Introduction
Depuis le début des années 80, aussi bien aux États-Unis, en Europe qu’au Japon et dans le Tiers-monde aussi, les termes de multimédia, d’Internet, d’autoroutes de la communication et de mondialisation ont été largement abordés de façon non seulement générique mais aussi généreuse par les médias et les entrepreneurs, par les hommes politiques et les intellectuels.
Cet incontestable regain d’intérêt concernant le rapport des nouvelles technologies de l’information et de la communication à un phénomène économique relativement récent (la mondialisation) a été, en grande partie, suscité par un engouement sans précédent d’hommes politiques et de groupes industriels en quête de projets fédérateurs et d’initiatives de grande envergure.
Trois constatations fondamentales s’imposent à l’observation de cette nouvelle donne éminemment technologique et économique dans ses déterminants, géopolitique et stratégique dans ses «dominants» et ses prolongements :
-La première constatation est que la cristallisation des enjeux technologique et économique de cette nouvelle donne s’est essentiellement faite autour de grandes ruptures dont les technologies de l’information et de la communication ont été, depuis plus d’une décennie, sinon l’objet du moins le théâtre (I).
-La deuxième constatation tient au fait que les grands bouleversements, dits d’ordre réglementaire et institutionnel des dernières années, présentés comme étant d’origine largement technologique, ont été fondamentalement dictés par des considérations d’ordre éminemment économique et stratégique (II).
C’est aux, d’ailleurs, confluences de ces deux données majeures que les projets d’autoroutes de la communication trouvent leur justification première sinon leur véritable raison d’être (III).
-La troisième constatation est relative à la puissance contagieuse que cette nouvelle donne des années 90 a eue sur les discours prévalant chez les élites au pouvoir dans les pays du Tiers-Monde et dans les pays du Maghreb en ce qui concerne la problématique de cette intervention (IV).
I-Grandes «ruptures» technologiques et nouvelle donne des années 90
Il est, de nos jours, communément admis ( ou presque) que le contexte dans lequel est apparue la dynamique des autoroutes de la communication ne peut être dissociée des grandes ruptures (ou présentées comme telles) ayant marqué les technologies de l’information et de la communication depuis au moins le début des années 80: le lancement des premières n’auraient pu voir le jour ni se concrétiser sans la force et la puissance des secondes, supposées en être la condition permissive quoique étant techniquement insuffisante.
Quatre grandes ruptures » sont généralement avancées pour décrire et expliquer les déterminants foncièrement technologiques de ces autoroutes de la communication : la numérisation, la fibre optique, la commutation par paquets et les hauts débits.
1-1-L’apport de la numérisation
Si l'apport de la numérisation est généralement présenté comme étant révolutionnaire, ce n’est pas seulement parce que celle-ci s’est imposée comme mode exceptionnel de traitement, de transport et de stockage de tous les types d’informations disponibles, mais parce qu’elle a surtout permis la convergence de trois grands secteurs de la communication (les télécommunications, l’informatique et l’audiovisuel) opérant, jusqu’à tout récemment, dans des espaces largement autonomes et selon des logiques de conflit sinon habilement déclarées, du moins subtilement latentes et gérées : ce mouvement de convergence (dont une grande partie est en perspective) a fondamentalement accéléré la tendance à l’interpénétration des frontières entre les trois technologies et à la redistribution des territoires traditionnels des métiers des principaux acteurs y opérant.
Aujourd’hui, «les produits audiovisuels peuvent être distribués avec une certaine interactivité (notion de vidéo à la demande) même à travers le réseau télématique. Le téléviseur et l’ordinateur se rapprochent; le premier va s’enrichir de nouvelles fonctionnalités et accéder à de nouveaux services (et même au réseau Internet), grâce à des décodeurs perfectionnés; le second permettra d’assister à des émissions télévisées après être devenu communicant puis multimédia. Le monde du téléphone accède à l’image grâce à la visioconférence rendue possible par le Réseau Numérique à Intégration de Services, avec cependant des performances limitées et demain, peut être, avec le visiophone dont le succès n’est cependant pas assuré.
L’accès des réseaux informatiques à la commutation les a rapprochés des réseaux téléphoniques»(1) grâce notamment au développement de la commutation par paquet qui essaie de tirer le meilleur parti de la commutation de circuit.
