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«La technologie ne renvoie pas uniquement à l’accès mais aussi et davantage à l’usage»

Yahya El Yahyaoui au journal électronique

E-Marrakech : La technologie ne renvoie pas uniquement à l’accès mais aussi et davantage à l’usage(*)

 

E-Marrakech : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

 

Yahya El Yahyaoui : Je propose à ce propos, puisqu’on est en ligne, qu’on consulte  mon site web : www.elyahyaoui.org.

J’y ai mis un aperçu de biographie, les livres et articles que j’ai publiés (dont certains peuvent être consultés et téléchargés) ainsi que les conférences que j’ai données de 1989 à aujourd’hui.

 

C’est d’ailleurs l’un des avantages, et non des moindres, de l’internet : celui de permettre aux internautes d’accéder à des sites d’auteurs, de pouvoir y puiser de l’information et de dispenser leurs propriétaires de parler d’eux-mêmes directement.

 

E-Marrakech : Pourquoi cet intérêt pour les NTIC, est ce une obligation professionnelle ou c’est une question de conviction ?

 

Yahya El Yahyaoui : L’intérêt que je porte aux technologies de l’information et de la communication date, en fait, de la fin des années 80 quand, préparant une thèse sur les télécommunications en Europe, j’ai pressenti la place qui allait revenir inévitablement à ces technologies et au secteur de l’info communication en général…C’est donc par conviction que je me suis mis à travailler sur un domaine qui, comme vous pouvez le constater, ne m’est pas été totalement étranger.

 

Je dois reconnaître, par ailleurs, que les travaux sur ce sujet sont extrêmement rares au Maroc à tel point que, au début fascinés par l’importance du sujet, beaucoup d’étudiants (dont des thésards) finissent par changer de sujet faute de documentation…J’en connais personnellement plusieurs.

 

L’importance du domaine est d’autant plus justifiée qu’il englobe la télévision, l’informatique, le multimédia, l’édition électronique et naturellement l’internet depuis un certain temps.

 

E-Marrakech : Peut-on parler d’un fait « Nouvelles technologies » au Maroc ?

 

Yahya El Yahyaoui : Dans la plupart de mes travaux, j’insiste souvent sur deux problématiques : l’accessibilité aux NTIC et leur appropriabilité par la masse.

 

Pour l’accessibilité, je peux affirmer qu’elle est fondamentalement biaisée au Maroc et ce non seulement pour des raisons de pouvoir d’achat, mais aussi et davantage parce que l’infrastructure disponible est insuffisante et/ou ne répond pas aux besoins existants.

 

Vous n’avez pour vous en convaincre qu’à voir le marché du téléphone fixe jusqu’à tout récemment et vous n’avez qu’à consulter le nombre d’abonnés internet (je dis bien abonnés).

 

Pour l’appropriabilité, le problème est encore plus grave , car celle-ci ne mets pas en jeu uniquement la technologie ou le savoir qu’elle véhicule mais surtout et fondamentalement la culture et le niveau d’instruction atteint. C’est la raison pour laquelle, autant la technologie (en l’occurrence d’information et de communication) renvoie à l’accès, autant elle renvoie à l’usage.

 

Et puisque l’accès aux NTIC est fort limité et l’usage fort restreint, je considère que l’on a affaire à ce niveau à une simple juxtaposition de techniques et non à une véritable endogénéisation.

 

E-Marrakech : Que pensez - vous du paysage web au Maroc ?

 

Yahya El Yahyaoui : Pour vous répondre directement, je dirais d’abord qu’il n’y a pas d’études sérieuses à ce propos et les quelques études  ou rapports commandés par l’administration sont généralement partiels et inaccessibles aux chercheurs.

 

Ensuite,  le web officiel (tout autant que privé) est presque inexistant. Vous n’avez pour confirmer cela qu’à voir les sites de certains ministères ou universités ou autres…C’est décevant par rapport à nos attentes.

