Guihéneuf. P, Salvadoretti. M, Conseil économique, social et environnemental, Paris, 26 mars 2025, 340 p.
Il existe pour les auteurs de ce rapport, plusieurs manières d’appréhender le concept de «modèle productif». En 1942, Joseph Schumpeter le définissait comme «un système dynamique qui intègre l’innovation, la destruction créatrice et l’adaptation continue des processus de production pour maximiser l’efficacité et la compétitivité», centré sur l’innovation et la compétitivité.
En 1985, M. Michael Porter proposait une définition encore très centrée sur l’entreprise et la création de valeur : «Un ensemble de choix stratégiques et opérationnels qui déterminent la manière dont une entreprise ou une industrie organise ses activités pour créer de la valeur. Cela inclut les choix technologiques, les structures de coûts, les chaînes d’approvisionnement et les relations avec les parties prenantes».
Élargissant la focale pour intégrer des éléments exogènes (institutions, régulations) ainsi que les relations de travail, mais ne mentionnant pas l’innovation, la compétitivité ou la création de valeur, M. Michel Freyssinet proposait en 2007, la définition suivante : «Un ensemble cohérent de pratiques, de technologies, de structures organisationnelles et de relations de travail qui déterminent la manière dont les ressources sont mobilisées et combinées pour produire des biens et des services. Ce modèle inclut également les institutions et les régulations qui encadrent ces pratiques et structures, influençant ainsi la performance économique et sociale».
L’Union européenne ajoute à ces définitions, les notions de politique publique et de production durable : un modèle productif est « un cadre structuré qui intègre les technologies, les compétences, les infrastructures et les politiques publiques pour soutenir la production durable et compétitive de biens et de services. Ce modèle doit être flexible et adaptable pour répondre aux défis économiques, sociaux et environnementaux».
Il est frappant cependant, notent les auteurs, que les enjeux environnementaux (limites planétaires, double matérialité) ne soient pas davantage intégrés dans ces définitions, même si Futuribles inscrit clairement cette dimension dans son appréhension plus systémique.
En effet, « réfléchir aux transformations de nos modèles productifs nécessite de s’interroger sur le modèle de société et les besoins auxquels notre production de biens et services doit répondre ».
Plus globalement, le modèle de société sur lequel s’appuieront les modèles économiques du futur doit de façon indispensable «avoir pour objectif la réintégration du champ économique dans les limites planétaires, car ce sont elles qui détermineront à terme sa soutenabilité ainsi que le maintien de l’habitabilité de notre planète».
C’est que les secteurs qui ont le vent en poupe aujourd’hui sont la santé, l’environnement, le bien-être, l’alimentation de qualité, l’éducation, le divertissement et la sécurité.
Ces secteurs ont pour point commun de « concerner moins l’accumulation de biens matériels que les individus, leur corps, leurs émotions, leur cerveau ».
Au-delà de cette approche, mettre l’humain au centre signifie aussi la prise en compte de ses intérêts au-delà de la logique productiviste.
Malgré une prise de conscience environnementale en progression, « nos modes de consommation et de production ne sont pas soutenables au regard des limites planétaires (climat, biodiversité…etc.) ».
Pour contribuer à atteindre les objectifs de transition écologique, « nos modèles productifs doivent intégrer la durabilité par une trajectoire rapide de décarbonation ainsi que par le développement de l’économie circulaire, de l’écoconception et de l’économie servicielle, dite également économie de la fonctionnalité et de la coopération ».
L’économie circulaire invite ainsi les modèles productifs à « limiter la consommation et le gaspillage des ressources, ainsi que la production de déchets. Au regard des enjeux écologiques, l’économie ne peut continuer à fonctionner selon l’approche linéaire traditionnelle (extraire, fabriquer, consommer, jeter) et doit privilégier la réutilisation des matériaux et des produits autant que possible ».
Car l’économie circulaire repose sur un approvisionnement durable, fondé sur une utilisation responsable des ressources en tenant compte de leurs impacts environnementaux et sociaux.
L’économie circulaire redéfinit donc « le rôle des acteurs du système productif, grâce notamment à une mutualisation des ressources entre les acteurs économiques pour optimiser leur utilisation et au développement de la consommation responsable prenant en compte les impacts environnementaux et sociaux dans les choix d’achat ».
L’économie servicielle permet quant à elle, de « repenser nos modèles productifs, en privilégiant l’usage à la possession, par la vente de services plutôt que de biens ».
L’offre servicielle recherche des effets utiles et une performance d’usage : « elle est co-construite par le consommateur, l’entreprise et le salarié et prend en compte des considérations sociales et environnementales ».
Dans le même temps, pour un certain nombre de biens et services, l’échelon local semble être le plus pertinent pour déployer « une action publique efficace, dans la mesure où elle impactera directement les habitants du territoire. Il reviendra alors à l’État de veiller à la cohérence de l’action publique par le biais d’un dialogue avec les collectivités territoriales ».
C’est que dans un monde largement globalisé qui entre dans une zone de turbulences, « l’échelon territorial offre des atouts en termes d’écosystème et de proximité, avec des opportunités de développement de grappes autour de grandes entreprises locales ».
Rubrique « Lu Pour Vous »
4 décembre 2025