1-2-Le support «fibre optique»
Si l’idée d’utiliser les ondes optiques dans le domaine des télétransmissions n’est pas nouvelle, les progrès techniques de ce support qu’est la fibre optique a placé les technologies de l’information et de la communication dans une situation inédite.
Ceci est d’autant plus vrai que la fibre optique a largement réussi à remplacer la paire de cuivre et le câble coaxial dans le raccordement d’abonnés, et parce qu’elle est capable aussi d’écouler de très hauts débits numériques de données dont fondamentalement les images fixes et animées.
L’arrivée de la technique ATM ne pourrait, semble-t-il, que renforcer la dynamique enclenchée par la fibre optique et la numérisation.
1-3-L’inévitable ATM
L’Asynchronous Transfert Mode, dit communément ATM dans le langage des ingénieurs, est une variante simple et simplifiée de la commutation par paquets.
Cette simplification résulte essentiellement de la «structuration des données numériques en cellules de dimensions fixes et plus réduites que celles des paquets (ce qui facilite l’acheminement, la commutation, etc.)» et du report à la périphérie du réseau de certaines fonctions complexes tels que les traitements d’accès ou les contrôles de flux.
Un tel transfert est d’autant plus dynamique, souple et efficace (par rapport aux méthodes synchrones) qu’il permet une allocation de la bande passante en fonction des besoins : l’ATM tend ainsi «à cumuler les avantages de la commutation de circuits (transparence à l’information et transmission en temps réel) et de la commutation par paquets (débits variables et occupation maximisée de la bande passante). Il s’adapte de la sorte à des débits constants ou variables, faibles ou forts. Il permet d’envisager des réseaux uniques de transferts pour différents services (voix, vidéo, données) alors que le RNIS ne réalise pas vraiment la fusion des réseaux à commutation de circuits et de paquets même s’il leur offre des interfaces uniques »(2).
Autrement, la technique ATM est un élément tout à fait stratégique pour l’établissement des liaisons à hauts débits. Elle est d’autant plus stratégique q’elle permet de traiter indifféremment des liaisons vocales, des données audiovisuelles et de commuter efficacement les signaux à hauts débits.
1-4-La réalité des hauts débits.
Autant la notion de débit est fondamentale, autant elle est relative. Car, si on parle aujourd’hui de hauts débits à propos des vidéoconférences ou de transferts de fichiers à deux mégabits par seconde(3), c’est par comparaison au trafic d’une voie téléphonique qui n’est que de 64 kilobits/s(4), ou des 140 mégabits/s nécessaires à la télévision haute définition ou encore des liaisons spécialisées informatiques.
Elle est fondamentale aussi parce qu’elle cristallisera demain les réseaux gigabits (milliards de bits) ou terabits (milliers de milliards)(5).
Si la réalité des hauts débits est (et sera) incontournable, elle ne pourrait se concevoir et se concrétiser sans numérisation, liaisons à fibres optiques et commutateurs de type ATM.
1-5-Le défi technologique et la nouvelle donne des autoroutes de la communication
La concrétisation des autoroutes de la communication(6) ne saurait rendue possible, de notre point de vue, sans les bouleversements ayant marqué, depuis plus de deux décennies, les nouvelles technologies de l’information et de la communication notamment les progrès de la micro-électronique et de l’optoélectronique :
qui se sont répercutés directement dans les performances des ordinateurs aussi bien pour la vitesse de calcul qu’au niveau des capacités des mémoires(7);
qui ont permis aux nouveaux commutateurs entièrement numériques de type ATM de commuter efficacement les signaux à très hauts débits en garantissant la continuité de ceux-ci avec un retard quasi-nul, permettant ainsi le synchronisme des images et des sons(8);
et qui ont permis aussi de maîtriser la technologie de la fibre optique(9) et de la rendre plus compétitive(10).
C’est dire, en somme, que les autoroutes de l’information n’ont été rendues possibles que par la numérisation de tous les types d’ information (textes, données, sons, images fixes ou animées, réelles ou virtuelles) et leur transmission sous forme entièrement numérique depuis la source ( toute source) jusqu’à l’utilisateur : «les autoroutes de l’information, principalement constituées de fibres optiques, transporteront tous ces signaux numériques, dans les deux sens et à très haut débit jusqu’à l’utilisateur».
Elles ne pourraient prendre corps et se généraliser, dans l’esprit de leurs fervents défenseurs du moins, qu’à coup de déréglementation, de libéralisation et de privatisation.