 

En même temps, le monde universitaire est en grande partie déconnecté à l’exception des écoles d’élite et de quelques universités nanties.

 

Je pense que l’internet au Maroc est et restera  largement une affaire d’élite et ne sera popularisé qu’au prix d’un effort monumental de la part de l’Etat…Ce qui n’est malheureusement pas le cas.

 

E-Marrakech : Que peuvent faire les décideurs dans le domaine des nouvelles technologies ?

 

Yahya El Yahyaoui : Je dirais que les Pouvoirs Publics doivent garantir l’accès du plus grand nombre et permettre un usage élargi…En même temps, lesdits Pouvoirs doivent nécessairement s’impliquer et arrêter une stratégie claire et durable, c’est à dire non liée à tel ou tel parti, à tel ou tel ministre.

 

Une fois la stratégie adoptée, les finalités  les moyens et le calendrier d’exécution définis, tout le reste est affaire de modalités.

 

E-Marrakech : Qu’avez – vous retenu comme enseignements à partir des travaux que vous avez effectués ?

 

Yahya El Yahyaoui : Je crois pouvoir dire que la leçon  majeure à défendre consisterait en la nécessité de rompre avec les choix retenus jusqu’ici. Je fais allusion à ce fameux « transfert de technologies » dont on ne cesse de justifier l’inéluctabilité, et je fais allusion aussi à l’effet de mode qu’on ne cesse de cultiver (regardez entre autres cette gamme de services mobiles dont la majorité sont inutiles et dont on ne cesse à longueur de journée de faire l’éloge).

 

Je reste, par ailleurs, convaincu de la nécessité de la recherche scientifique dans ce domaine (à l’instar de l’Inde et d’autres) et au besoin incessant de socialiser la connaissance et le savoir en engageant une véritable guerre contre l’analphabétisme.

 

E-Marrakech : Connaissez-vous Itissalat Al Maghreb et que pensez-vous de cet opérateur ?

 

Yahya El Yahyaoui : Je peux dire que je la connais tellement bien que  j’y exerce depuis bientôt douze ans.

 

IAM c’est Ahizoune, c’est Vivendi qui gouverne avec seulement 35% du capital, c’est Yahya El Yahyaoui (entre des dizaines d’autres) noté taux faible parce qu’il n’est pas d’accord avec les « choix » arrêtés, c’est les départs « volontaires » auxquels on force les gens, c’est les scandales mis sur la place publique à longueur d’années et dont le journal « Le Reporter » a consacré une de ses dernières livraisons.

 

C’est tout cela et plus. Est-il vraiment  un opérateur de télécommunications (et à fortiori « historique ») ?

Je pense que plusieurs textes dans mon site fournissent une esquisse de réponse.

 

E-Marrakech : Peut-on atteindre 10 millions d’internautes au Maroc dans 30 ans ?

 

Yahya El Yahyaoui : Pourquoi pas, nous sommes-nous pas le pays qui a atteint un taux de scolarisation de presque 100 % avec 60 élèves dans la classe sinon plus ?

 

E-Marrakech : Qu’avez-vous de neuf côté publications ?

 

Yahya El Yahyaoui : Je viens de publier un livre sur « Les réseaux de la contrainte au Maroc : l’exemple des télécommunications et de la télévision ».

 

Je travaille maintenant sur trois projets en parallèle concernant la nouvelle économie, la gouvernance et la fuite des cerveaux.

Entre temps, je suis pris par la lecture d’un certain nombre de thèses, la rédaction d’articles de presse ou par des conférences.

 

E-Marrakech : Un dernier mot…

 

Yahya El Yahyaoui : J’espère que les publications en ligne comme E-Marrakech contribueront à diffuser le maximum d’informations et d’études sur les nouvelles technologies.

 

(*) Site e-marrakech, Rabat, 30 Janvier 2003

 

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