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«L'islamophobie et ses conséquences pour les jeunes»

«L'islamophobie et ses conséquences pour les jeunes»

Conseil de l’Europe, Budapest, 2005, 137 p.

L’islamophobie est un sujet délicat, sur lequel écrire est difficile, lit-on en introduction à cet ouvrage. D’emblée se posent des questions de définition : «l’islamophobie est-elle une réalité ? Est-ce utile d’employer le terme d’ islamophobie ? Ne devrions-nous pas simplement parler de discrimination ou d’intolérance ? Est-il vrai que l’usage du terme islamophobie risque d’aggraver le phénomène en question et d’intensifier les persécutions que subissent les musulmans en Europe ? Y a t il quelque chose de différent concernant l’islamophobie et la façon dont elle affecte les jeunes en Europe ?».

Le racisme et la discrimination raciale sont des formes inacceptables de violation des droits humains, note le Conseil de l’Europe, mais presque personne ne conteste que s’y est récemment ajoutée une connotation particulière, de nature religieuse et «civilisationnelle», suite aux «attaques terroristes du 11 Septembre perpétrées par des groupes se réclamant de l’islam pour justifier leurs actes».

L’islamophobie peut se définir ainsi, selon ledit Conseil, comme «la peur, ou une vision altérée par des préjugés, de l’islam, des musulmans et des questions en rapport».

Cependant, lit-on toujours, force est de constater qu’aujourd’hui «de nombreuses communautés musulmanes en Europe sont confrontées à un environnement de plus en plus hostile à leur égard, fait de suspicion, de préjugés profondément enracinés et d’ignorance et, dans certains cas, de harcèlement physique et verbal».

Qu’elle se traduise par des actes quotidiens de racisme et de discrimination ou des manifestations plus violentes, «l’islamophobie est une violation des droits de l’homme et une menace pour la cohésion sociale. Et, visiblement, les jeunes ne sont pas épargnés. Les jeunes hommes et les jeunes femmes sont directement affectés quand ils deviennent la cible d’attaques et de violences islamophobes».

Mais ils sont également concernés par la montée générale de la discrimination et de la xénophobie, actives ou passives. A cet égard, «l’islamophobie est une menace pour nos sociétés et les valeurs des droits de l’homme, pour la démocratie pluraliste et l’appréciation de la diversité en tant que richesse».

L’islamophobie n’est donc pas un phénomène marginal, note le Conseil. Elle est enracinée dans d’autres formes de préjugés raciaux et de discrimination. Elle n’est pas que le problème des musulmans, tout comme il n’existe pas de discrimination plus ou moins grave : «pour la victime, la discrimination est toujours synonyme de privation de dignité et d’une humiliation inacceptable».

Cela étant, les activités et les projets des jeunes, seuls, ne peuvent faire front aux dangers de la peur irrationnelle et de la haine, les institutions et les politiques publiques ont à ce titre un rôle important à jouer.

Les jeunes musulmans, comme tous les autres jeunes, «traversent cette période de leur vie où se construisent leur personnalité et leur identité. Et ils sont soumis à quantité d’influences d’origines diverses. Que se passe-t-il alors, si ces jeunes sont constamment exposés à des actes et à des attitudes islamophobes ?».

Les effets préjudiciables d’une telle exposition se posent, selon ledit Conseil, en ces termes : faible estime de soi, manque de confiance et absence de sentiment d’appartenance. Et, au-delà des impacts au niveau individuel, «cette situation va déterminer les attentes que va nourrir toute une génération par rapport à la vie».

Les préjugés dont sont imprégnés les enfants durant leur éducation, ont par conséquent «une très forte tendance à teinter la vision du monde qu’ils auront à l’âge adulte. Il semble donc que grandir ne suffise pas pour acquérir la sagesse. Au contraire, une fois modelé, le sens de la normalité d’une personne quant à ses attentes eu égard à la vie est difficilement modifiable».

Par ailleurs, aborder le phénomène de l’islamophobie ne signifie pas prendre pour point de mire l’islam ou les musulmans, note l’ouvrage. En fait, la démarche va consister en «une tentative d’analyse et de compréhension des images, des idées et des perceptions de la majorité, au sujet de la minorité en question. Les images sont bien évidemment teintées par leurs contextes historiques, mais elles nous en disent bien plus sur la majorité que sur la minorité».

Une attention particulière sur le rôle et la responsabilité des médias est fort réclamée ici, car la couverture des informations sur certains groupes et questions est très chargée de stéréotypes, l’image de l’islam étant donnée par les médias, comme une entité immuable au-delà du temps et de l’espace.

Pour lutter contre l’islamophobie, il faudrait d’abord explorer les «actions politiques et éducatives visant à accroître la compréhension et le respect de la diversité religieuse», et permettant aux jeunes de se rencontrer et d’interagir.

La diversité n’est pas une menace à la cohésion, c’est un préalable, observe l’ouvrage. L’islam n’est pas nouveau en Europe. Il «a eu pendant des siècles, sous ses différentes formes, une influence sur la civilisation européenne et la vie quotidienne. La nouvelle Europe est aussi de plus en plus influencée par l’islam, non seulement du fait des régions de culture essentiellement musulmane, mais aussi par suite de l’immigration en provenance du monde islamique en général».

 Yahya El Yahyaoui

Rabat, 27 Mai 2010

 

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