Le contexte au sein duquel la dynamique des autoroutes de la communication a pris naissance et s’est développée, ne pourrait, semble-t-il, être compris par référence à la seule dimension technologique (quoi que fondamentale par ailleurs)(11).
Trois autres dimensions majeurs sont, de notre point de vue, incontournables pour compléter le décor : la dimension réglementaire, la dimension économique et les choix stratégiques des acteurs.
2-1- Les éléments de rupture réglementaires
L’histoire de la plupart des opérateurs de télécommunications dans le monde, c’est incontestablement l’histoire de ce que les économistes appellent «une situation de monopole naturel»(12).
Une telle a pu être exercée tantôt par des entreprises privées (ATT aux Etats-Unis) tantôt par des organisations publiques, des ministères la plupart du temps, comme en Europe ou au Japon.
Cette forme d’organisation de marché fut d’autant plus défendue et légitimée qu’elle reflétait les impératifs d’équipement et/ou de politique industrielle nécessitant notamment des investissements lourds avec temps de retour généralement longs.
Si une telle situation a pu prévaloir et se «défendre» jusqu’au début de la décennie 80 (date des premières décisions de déréglementation) c’est parce que les entreprises concernées (quoique mono-produits) présentaient des situations bénéficiaires, une capacité d’autofinancement élevée et une dynamique technologique quasi-incontestablement irréprochable.
Toutefois, cet état de fait a subi de profondes remises en question, à partir des années 80, non seulement à cause de la révolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication (numérisation, baisse du rapport prix/performance des composants et progrès des logiciels informatiques ; généralisation de la commutation par paquet ; foisonnement technologique envahissant les différents maillons des chaînes industrielles qu’il s’agisse des réseaux, des plates-formes ou des terminaux) mais aussi en raison de l’arrivée au pouvoir d’hommes politiques viscéralement hostiles aux monopoles et aux services publics(13).
A ces deux éléments d’explication, majeurs à notre sens, s’ajoute un troisième non moins important : celui de la contestation, par les entrants potentiels, de situations monopolistiques à l’abri de toute forme de concurrence notamment dans un contexte de demandes nouvelles et d’aspirations à des produits et services nouveaux : l’éclatement d’American Telegraph and Telephone ATT(14) en a constitué la cristallisation la plus manifeste.
2-2- Les facteurs d’explication économique
S’il est communément admis que les mutations technologiques ont fondamentalement bouleversé le champ de l’information et de la communication, elles ont aussi et surtout accéléré la compétition au sein de chaque sous-secteur par l’apparition d’opérateurs concurrents aux anciens monopoles; et activé la concurrence entre les différents sous-secteurs qui composent ledit champ (possibilité pour les opérateurs audiovisuels par exemple d’offrir des services de télécommunications et vice versa).
Cependant, les enjeux économiques de ces mutations ne peuvent être appréhendés en l’absence d’une réalité nouvelle, aux implications foncièrement déterminantes : celle de l’arrivée à maturation des trois grands marchés (informatique, télécommunications et audiovisuel) qui se segmentent, dorénavant, sur la base de besoins précis et de solvabilité spécifique.
A cette nouvelle donne, le cadre réglementaire prévalant s’en trouve (du moins dans l’esprit de ses détracteurs) radicalement inapte et peu propice aux développements ultérieurs.
Ceci s’est présenté comme d’autant plus vrai que les stratégies d’internationalisation, d’alliances stratégiques et de rentabilisation de budgets de recherche&développement de plus en plus importants, appellent un assouplissement des procédures, une adaptation du système normatif, une reformulation des statuts et des structures et surtout une revitalisation de la régulation par le marché et la concurrence et une condamnation des logiques de protection et de monopole : la dynamique des autoroutes de la communication en gestation s’en trouve, par voie de conséquence, largement tributaire.
2-3- Des autoroutes de la communication à coup de privatisation et de libéralisation
Présentés comme un enjeu industriel de grande envergure, comme un enjeu de société majeur pour le XXIème siècle, portés par des visions politiques fortes (gouvernement démocrate américain(15), Commission Européenne(16), pouvoirs politiques nationaux)(17), les projets d’autoroutes de la communication sont souvent apparus comme une rupture complète (tant au niveau technologique qu’au niveau des usages), avec l’organisation économique et sociale prévalant jusqu’ici : « il s’agissait de mettre en place des réseaux large bande interactifs permettant à chaque foyer, à chaque entreprise, à chaque administration d’accéder, sans contrainte, à de nouvelles formes d’information, d’éducation, de transmission ou de loisir»(18).
