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« Ambitions numériques de la Chine »

« Ambitions numériques de la Chine »

Une stratégie mondiale visant à supplanter l’ordre libéral

De La Bruyère. E, Strub. D, Marek. J,

Bureau National de la Recherche Asiatique, Rapport, n° 97, Seattle, Washington, Mars 2022, 235 p.

Dans son introduction à ce rapport (« un nouveau type de pouvoir géopolitique : la stratégie concurrentielle de la Chine pour la révolution numérique »), Emily de La Bruyère dit ceci : « la stratégie mondiale de Pékin en matière de numérique, consiste à saisir cette opportunité concurrentielle de contrôler les données internationales, leur circulation et, par extension, la production, la distribution et la consommation de ressources et d’idées au niveau international ».

Elle continue : « une nouvelle architecture numérique mondiale prend forme. Cela bouleverse la hiérarchie existante et jette les bases d’un nouveau type de pouvoir géopolitique. La Chine souhaite définir cette architecture numérique en construisant son infrastructure physique, ainsi que les réseaux et plateformes virtuels correspondants, en fixant les normes techniques qui les régissent et en façonnant le nouveau régime de gouvernance numérique mondial ».

Et de souligner : « la révolution numérique est la promesse d’une nouvelle ère d’opportunités, de progrès technologiques et de liberté de mouvement et de pensée. Toutefois, elle s’accompagne également de dangers sans précédent : le risque d’un autoritarisme numérique qui amasse des bénéfices tout en exerçant son contrôle, d’un pouvoir de réseau monopolistique qui écarte la concurrence au profit d’un système d’hégémonie politique et commerciale basé sur les bénéfices, sans oublier la capacité de façonner, de modifier et d’amplifier l’information à un rythme et à une échelle d’effet de réseau ».

La Chine tire donc stratégiquement et délibérément, parti de la révolution numérique pour définir et affirmer son contrôle sur les ressources, les marchés et la gouvernance internationaux.

La Chine a pris grande conscience que la révolution industrielle actuelle, c’est-à-dire la révolution numérique, est le résultat de l’émergence des données comme facteur de production, au même titre que la terre, la main-d’œuvre, le capital et la technologie.

Elle a pris conscience aussi que l’architecture numérique mondiale, faite de normes, notamment internationales, et d’une nouvelle infrastructure, déterminera quelles ressources circuleront, mais aussi comment et où. Le contrôle de l’architecture est la promesse d’un type de pouvoir international sans précédent : « la capacité de façonner les données sur les échanges mondiaux, et donc les échanges eux-mêmes ; de définir les discours internationaux, y compris la propagande et la désinformation ; de contrôler les données définissant les mouvements terrestres, aériens et maritimes, des personnes et des objets, militaires et commerciaux ; et de menacer à tout moment et à peu de frais, la capacité d’un adversaire à voir, à parler ou à se déplacer ».

La Chine ne cesse par conséquent pas, de développer une infrastructure numérique à l’échelle mondiale de grande envergure, afin d’établir la base de la révolution industrielle de bas en haut. Cette infrastructure comprend « des systèmes physiques tels que des centres de données, des villes intelligentes et leurs chaînes d’approvisionnement, ainsi que des systèmes virtuels comme les super applications et les plateformes de paiement ».

Si la Chine réussit à devenir la grande puissance du réseau, le pays « verrouillera le contrôle de l’environnement de l’information et le façonnera conformément au programme plus vaste de propagande et de désinformation du PCC », note le rapport.

Dans le même temps, la Chine jouit d’une capacité industrielle unique qui lui permet de construire l’infrastructure physique du monde numérique. Cette capacité peut « offrir à Pékin un avantage quant à l’établissement des normes internationales, notamment en matière de télécommunications.

Les entreprises technologiques chinoises peuvent être comparées aux entreprises américaines, dans la mesure où elles ont tendance à occuper toutes les couches de la « pile technologique » : la couche physique, la couche réseau et la couche application. Elles occupent également une présence mondiale dans chacune de ces couches.

La Chine cherche donc, souligne le rapport, à « créer un ordre numérique mondial dont elle serait le centre et dans lequel les réseaux économiques, financiers, d’information, commerciaux, de production, d’innovation et technologiques, ainsi que l’infrastructure numérique sur laquelle ils s’appuient, seraient contrôlés par ou sous l’influence de Pékin. Les entreprises technologiques chinoises sont bien placées et la Chine contrôle une part significative des flux d’informations internationaux ».

D’autant que le développement actuel des plateformes numériques entrepris par la Chine a pour but de « promouvoir la technologie et la compétitivité économique du pays, de renforcer le contrôle politique et social, et de concurrencer les réseaux commerciaux, technologiques, énergétiques, d’information et financiers mondiaux actuels en créant des alternatives sous son contrôle ».

La Chine s’efforce donc de « regrouper, de centraliser et de contrôler les réseaux numériques mondiaux, notamment en créant et en exploitant des plateformes qui s’appuient sur des entreprises, des technologies et des normes chinoises. Par bien des aspects, les plateformes numériques chinoises cherchent à concrétiser les efforts du pays en matière de développement sur toute la chaîne de valeurs technologiques dans les secteurs du matériel informatique, du logiciel, et de la conception, de la fabrication, de l’infrastructure et des services associés ».

Rubrique « Lu Pour Vous »

17 juillet 2025

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