De Kerviler. I, Conseil économique, social et environnemental, Paris, octobre 2011, 98 p.
1- La question de la compétitivité se pose aujourd’hui en des termes radicalement nouveaux, affirme d'emblée l'auteur.
Comparée aux périodes précédentes, on relève d’abord "une financiarisation de l’économie impressionnante avec le processus de libéralisation quasi complète des échanges de capitaux depuis les années 1980. La crise violente déclenchée par l’éclatement du système des subprimes en 2007, suivi de la faillite de la banque Lehman Brothers en 2008, ne semble pas avoir freiné la globalisation financière. Cette dernière a des conséquences importantes sur la sphère productive, la rentabilité financière de l’investisseur, souvent calculée à court terme, prend le pas sur la rentabilité économique qui nécessite une gestion à moyen et long terme, et sur les équilibres sociaux avec un accroissement des inégalités de revenus".
La phase actuelle implique également de nouveaux acteurs dont la dimension et la vitesse de croissance sont sans commune mesure avec ceux qui œuvraient jusqu’à présent. "La Chine, bien sûr, est présente dans tous les esprits avec le cinquième des habitants de notre planète et une progression de son Produit Intérieur Brut (PIB) qui avoisine toujours deux chiffres. D’autres pays, tels que l’Inde ou le Brésil, ne sont évidemment pas à négliger. Avec l’entrée de ces pays, le marché prend une dimension planétaire encore renforcée par les nouveaux processus de communication : l’internet et le web participatif bousculent chaque jour plus profondément les logiques de pouvoir et instaurent une porosité croissante entre des sphères autrefois cloisonnées (le politique, la finance, l’économie, les medias, les individus et les réseaux...)".
Le troisième grand défi porte sur la nécessité de s’orienter vers un développement durable, c’est-à-dire "une économie non seulement soucieuse des aspects environnementaux mais aussi garante de la cohésion sociale. Or, si ce double objectif paraît recueillir un large consensus, il y a encore loin des principes à leur réalisation effective qui passe par de profonds changements dans nos modes de consommation et de production".
Enfin, moins souvent mise en avant, mais probablement tout aussi importante, "l’accélération considérable des découvertes scientifiques et technologiques et de leurs interactions pose, plus que jamais, le problème de leur maîtrise. Leur appropriation par les citoyens, qui doivent être associés le plus possible aux choix à effectuer, est aussi une condition nécessaire, ne serait-ce que pour éviter des réactions de rejet par peur de l’inconnu".
Au total, note l'auteur, au-delà de la crise déclenchée il y a quatre ans, et qui se poursuit avec les fortes incertitudes pesant sur les dettes souveraines des pays de la zone euro et des États-Unis, "le risque de mise en oeuvre d’une politique d’austérité pouvant freiner le développement et une interrogation sur l’avenir même de la construction européenne, c’est bien à une véritable mutation, qui s’apparente, pour certains, à un changement de civilisation, que nos économies et l’ensemble de nos sociétés sont confrontées aujourd’hui".
2- D’après le Petit Larousse, être compétitif c’est être susceptible de supporter la concurrence avec d’autres. Selon l’Union européenne (Conseil européen de Lisbonne, 2000), "c’est la capacité d’une nation à améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants et à leur procurer un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale".
Lors du Conseil européen de Göteborg (2001), les États membres ont ajouté un troisième pilier, la dimension environnementale. Ainsi, "la compétitivité d’un pays n’est pas une fin en soi, elle n’a de sens que si ses résultats sont mis au service de l’amélioration durable du bien être des populations concernées et, donc, si la compétition qu’elle implique n’entraîne pas de déséquilibres insoutenables".
De même, les facteurs qui y concourent sont nombreux et ne sauraient être réduit à un seul d’entre eux. C’est donc bien une approche globale de la notion de compétitivité que l'auteur retient.
Cette capacité à agir dans un environnement concurrentiel peut s’apprécier à différents niveaux, les deux principaux étant l’aptitude d’un territoire à maintenir et à attirer les activités et celle de ses entreprises à faire face à leurs concurrentes.
Que la croissance ait désormais l’obligation d’être durable est un impératif qui semble largement partagé. Cette conception implique des conséquences en matière de compétitivité sous les trois aspects, économique, social et environnemental :
+ Il importe tout d’abord que "les échanges extérieurs, et plus particulièrement le commerce des marchandises, ne soient pas structurellement déficitaires. Quant à un commerce extérieur structurellement très excédentaire, il ne constitue pas à long terme un optimum sauf à ce que les partenaires commerciaux dudit pays acceptent de s’appauvrir",
+ Un pays ne pourrait pas non plus se satisfaire d’une délocalisation de ses entreprises vers l’étranger, qui la prive de la maîtrise des process de production, sans la compenser par des implantations d’entreprises étrangères sur son sol,
+ De bons résultats dans les deux domaines précédents ne peuvent être obtenus durablement sans considérer la dimension sociale "comme un levier de la compétitivité tant du point de vue du niveau de l’emploi et de sa qualité, que des revenus et de leur répartition et des conditions de vie. Il serait ainsi normal de s’interroger sur les justifications d’une compétitivité qui serait obtenue au prix d’une demande intérieure exagérément compressée".
3- Certaines approches sur la compétitivité considèrent que le coût du travail en est le déterminant essentiel. Or, nombre de travaux d’experts montrent que bien d’autres facteurs interviennent. A l’évidence:
- Le coût des biens utilisés dans la fabrication du produit final, c’est-à-dire les matières premières, l’énergie et les autres consommations intermédiaires,
- Le coût du travail qui inclut, outre les salaires nets effectivement versés, les cotisations sociales salariales et patronales ainsi que divers impôts et taxes sur la main d’œuvre,
- Le coût du capital et des autres ressources externes à long terme qui recouvrent les dividendes versés aux actionnaires et les intérêts d’emprunt dus aux créanciers,
- Le taux de change, qui joue un rôle très significatif sur le coût des importations et sur le prix de vente des produits à l’étranger. Un euro fort se présente ainsi à la fois comme un atout au regard de la facture énergétique mais aussi comme un handicap pour les produits vendus hors zone euro.
D’autres facteurs ont tout autant de poids, dont la qualité des produits, résultat des savoir-faire professionnels et de la maîtrise des processus de fabrication, le service après-vente et l’accompagnement des clients, la force de vente et le réseau commercial, à l’étranger notamment, l’effort de recherche et d’innovation quel que soit le domaine de production mais tout particulièrement dans les secteurs d’avenir et les créneaux porteurs, l’organisation du travail (intégrant au mieux les technologies de l’information et de la communication) et l’investissement en formation continue des salariés pour accompagner l’évolution des métiers, enfin, des politiques publiques améliorant le cadre dans lequel évoluent les acteurs économiques.
Rubrique « Lu Pour Vous »
19 Janvier 2012