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«Vers la démocratie culturelle»

Martel. M-C, Avis, Conseil économique, social et environnemental, Paris, 15 novembre 2017, 194 p.

Depuis la fin des années 1950, la politique culturelle française fondée par André Malraux s’est appuyée sur trois piliers : soutenir la création, préserver le patrimoine, démocratiser la culture. La finalité de ce dernier volet était simple : «donner à tous un accès à la culture, en mettant l’accent sur la valeur civilisatrice et éducative des arts».

Au fil des décennies, cette vision a été en partie remise en question. La critique de la «démocratisation culturelle» a porté sur son parti pris élitiste d’homogénéisation «du haut vers le bas» et sur la minoration d’une culture plurielle.

D’autres évolutions d’ordre politique, sociétal, économique et technologique dont fondamentalement la mondialisation, sont venues s’ajouter avec le temps,. La culture est devenue de plus en plus un bien marchand, mais les pratiques culturelles et les publics se sont diversifiés et enrichis. En même temps, «la participation du public à la création et à la diffusion des œuvres, s’est démultipliée avec l’avènement du numérique, les droits culturels ont été reconnus au plan international, enfin, la démocratie participative a connu un regain d’intérêt avec l’apparition de dispositifs de co-construction politique».

Face à ces mutations, un concept nouveau a émergé dès les années 1970-80, celui de «démocratie culturelle». Trois axes sont ainsi concernés: la participation et la co-construction des politiques culturelles, l’animation et la médiation culturelles et les pratiques artistiques en amateur.

S’appuyant sur une politique de démocratisation, dont l’objectif est de rendre la culture accessible à chacun, mais déployant un potentiel d’action plus important, «la démocratie culturelle participe à l’émancipation des citoyens et au renforcement de la cohésion sociale et de l’inclusion (…). Elle donne à tous un accès au patrimoine et la possibilité de participer à la vie de la cité».

Elle présente aussi un cadre d’action propice à l’intégration et à la coexistence de toutes les cultures. «Elle offre ainsi la possibilité pour chacun d’être acteur de sa propre culture, autrement dit de forger son humanité en réalisant la synthèse d’une histoire à la fois individuelle et collective, dans une logique de continuité temporelle entre passé, présent et avenir».

De ce fait, la démocratie culturelle établit un pont entre les deux principales acceptions de la culture: «entre d’une part, l’accès aux oeuvres artistiques (au sens large), et d’autre part notre système de valeurs et de représentations, et donc notre façon d’appréhender le monde».

Le terme de «culture» dont il s’agit ici est entendu au sens des politiques culturelles, incluant notamment tout ce qui se rapporte à l’art et aux oeuvres artistiques. La culture recouvre ainsi «les champs du spectacle vivant, de la musique, des arts plastiques et des arts visuels, du patrimoine matériel et immatériel, du cinéma, de la vidéo et du livre».

Il s’agit à travers cette définition, de passer d’une culture «pour tous» à une culture «avec tous».

En effet, «participer à la culture, à la construction du sens, concourt bien à la construction des fondations du discours politique et contribue ainsi à rendre vivante la démocratie en renforçant la liberté, l’égalité, mais aussi en luttant contre les exclusions et en renforçant la cohésion de notre société».

Un des projets les plus ambitieux de la décennie Malraux (1959-1969) était représenté par la création des maisons de la Culture, qui «contribuent à la politique culturelle, à travers une triple mission de soutien à la création dans un esprit de liberté, d’animation culturelle (aller au-devant des publics) et de polyvalence notamment en matière de diffusion artistique. La protection du patrimoine comme le développement de la formation et des activités artistiques, font partie des objectifs de cette politique: il s’agit de surmonter la coupure entre présent et passé, entre connaissance et culture, en rendant présents les arts vivants et les grandes oeuvres universelles».

D’un autre côté, la période du ministère Lang (1981-1986 puis 1988-1993) peut être considéré comme une période d’embellie pour la politique culturelle. Elle se caractérise par une volonté d’approfondir l’effort de démocratisation de l’ère Malraux, «appliqué à un champ de la culture élargi et à de nouveaux publics, par une modernisation de l’éducation artistique à l’école et par un approfondissement de la décentralisation, mais aussi par une politique de grands travaux (arche de la Défense, opéra Bastille, Grand Louvre…etc.) et de création de grandes institutions de formation dans un contexte de forte augmentation budgétaire de la culture (doublement dès l’exercice 1982)».

La démocratisation culturelle est désormais pensée comme le libre épanouissement individuel par la création dans le respect de la diversité des cultures. L’émergence de la démocratie culturelle permet ainsi «la reconnaissance d’esthétiques considérées jusqu’ici comme mineures par la tradition académique (jazz, rock, bande dessinée, mode, gastronomie, voire rap et tag)».

