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« La place des intelligences artificielles, en tant que technologies duales, dans la reconfiguration des dynamiques stratégiques et militaires contemporaines » (1/2)

Quoibion. M, Mémoire, Faculté de Droit, de Science Politique et de Criminologie, Université de Liège, 2025, 80 p.

 

Dans l’introduction à ce mémoire, l’auteur dit ceci : « la rapidité et l’ampleur de la diffusion des IAs, la diversité de leurs applications ainsi que la difficulté à penser leur dynamique de développement laissent présager d’inconnues révolutions dans toutes les sphères de notre société. Parmi les débats les plus médiatisés autour de ces technologies duales, celui relatif à la militarisation des IAs suscite à la fois craintes et fantasmes » et ce même si les robots tueurs, à l’image des cyborgs de type Terminator, n’ont pas encore investi les champs de bataille, et l’«hyperwar », entendue comme une forme de guerre contrôlée par les algorithmes et l’IA, où l’intervention humaine devient minimale voire inexistante, ne reflète pas encore la réalité des conflits contemporains.

Or, qu’elles constituent une révolution majeure ou une simple évolution dans l’art de la guerre, « les IAs militarisées se sont rapidement imposées dans les conflits récents, en particulier sur les champs de bataille gazaoui et ukrainien », les promesses offertes par ces technologies émergentes annonçant une transformation profonde des pratiques et stratégies militaires conventionnelles.

Toute la question est de savoir : « dans quelle mesure les intelligences artificielles, en tant que technologies duales, transforment-elles les dynamiques stratégiques et militaires contemporaines ? ».

Le premier enjeu lié à l’IA réside certainement dans la difficulté à formuler une définition à la fois exhaustive et suffisamment consensuelle. L’auteur retient la définition de Yan Le Cun, chercheur en informatique et considéré comme l’un des pionniers de l’IA, qui affirme que celle-ci permet « de faire faire aux machines, des activités qu’on attribue généralement aux animaux et aux humains ». Elle désigne un ensemble de techniques tels que les « machine learning, computer vision, natural language processing (NLP), deep learning and cognitive computing ».

Les machines intelligentes seront ainsi en mesure de réaliser des tâches complexes, d’apprendre de manière autonome et de s’améliorer progressivement sur le plan opérationnel, sans nécessiter d’intervention humaine.

La première catégorie correspond à l’IA limitée, dite « IA faible », qui constitue aujourd’hui la forme la plus répandue, aussi bien dans le domaine civil que militaire. Fondée sur le Machine learning, l’IA faible est conçue « pour exécuter des tâches spécifiques et répétitives, en optimisant progressivement ses performances, mais sans capacité de modification ». Les systèmes d’IA reproduisent ici certains processus cognitifs humains à travers des algorithmes et le traitement automatisé de données massives, appelées big data. Appliquées au domaine militaire, « ces technologies permettent de gérer et de modéliser l’environnement opérationnel, de détecter les menaces et de les cibler, mais aussi de traiter, simplifier et analyser de vastes volumes de renseignements ».

La seconde catégorie est dite « IA forte». Elle n’est à ce jour, pas encore déployée ni dans le domaine civil, ni dans le domaine militaire. Concrètement, les IAs générales se distinguent par « leur capacité à pouvoir combiner en théorie, de multiples canaux de données et accomplir plusieurs tâches simultanément avec une vitesse de traitement largement supérieure à l’intelligence humaine ».

La troisième catégorisation renvoie à l’IA générative, qui permet de « créer des contenus à la demande à partir de données d’apprentissage ainsi que d’accomplir diverses tâches, telles que répondre à des questions ouvertes, exécuter des instructions voire interagir dans le cadre de conversations ».

La militarisation des intelligences artificielles illustre une dynamique où ce sont les avancées réalisées dans le domaine civil en matière d’IA, qui sont intégrées dans le domaine militaire. Dans ce cadre, la société OpenAI, à l’origine du système ChatGPT, une IA générative, a supprimé, en janvier 2024, sa politique interdisant l’utilisation de ses modèles pour le développement d’armes ou pour des activités relevant du domaine militaire.

Une opération militaire ne se résume pas à l’usage de la force, mais est composée d’un ensemble de tâches qui précèdent l’utilisation d’une arme. « Premièrement, une opération militaire implique le commandement et le contrôle (C2), qui renvoie à la phase décisionnelle de l’opération, incluant, entre autres, la planification et la prise de décision. Deuxièmement, la phase de gestion de l’information englobe quant à elle la collecte, le traitement, l’exploitation et la diffusion des informations relatives à l’opération, notamment dans le cadre d’opérations menées dans le cyberespace. Troisièmement, la logistique vise à organiser le déplacement, l’approvisionnement et le suivi du personnel et du matériel. Enfin, l’entrainement concerne les instructions et la préparation des forces armées ».

 

Rubrique « Lu Pour Vous »

4 juin 2026

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