Lorsqu’en Juin 1994, la Commission Bangemann(19) a remis son rapport à la commission de Bruxelles, il a formulé ses quatre mots clefs dont fondamentalement la libéralisation des télécommunications et l’interopérabilité des réseaux.
Le Groupe des Sept pays les plus industrialisés ont déterminé, lors de la conférence interministérielle des 25 et 27 Février 1995, huit principes de base pour l’instauration de ces autoroutes de la communication dont principalement :
°- la promotion d’une concurrence dynamique,
°- l’encouragement de l’investissement privé,
°- et la définition d’un cadre réglementaire souple et évolutif.
C’est, sans nul doute d’ailleurs, en prolongement de cette ligne que les décisions de libéralisation et de privatisation des opérateurs européens ont été inscrites : 1996 a vu naître le Telecommunications Act américain (concurrence entre compagnies téléphoniques régionales et longue distance, câblo-opérateurs, diffuseurs hertziens) ; les lois françaises de réglementation des télécommunications et de privatisation partielle de France Telecom et la privatisation de Deutsch Telekom etc.
A côté des approches régionales (dont on a présenté ici uniquement sa variante européenne) les approches nationales épousant les mêmes orientations ont été développées dont principalement pour la France : le rapport Théry a appelé, au-delà de ses propositions ponctuelles, à une libéralisation du marché français des télécommunications et à un changement de statut de l’opérateur historique que représente France Telecom.
C’est dire, au total, que tous les projets (ou presque) des autoroutes de la communication tablaient (et tablent toujours) sur trois éléments à poids relativement similaires :
-la déréglementation de secteurs jusqu’ici sous monopole et considérés jusqu’ici comme éminemment « naturels»,
-la privatisation de la propriété publique dont l’organisation est réputée jusqu’à tout récemment optimale,
-et la libéralisation des structures de marché à l’abri, jusqu’à ces dernières années, de toute menace concurrentielle quelconque.
Ces éléments conditionnaient, en fait, non seulement l’émergence des autoroutes de la communication mais risqueraient même (en leur absence dira-t-on) de s’inscrire en défaut par rapport à l’émergence d’un phénomène qui leur est concomitant, celui de la mondialisation.
3-1- Du concept de la mondialisation
La mondialisation est un concept récent, son contenu demeure encore flou comme le sont ses prolongements et ses véritables déterminants.
Une esquisse d’approche globale de ce phénomène nous est fournie par Riccardo Petrella qui le phénomène par rapport à deux autres concepts qu’on a souvent coutume de confondre : l’internationalisation et la multinationalisation.
Petralla définit l’internationalisation comme «l'ensemble des processus qui relient les économies nationales les unes aux autres. Elle renvoie donc aux flux qui connectent les différentes entités nationales».
Il définit la multinationalisation comme «le phénomène qui voit les acteurs économiques élargir leurs capacités de production à d’autres entités nationales».
La mondialisation est par contre, pour lui un phénomène beaucoup plus récent qui désigne « l’ensemble des facteurs qui font qu’un nombre croissant de produits et de services sont conçus, développés, produits, distribués, consommés, réparés, recyclés, revalorisés à une échelle mondiale sans que les pays où réellement ces actions se déroulent n’aient d’importance en eux-mêmes. Autrement dit, les cadres et les références nationaux perdent leur primauté et leur prégnance pour l'avenir.
La mondialisation est le fait d’organisations dont les structures sont elles-mêmes mondialisées grâce en particulier à l’utilisation des nouvelles technologies de communication et de transports»(20).
Pour René Vallette, il s’agit «d’un processus d’intensification de flux de personnes, de marchandises, de services, de capitaux et simultanément d’extension de ces flux à toute la planète ou presque».
Il considère que « les échanges internationaux sont certes très anciens, mais depuis quelques années leur intensité, leur diversité, leur extension dans l’espace sont devenues telles qu’on a utilisé un mot nouveau pour caractériser ce processus : la mondialisation»(21).
3-2- De la mondialisation des choix stratégiques des entreprises
Sans s’appesantir outre mesure sur les causes profondes sous-tendant le phénomène de la mondialisation, ni sur la contribution des différents facteurs à ce phénomène(22), trois données majeurs s’imposent à nous préalablement à tout cela:
-Première donnée : l’entreprise est le premier acteur de la mondialisation. C’est là une caractéristique évidente et fondamentale : « les Etats ne se sont bien évidemment pas mondialisés. Les institutions planétaires pour leur part se sont inter-nationalisées et non mondialisées et leur pouvoir dépend des Etats-Nations qui eux précisément sont en perte d’influence sur les affaires économiques mondiales».