La période Lang est incontestablement, malgré la prééminence de Paris, «celle d’une réelle homogénéisation culturelle sur le territoire national». Elle se caractérise aussi par «le renforcement des liens et des synergies entre culture et économie, à travers le soutien aux industries culturelles et le mécénat».

L’effort sera porté sous la présidence de Jacques Chirac, sur deux axes principaux : lutte contre la fracture sociale à l’intérieur, et défense de la diversité culturelle à l’international.

S’agissant de l’action à l’international, l’objectif de défense de la diversité culturelle et de lutte contre l’uniformisation des cultures a justifié le développement, de la part des pays européens et de la plupart des membres de l’organisation mondiale du Commerce (OMC), d’un concept juridique nouveau, celui d’exception culturelle. Ce concept a été entendu par la ministre de la Culture Catherine Trautmann (1997-2000) comme «le refus de prendre des engagements de libéralisation dans le secteur audiovisuel, estimant qu’il était essentiel de préserver la capacité d’intervention des États contre d’éventuelles remises en cause par l’OMC».

La prise en compte des spécificités du champ culturel dans les politiques de régulation de la mondialisation se traduira également par un effort de réglementation des mécanismes de marché (aide à l’industrie du cinéma par exemple).

Les années 2007-2016 s’inscrivent dans le prolongement de la décennie précédente, s’efforçant de «conforter la logique de modernisation de l’action culturelle dans un contexte budgétaire de plus en plus tendu. Avec le renforcement de la décentralisation et de la déconcentration, le ministère de la Culture se voit davantage concurrencé par les grands établissements culturels qui gagnent en autonomie et les collectivités territoriales, même s’il conserve des missions essentielles en matière de soutien à la création artistique, de régulation des marchés et d’équité territoriale pour l’accès à la culture».

Ce bilan apparaît compliqué par le fait que l’objectif a lui-même évolué au cours du temps : «centré au moins jusque dans les années 1970, sur l’ambition de façonner une culture nationale, il a évolué dans la période récente vers un objectif de renforcement de la vitalité démocratique et de la cohésion sociale. Dans le même temps, l’évolution des publics et du contexte économique et technique dans lequel s’inscrivait la vie culturelle, a placé la politique culturelle devant un défi permanent d’adaptation et de modernisation».

Mais l’ambition de démocratisation culturelle, entendue comme l’accès du plus grand nombre aux oeuvres d’art et à la culture, est restée jusqu’à aujourd’hui un objectif central de la politique culturelle.

Au-delà des facteurs démographiques et sociétaux, l’évolution des publics reflète aussi les mutations qui affectent la perception de la culture et l’idée que s’en font les habitants. La définition de la culture a en effet évolué au fil du temps et ceci de manière différente pour chacun. Car, «la perception même de l’idée de culture est très variable d’un individu à l’autre. L’on pourrait dire en poussant le raisonnement, que chacun possède sa propre définition de la culture».

Par ailleurs, l’évolution des dépenses culturelles des ménages, la diffusion des technologies de l’information et de la communication a «renouvelé profondément les pratiques culturelles, tant en ce qui concerne la création et la diffusion des contenus culturels que leur accessibilité. Le numérique a permis un accroissement, une diversification et une accessibilité accrue de l’offre de biens culturels, notamment dans le domaine de la musique, de l’audiovisuel et du cinéma, via le téléchargement et le streaming».

Ces évolutions tendraient à s’accompagner «d’une privatisation de la consommation culturelle qui s’opère de moins en moins dans des lieux publics dédiés et de plus en plus au domicile, ainsi que d’une fragmentation et d’une individualisation des pratiques culturelles, souvent au détriment du lien social. Pourtant, il est à noter qu’une corrélation existe entre l’intensité de la consommation numérique et la participation à la vie culturelle».

L’impact de la diffusion des technologies numériques se manifeste également sur les pratiques de lecture: si la place de celles-ci demeure stable voire augmente depuis 2015, le livre numérique devient un support plus répandu. La vente de livre en ligne se développe au détriment des librairies.

D’autres mutations sociétales, économiques, technologiques, juridiques, sont venues renforcer l’essor de la démocratie culturelle. Ces leviers de démocratie culturelle pourraient être répertoriés en trois catégories principales :

°- levier juridique, avec l’émergence du concept de droits culturels, d’inspiration anglo-saxonne,

°- levier opérationnel, avec l’émergence de nouveaux outils et pratiques culturelles qui témoignent d’un appétit croissant de culture, de formation, de participation et de reconnaissance,

°- et levier politique et sociétal, avec la montée en puissance de nouveaux acteurs de la culture qui réclament une participation accrue à la gouvernance du secteur.

Rubrique «Lu Pour Vous»

21 juillet 2022

 

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