore en cours de consolidation démocratique, et doit donc être activement soutenue dans ses efforts, pour faire émerger une Assemblée nationale (congrès nigérian) en mesure de contrôler effectivement l'administration fédérale».

3- Le Nigeria est un pays riche. La structure de son PIB en 2008, traduit le poids écrasant de l'agriculture dans la production de richesses : le secteur agricole a contribué à hauteur de 42% du PIB nigérian (l'agriculture emploie encore 70 % de la population active), contre 18% pour les industries extractives (pétrole et gaz essentiellement), 18% pour les services, 17% pour le commerce de gros et de détail, et seulement 4% pour l'industrie manufacturière.

Or, quoi que classé parmi les premiers producteurs mondiaux de denrées agricoles, telles que les arachides ou le cacao, ou encore de produits miniers, comme le charbon, le pays s'est désormais entièrement voué à l'exploitation pétrolière, depuis que la prospection de gisements s'est intensifiée à partir des années 1970 (le Nigeria concentre 35% des réserves de brut du continent africain, et près de 80% de celles de l'Afrique subsaharienne).

L'économie nigériane demeure ainsi l'une des plus dynamiques du continent africain. Toutefois, «la crise internationale a fait sentir ses effets par une baisse significative du prix du baril de pétrole (divisé par trois), une raréfaction du crédit et un secteur financier fragilisé par des actifs toxiques : le compte d'excédent pétrolier, excédentaire lorsque le baril se situe au-delà de 45 dollars US, ne reçoit plus de recette dans le contexte actuel. Dans ces conditions, l'inflation, pourtant longtemps contenue à un chiffre, a terminé l'année 2008 à 15,1%, le naira ayant perdu 20% de sa valeur au taux officiel depuis un an. Ces contre performances menacent les équilibres précaires qui avaient été atteints entre 2003 et 2007».

Malgré cela, ou peut être en raison de cela, le rapport insiste sur le fait qu’il faudrait «soutenir activement» le Nigeria dans ses efforts pour la transition démocratique et le développement.

Rubrique « Lu Pour Vous »

26 novembre 2009

 

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