Il faudrait indiquer que les entreprises ne peuvent se mondialiser qu’en ayant une capacité d’action à l’échelle mondiale : la taille est par conséquent, un objectif primordial.
Or même la plus grande entreprise ne pourra s’assurer une capacité stratégique d’intervention suffisante pour maîtriser seule l’échelle planétaire; d’où l’explosion du nombre d’alliances et d’accords de coopération(23) à laquelle on assiste tous les jours; «tout le monde s’allie à tout le monde contre tout le monde», disait Petrella.
-Deuxième donnée : l’entreprise mondialisée ne cesse d’œuvrer pour que les règles de fonctionnement de l’économie lui soient aussi favorables que possible; «c’est ce qui explique le mouvement sans précédent de privatisation, de dérégulation et de libéralisation que l’on connaît depuis une vingtaine d’années. Ce n’est que sur ce triple socle que les entreprises ont pu mondialiser l’économie».
Un tel mouvement est présenté, par ailleurs, comme conditionnant l’élargissement de l’espace d’action de ces entreprises à toute la planète.
-Troisième donnée : les entreprises opérant dans les technologies de l’information et de la communication (opérateurs et industriels) n’ont pas été seulement des acteurs actifs de la mondialisation (par la construction de réseaux planétaires)(24), elles en ont même été l’objet et le théâtre. En témoignent largement le nombre d’accords et d’alliances stratégiques de ces entreprises(25).
3-3- Du rapport de la mondialisation aux autoroutes de la communication et au «village planétaire»
On entend par autoroutes de la communication un réseau numérisé de télécommunications à large bande et à haute capacité pouvant transporter à grande vitesse une vaste gamme de services interactifs, professionnels, mais aussi domestiques et distractifs.
Elargies à une échelle mondiale, ces autoroutes s’entendent comme un réseau des réseaux permettant de transférer au niveau planétaire et de façon électronique des données, du son et de l’image.
Si les ministres des télécommunications du G7 se sont réunis à Bruxelles en Février 1995, c’est pour poser les grandes fondations conceptuelles et technologiques desdites autoroutes, en perspective d’une société mondiale et globale de l’information : il s’agissait donc de la « construction» d’une infrastructure globale et mondiale de l’information fondée sur l’interconnexion, l’interopérabilité et l’inter fonctionnement des réseaux nationaux, puisque grâce aux possibilités qu’offrent les technologies de l’information et de la communication, un seul réseau des réseaux pourra …satisfaire aux besoins mondiaux de communication téléphonique, informatique et audiovisuelle».
La prophétie mac-lohanienne du village planétaire(26) ne s’en trouve par conséquent que consacrée et ses promesses concrétisées : celles d’un marché global pour les réseaux, les services et les applications.
Il en découle ainsi que le rapport du village planétaire et des autoroutes de la communication à la mondialisation est, à notre sens, d’au moins de trois ordres :
°- d’abord autant la logique de la mondialisation appelle la mise en place desdites autoroutes, autant la même logique repousse les frontières du marché mondial : seuls les grands pôles aux potentialités technologiques et économiques sont concernés et consultés;
°- ensuite autant la dimension technologique de ces autoroutes est déterminante, autant le caractère économique et géostratégique du phénomène de la mondialisation est accentué : la maîtrise technologique de ces autoroutes est fondamentale dans la stratégie d’alliances des entreprises et de l’intensité des rapports interentreprises à l’échelle mondiale;
°- enfin, autant cette infrastructure mondiale et globale est fiable, autant la performance des entreprises mondialisées, éprises par l’obsession d’immédiateté, d’instantanéité et du temps réel, est jugée satisfaisante et porteuse de perspectives.
Appliqués au cas du Maghreb, ces éléments paraissent revenir davantage dans les discours en vogue beaucoup plus que dans la réalité des faits.
IV-Mondialisation et autoroutes de la communication : quel rapport dans les pays du Maghreb ?
