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«L’avenir des Juifs français»

Korsia. H,  Institut Diderot, Paris, octobre 2022, 54 p.

En introduction à ces «Notes », André Comte-Sponville Directeur général de l’Institut Diderot, s’interroge : «Qu’est-ce qu’un juif, vu par un Français qui ne l’est pas ? Quelqu’un de semblable (par la langue, la couleur de peau, la culture…) mais de différent (par la religion, s’il est croyant, parfois par les vêtements ou l’alimentation, presque toujours par la mémoire et le sentiment d’appartenir à une communauté fort ancienne et fort dispersée, donc aussi, dans la quasi-totalité des pays, à une minorité)».

Cette différence dans la similitude, «les antisémites l’ont souvent reprochée aux juifs, qu’ils jugeaient d’autant plus dangereux qu’il était difficile de les reconnaître, donc de s’en protéger».

«Qu’est-ce qu’un Juif ?», s’interroge le grand rabbin de France Haim Korsia. Il répond : «c’est quelqu’un qui est le même que moi, mais pas tout à fait le même».

C’est en quoi, dit-il, «il dérange ceux qui rêvent d’uniformité, et conforte au contraire ceux pour qui l’unité, toujours souhaitable au sein d’un même peuple, suppose le respect et l’intégration de la diversité».

Il n’est pas étonnant, pour le grand rabbin, que les juifs se soient si bien intégrés en France. Car «le génie unique de la France, c’est de valoriser un modèle d’unité et pas d’uniformité, si bien que judéité et francité sont deux façons (tantôt disjointes, tantôt réunies en un même individu) d’incarner le respect et l’intégration de toutes les différences».

La raison en est que la loi de la République s’impose à tous, quelles que soient leurs convictions religieuses ou irréligieuses : la loi collective prime ici sur la loi individuelle et permet à des gens différents de vivre ensemble.

Cela justifie pour lui la laïcité, seule à même de permettre «la coexistence paisible des croyances, mais aussi un modèle qui prône l’intégration (laquelle suppose que les différences s’ajoutent et se mêlent les unes aux autres) et non l’assimilation (qui prétend les éradiquer ou les réduire toutes au plus petit dénominateur commun)».

Mais l’auteur voit aussi monter deux dangers qui inquiètent. «Le premier est une forme d’intolérance, voire d’antisémitisme et d’islamophobie, souvent sous couvert d’une laïcité agressive, qui vient limiter la liberté religieuse que la République, justement parce qu’elle est laïque, se doit au contraire de protéger».

Le second a trait à la montée des communautarismes, signe manifeste de ce qu’il appelle «les territoires perdus de la République». D’où le lancement de son avertissement : «Là où les Juifs ne peuvent plus vivre, bientôt leurs concitoyens non juifs ne pourront plus vivre eux non plus».

Il y a un lien entre les Juifs de France et la France, note l’auteur. Cette corrélation «apparaît tout au long de l’Histoire de France, car les Juifs sont l’incarnation de ce qui est, à mon sens, la part la plus lumineuse de la France : le respect et l’intégration de la diversité».

Cette façon d’être différent et d’être comme tout le monde est une règle simple selon le grand rabbin : «je suis soumis aux mêmes lois que vous en dépit de ma différence».

Il donne un exemple fort symbolique de cette assertion : «la tradition juive, c’est d’enterrer les personnes en pleine terre, sans cercueil. Je suis rabbin et, depuis que je le suis, je célèbre des obsèques en France où les morts sont enterrés dans un cercueil. Lors de l’enterrement d’un de mes proches en Israël, j’ai vu un enterrement selon les normes du judaïsme et je me suis rendu compte à quel point j’étais profondément français, même dans ma foi, puisque j’avais intériorisé la loi de L’Etat qui impose un cercueil, et que la tradition juive authentique me choquait. La loi de l’Etat… s’impose à tous».

Le grand rabbin affirme par ailleurs, que «l’un des grands apports du judaïsme dans toutes les sociétés, et en France en particulier, c’est qu’il prône l’intégration et non l’assimilation. L’assimilation abrase toutes les différences pour imposer un modèle théorique commun».

L’intégration suppose pour lui, que chacun apporte à la collectivité ce qu’il est, lui. Chacun met son génie propre au service d’une collectivité : «Voilà pourquoi français de souche ne veut rien dire».

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