Humbert. J. F, Rapport, Sénat, Paris, novembre 2011, 88 p.
1- Dix-huit mois après le déclenchement de la crise de la dette souveraine, l’Italie constitue la nouvelle cible des marchés financiers, constate d'emblée l'auteur.
Cette dégradation de la position italienne «s’inscrit dans un contexte marqué par les difficultés de la zone euro à mettre en place des réponses adaptées à l’ampleur de la crise de la dette, comme en témoignent les débats encore en cours, malgré les sommets du 21 juillet et du 26 octobre, sur les modalités de démultiplication des moyens du Fonds européen de stabilité financière».
En effet, au-delà du problème de sa dette, qui représente 120% du PIB, mais qui apparaît pour de nombreuses raisons soutenable, c’est bien la gestion politique de l’adaptation du pays à la crise de la dette qui est visée par les investisseurs. Les différents plans de rigueur adoptés depuis Juin 2010 sont jugés incomplets. L’absence de réelle ambition en matière de relance de la croissance est, notamment, relevée.
C'est dire, note le rapport, que «la contagion à l’Italie de la crise de la dette, irrationnelle à certains égards, est un danger pour la zone euro. L’Italie constitue en effet la troisième économie de l’Union économique et monétaire. Certes, la zone euro a renforcé le 26 Octobre ses moyens d’intervention. Les réponses qu’elle a tenté d’apporter au risque de crise de liquidités s’avèrent, néanmoins, à l’heure actuelle, encore suffisamment imprécises pour juguler définitivement le problème de la dette souveraine».
La dégradation de la position italienne sur les marchés a débuté le 21 Mai avec la mise sous surveillance du pays par les agences de notation. Celles-ci ont agi après la publication des résultats économiques du premier semestre 2011 et l’annonce d’une faible croissance pour l’exercice 2011.
La défiance persistante de marchés à l’égard de l'Italie s’explique en large partie par une inquiétude à l’égard de la faible activité du pays. «L’absence de dynamisme économique suscite nombre d’interrogations sur la capacité de l’État italien à pouvoir maîtriser son endettement qui atteint près de 120 % du PIB. Plus que les fondamentaux mêmes de l’économie italienne, les agences de notation comme les investisseurs critiquent l’absence de réponses structurelles apportées par le gouvernement italien à ce double défi».
2- La croissance italienne est, dans la durée, inférieure à la moyenne de la zone euro. L’augmentation du produit intérieur brut italien (PIB) peine à dépasser 1% depuis 2000 et devrait atteindre à peine 0,7 % cette année. Si la croissance a atteint 1,3% du PIB en 2010, elle reste en deçà de la moyenne de la zone euro. Les dernières prévisions de la Banque d’Italie mettent en avant, pour 2012, une récession de l’ordre de 0,4% du PIB.
L’Italie renouerait ainsi avec la récession qu’elle a déjà connue en 2008 et 2009, avec une contraction de l’activité de l’ordre de 7% du PIB sur deux ans. Aucun rebond d’ampleur n’a, par ailleurs, été constaté depuis. L’activité économique n’a pas retrouvé le niveau de 2007, le PIB actuel enregistrant encore un écart négatif de 5% par rapport à cette année-là. La production industrielle n’a pas comblé, quant à elle, la chute de 17% enregistrée en 2008-2009.
L’absence de reprise économique n’a pas été, de façon générale sans conséquence sur l’emploi. L’Italie compte, à l’heure actuelle, 600 000 emplois de moins qu’en Février 2008. Le pays est, notamment, affaibli par l’explosion du chômage des jeunes et celui des femmes, dont le taux d’activité atteint à peine 48%. Si le taux de chômage est l’un des moins élevés au sein de la zone euro (8,4% contre 9,9% au sein de la zone euro), le chômage dans la tranche d’âge 15-24 ans atteint 29,6% de la population alors que la moyenne européenne s’élève à 21%. Le taux de chômage des 15-35 ans atteint, quant à lui, 15,9%, dépassant même les 20% dans le sud du pays (21,1%).
La dette italienne, 1912 milliards d’euros, empêche, à l’heure actuelle, toute tentative de relance budgétaire. L’année 2009 a été marquée par une augmentation de la dette de 10 points de PIB, principalement imputable au creusement du déficit public. Celui-ci n’est pas lié aux effets d’une politique de relance, mais au souhait du gouvernement de laisser jouer les stabilisateurs automatiques.
Toutefois, l’endettement public italien, s’il inquiète des marchés prompts à anticiper un effet de contagion, doit, estime le rapport, être mis en perspective avec le faible endettement des ménages et des entreprises, l’économie italienne se distinguant des cas irlandais, portugais ou espagnol et s’avère comparable sur ce point à l’économie française.
Rubrique « Lu Pour Vous »
5 janvier 2012