Trois observations fondamentales s’imposent dès que l’on cherche à s’interroger sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication dans les pays du Tiers-Monde et dans le Maghreb à l’ère de la mondialisation et des autoroutes de la communication :
-La première observation est relative non seulement à l’état de sous-développement chronique qui continue à constituer la caractéristique principale des réseaux d’information et de communication au niveau de chaque pays du Maghreb; mais aussi à l’absence d’une infrastructure maghrébine globale et régionale devant servir au transfert des données (si données il y a);
-La seconde observation a trait au caractère éclaté des «choix» technologiques adoptés dans le domaine de l’information et de la communication qui, loin d’obéir à une logique d’intégration technologique, ne font que consacrer les recommandations des organisations internationales, des firmes multinationales et des élites au pouvoir.
-La troisième observation se rapporte à l’absence d’une «volonté maghrébine» commune fondée sur une vision d’avenir appelant à faire des infrastructures (et des contenus) d’information et de communication, le pilier de la construction du Maghreb du XXIème siècle ?
4-1- Quelles infrastructures pour quelles autoroutes de la communication au Maghreb ?
Au vu de tous les indicateurs universellement retenus pour «juger» du niveau de développement des infrastructures d’information et de communication, le Maghreb se rapproche beaucoup plus de la situation des pays du Tiers-Monde que de celle des pays développés ou des nouveaux pays industrialisés.
4-1-1-Dans le domaine des télécommunications (qui constitue l’ossature incontestable des éventuelles autoroutes de la communication) la télé densité au Maghreb dépasse rarement les 4% (4,1% EN Algérie; 3,7% au Maroc) au moment où elle dépasse les 40% en Europe du Sud et en Israël, et les 20% en Turquie alors qu ‘elle s’approche des 60% pour les pays développés du Nord.
Il en est de même (en termes absolus) du nombre de lignes en service : le seuil de 1 million d’abonnés pour l’Algérie et le Maroc n’a pu être franchi qu’au cours des deux à trois dernières années où les demandes en instance dépassent le 1 million pour les cinq pays confondus.
4-1-2-Si, en 1987, la population du Maghreb a été de l’ordre de 60 millions d’habitants, il n’y avait guère (en cette année) plus de 140 000 lignes téléphoniques en service.
En 1992, cette population qui s’approchait de 70 millions d’habitants n’en disposait que de 2,6 millions de lignes.
En 2007, les 100 millions d’habitants que comptera le Maghreb n’aura pas plus de 12 à 14 millions de lignes (aux alentours de 7 millions en l’an 2000)(27).
4-1-3-En même temps, la dimension maghrébine dans le développement des infrastructures des télécommunications n’est considérée que de façon accessoire, «c’est ce qui explique les faibles dimensions des entreprises existantes, la limite de leur capacités, leur développement restreint et leur difficulté à suivre l’évolution technologique des systèmes et des équipements»(28).
Ces systèmes et équipements(29) sont, par ailleurs, individuellement «choisis» et implantés, leur interconnexion et interopérabilité problématiques quoique numérisés à hauteur de 50% , ce qui montre que le recours à ces technologies a été fait sans coordination aucune au niveau des Etats du Maghreb.
4-1-4- Il en découle manifestement que la «construction» d’un réseau maghrébin des télécommunications, prélude à d’éventuelles autoroutes de la communication, ne peut se concevoir en l’état actuel (ou futur) des réseaux nationaux et en les démarches adoptées quant aux «choix» des technologies et des applications. Ceci est d’autant plus préjudiciable à la construction de la base matérielle du Maghreb que ces pays se conforment totalement aux recommandations des institutions étrangères et des firmes multinationales quant au devenir des organisations.
4-2- Quels «choix institutionnels;» pour quelles autoroutes de la communication ?
4-2-1- Depuis l’«adoption» (début des années 80) par les pays du Maghreb des plans d’ajustement structurel, toute la problématique des élites au pouvoir ne pourrait être comprise qu’en référence aux décisions de démantèlement des monopoles, de privatisation et de libéralisation : les secteurs organisés en réseaux ont été les premiers à en être l’objet.
Si, comme partout dans le monde, les réseaux d’information et de communication au Maghreb sont nés et développés dans des structures monopolistiques, centralisées et contrôlées par l’Etat(30), ils n’ont pas été épargnés des mouvements de déréglementation et de libéralisation en vogue dans les pays industriels.
