Poniatowski. A, Assemblée Nationale, Paris, février 2012, 757 p.
1- Le monde arabe vit à l’heure du changement, lit-on en préambule à ce rapport. "Parti de Tunisie en décembre 2010, un mouvement revendicatif en quelques semaines est passé du Maghreb au Machrek. Deux gouvernements autoritaires, ceux de Tunisie et d’Egypte, sont tombés. Une alternance difficile est sur le point d’aboutir au Yémen. Le Maroc a engagé une réforme institutionnelle. La Syrie est au bord de la guerre civile. Les indignés de Bahreïn ont été écrasés par l’armée locale appuyée par l’Arabie. En Libye c’est l’intervention des forces de l’OTAN qui a ouvert la voie du pouvoir à différents courants opposés au régime. La Mauritanie subit le contre coup des changements survenus en Libye. Un certain nombre de pays, Algérie, Jordanie, Oman, sont pour l’instant restés à l’écart".
Ces mutations ne doivent pas faire oublier que d’autres situations porteuses d’instabilité régionale perdurent et restent en attente de règlement. "L’Irak qui peine à se relever des retombées de l’intervention militaire des Etats-Unis, vit à l’heure de l’incertitude et des attentats. Les Palestiniens, face à Israël, divisés politiquement et territorialement, sont en attente depuis 1948 d’un Etat".
Il est difficile, note le rapport, de trouver un fil conducteur et un dénominateur commun à cette succession d’événements et de situations. "Les unes ont suivi des logiques conflictuelles purement autochtones. Ailleurs, Arabie, Etats-Unis, OTAN, ont joué un rôle actif et décisif dans le déroulé des événements. Si le rejet de l’existant est à l’origine de la plupart des bouleversements en cours, la multiplicité des acteurs aspirant à une autre gouvernance, la diversité des intérêts ne facilitent pas l’émergence de consensus partagés sur l’avenir. La paix en tous les cas est l’un des paramètres de ces dynamiques politiques".
Le monde arabe bouge donc, observe le rapport. "Il est traversé de contradictions reflétant la diversité d’appartenances multiples. Mais les populations arabes, en dépit ou à cause de cet éventail idéologique et religieux, exigent le départ de ceux qui les dirigeaient sans consulter personne. L’expression de cette exigence a mobilisé des millions de personnes dans la rue et de plus en plus par le vote".
Plutôt que de parler de printemps arabe au singulier, le rapport retient la notion de printemps arabes au pluriel, tant les mouvements qui ont pris naissance dans ces pays diffèrent les uns des autres.
En Tunisie et en Egypte, l’origine des révoltes est de nature à la fois économique, sociale et politique. En effet, "c’est la cherté de la vie, le chômage croissant chez les jeunes, l’absence de progrès, le fossé creusé entre un peuple pauvre et une caste de dirigeants richissimes, la lassitude d’un pouvoir autoritaire qui ont conduit la foule à descendre dans la rue. Ces dictatures, en vieillissant, sont devenues des régimes de plus en plus intolérants, étouffants, irrespirables. Les effectifs de la police en Egypte se montaient ainsi à plus d’1,2 million de personnes".
La situation présente quelques différences dans des pays comme la Libye où les insurrections furent avant tout causées par une rébellion de type tribal et régional contre le régime de Tripoli.
"Tous ces Etats présentent des régimes politiques qui refusent la démocratie et dont les chefs d’Etat, au pouvoir depuis de nombreuses années, s’obstinent à rester au pouvoir. Alors que l’économie est aux mains de clans restreints, proches du pouvoir, ils s’appuient tous sur des organes de sécurité omniprésents, au mépris des droits et des libertés individuelles. A cela s’ajoute le niveau important de corruption qui affecte à la fois les administrations publiques et la classe politique".
Le rôle des militaires, révélateur des types de sociétés dans lesquels se sont déroulés les événements, diffère sensiblement d’un pays à l’autre. "En Egypte, l’armée est, depuis Nasser et plus encore depuis l’assassinat d’Anouar el Sadate, le pivot du régime. Omniprésente, l’armée pèse par son poids démographique, elle pèse également dans l’économie égyptienne puisqu’elle a conservé d’importantes participations dans l’industrie".
De la Tunisie à l’Egypte, en passant par la Libye, les partis religieux ont été les premiers à bénéficier de la chute des dictatures.
A première vue, "cette captation démocratique des révolutions modernistes par les islamistes a semblé donner raison aux plus pessimistes qui craignaient que les révoltes ne puissent donner lieu à l’instauration d’une véritable démocratie. Nous devons pourtant nous résoudre à accepter le verdict des urnes et ce d’autant plus que les élections ont été soigneusement observées par la communauté internationale". Elles présentaient par ailleurs toutes les caractéristiques d’une élection conforme aux principes démocratiques.
2- Il est légitime de parler d’un "Printemps arabe" au sens d’une rupture positive, d’un moment décisif de l’histoire politique du monde arabe, remarque le rapport. C’est un soulèvement des peuples et des sociétés civiles. C’est un réveil du politique jusqu’ici étouffé dans le carcan de dictatures féroces et de régimes despotiques.
Le Printemps arabe est d’abord une grande leçon générale : "lorsque des peuples ne supportent plus les politiques qu’on leur impose, ils ont le choix de se révolter, de se rassembler dans l’action pour exprimer leur volonté de changement et imposer d’autres choix, d’autres dirigeants, d’autres institutions".
Rubrique « Lu Pour Vous »
25 octobre 2012