Toute la politique de libéralisation enclenchée à partir de la moitié des années 80, dans les télécommunications(31) par exemple, ne se voulait que la justification d’une dite «prise de conscience» des enjeux technologiques et industriels qui se dessinent dans le monde :
°- nécessité de libéraliser les structures de marché pour relever le défi de la mondialisation, de la concurrence et des accords de partenariat avec l’Union Européenne (nous dit-on);
°- et nécessité (nous dit-on toujours) de «libérer les énergies privées» pour supplanter des Etats en mal de financement des investissements infrastructurels de grande envergure tels ceux nécessaires à la «construction» desdites autoroutes de la communication.
La privatisation en perspective des opérateurs publics dont notamment celui du Maroc constitue largement le prolongement des politiques d’élites au pouvoir éprises entre la crise financière et les recommandations d’institutions internationales et de firmes multinationales en quête de marchés solvables.
4-2-2- Le projet de privatisation des télécommunications(32) au Maroc nous interpelle, à cette occasion, beaucoup plus que ne peuvent le faire les «intentions de restructuration» de ce secteur stratégique dans les autres pays du Maghreb.
Il nous interpelle de façon d’autant plus profonde qu’il n’est à notre sens :
°- que la résultante incontestable des recommandations des institutions financières internationales beaucoup plus qu’il n’est le fruit d’une maturation technique et économique du réseau et des services des télécommunications,
°- que le résultat d’une idée reçue et généralement véhiculée que les autoroutes de la communication passeront nécessairement (et partout) par leur prise en charge par le secteur privé, seul considéré en mesure de les financer.
4-2-3- Si la libéralisation du marché des télécommunications est souvent présentée comme la solution la meilleure, elle ne passerait pas nécessairement par une action de privatisation de la propriété, sinon on finirait par réduire la libéralisation à la seule problématique de privatisation, ce que la réalité des faits ne confirme pas toujours : au moment où la libéralisation renvoie aux structures du marché, la privatisation, quant à elle, renvoie à la nature de la propriété.
4-3-Quels enseignements des expériences étrangères pour le Maghreb ?
Quatre enseignements majeurs au moins peuvent, à notre sens, être tirés pour le Maghreb à la lumière des expériences étrangères de «construction» des autoroutes de la communication en rapport avec l'émergence du phénomène de la mondialisation (ou présenté comme tel) :
-Premier enseignement : les autoroutes de la communication, dont il est souvent question ces derniers temps, ne peuvent se concevoir sans espace élargi, sans marché solvable et sans demande préexistante.
Or, de telles conditions ne sont pas seulement exagérément «prises au sérieux» mais aussi et surtout sérieusement reléguées pour des raisons de dissensions politiques ou de conflits de «leadership» stratégiquement «injustifiées» : la dimension maghrébine dans les «choix» de politique économique est fondamentalement sacrifiée au bénéfice d’intérêts nationaux aux fondements incompatibles avec la logique des relations économique et technologique internationales.
Autrement dit, la logique de la mondialisation (si ladite mondialisation a une logique) tire les pays du Maghreb davantage vers les pays nord-méditerranéens que vers les pays du Maghreb où l’intégration est sinon économiquement viable, du moins stratégiquement incontournable.
-Deuxième enseignement : Si le processus de la mondialisation est fondamentalement tiré par les plus grandes firmes (dont notamment celles des technologies de l’information et de la communication ) aux pouvoirs technologiques, géostratégiques et économiques planétaires, la viabilité des pays du Maghreb ne pourrait être placée que dans un contexte de construction collective raisonné et imposé par la réalité des faits beaucoup plus que par les décisions supranationales aussi formelles soient-elles : la dynamique de la nouvelle donne internationale impose des opérateurs puissants aux pouvoirs régionaux et multinationaux incontestés; on ne saurait concevoir de tels opérateurs en dehors d’un espace régional. Les pays du Maghreb en ont les bases, ils en ont aussi les atouts.
-Troisième enseignement : Si les projets d’autoroutes de la communication dans les pays développés sont la résultante inévitable d’un développement économique et technologique d’autant plus considérable qu’ils conditionnent les dynamiques en cours, il n’en est pas de même dans les pays du Maghreb.
Il n’en est certainement pas davantage dans un contexte où l’intensité des échanges, des flux et des données est sinon moindre du moins pas de même nature.
Autrement, la dynamique des entreprises dans les pays du Maghreb est telle que celle-ci s’en trouve profondément contrecarrée faute de numérisation, de mise en place de réseaux à fibres optiques, de commutateurs ATM ou de l’existence des hauts débits.
De tels projets ne peuvent naître et se développer que conformément à des logiques intrinsèques et en fonction de besoins objectifs.
-Quatrième enseignement : Ce dont il est souvent question dans les discours des élites au pouvoir dans les pays du Maghreb, c’est que lesdites autoroutes ne constituent, dans leur esprit, qu’un prélude à l’intégration à la mondialisation et à l'adaptation aux nouvelles règles de cette fin de siècle.
Or, faute d’une définition précise d’un projet de société devant intégrer ces données, ces discours ne sont, à notre sens, que simplification abusive et spéculation intellectuelle.
Ils sont d’autant plus simplificateurs et spéculateurs que les aspects de recherche; développement, de volonté à travailler en commun, de croyance en un destin commun sont sinon relégué du moins peu considérés : la consécration de ces éléments passe nécessairement par l’existence d’une volonté politique commune et d’une vision claire de ce que devra être le Maghreb.
Ni l’une ni l'autre ne semble, à notre avis, déterminer aujourd’hui les choix politiques de ces élites, encore moins les «choix technologiques» qu’ils adoptent.
Conclusion provisoire
La plupart des discours en cours dans les pays du Maghreb associe le «défi» de la mondialisation aux nécessités d’adaptation des appareils productifs et des mécanismes socio- éducatifs devant prévaloir sur les plans nationaux.
Ils l’associent aussi aux nécessités d’intégration des pays du Maghreb au marché mondial présenté comme la seule issue pouvant permettre «la survie» à l’ère de la mondialisation et à l’ère de la fameuse «société de la communication».
Si ces défis constituent des facteurs mobilisateurs pour des pays (les pays développés) ayant atteint un niveau technologique considérablement élevé, ils ne sont que des discours destinés à la consommation dans les «politiques de développement» des réseaux d’information et de communication dans les pays du Maghreb.
Les discours prometteurs en termes d’autoroutes de la communication et de la société de l’information ne sont, à notre sens, que la légitimation des processus de libéralisation et de privatisation des opérateurs publics que ces pays sont astreints à poursuivre.
Ils ne peuvent être, par ailleurs, que trompeurs et inducteurs en erreur : l’état actuel des réseaux d’information et de communication, l’absence de volonté politique claire et l’inexistence d’une vision commune font que le Maghreb de l’infocommunication demeure et sans nul doute pour longtemps une idée et une idée vague.
Notes
(1)-Laffite. P, «La France et la société de l’information», Rapport à l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques», Sénat, Paris, 7 Février 1997.
(2)-, «Panorama sommaire des nouvelles technologies de l’information et de la communication», Document de synthèse, Sénat, Paris, 12 Novembre 1996.
(3)-Soit 2 millions de bits; une image de qualité SECAM nécessite entre 5 et 6 mégabits.
(4)-Soit 64 000 bits.
(5)-Pour plus de développements techniques Cf. Théry. G, «Les autoroutes de l’information», Rapport au Premier ministre français, La Documentation Française, 1994.
(6)-Métaphore utilisée pour la première fois en 1991 par le vice-président américain Albert Gore, pour qualifier les futures infrastructures d’un réseau mondial de télécommunications destiné à transmettre les hauts débits numériques des services multimédia d’information.
(7)-Carles. P, «Les autoroutes de l’information», Université de Caen, Document interne, 1995.
(8)- Il devient ainsi possible de réaliser des serveurs puissants, permettant le traitement des services multimédia, grâce à des logiciels complexes, offrant une navigation intelligente dans les bases de données.
(9)-La particularité du commutateur de type ATM est qu’il établit des liaisons à débit variable selon la demande.
(10)- Sa haute qualité de transmission, sa transparence à la distance, son immunité aux perturbations électromagnétiques, sa capacité de transporter d’énormes débits font que la fibre optique est le support indispensable des autoroutes de l’information.
(11)-Une paire de fibre optique peut véhiculer actuellement l’équivalent de 50 000 conversations téléphoniques.
(12)- Pour plus de développements cf. :
El Yahyaoui. Y, «Les télécommunications à l’épreuve des mutations : Etat, monopole, déréglementation et concurrence», Ed. Okad, Rabat, 1995.
El Yahyaoui. Y, «Mouvance libérale et logique de privatisation : les télécommunications, un service public ?», Ed. Okad, 1996.
(13)-En l’occurrence, R. Reagan, M. Thatcher et le parti libéral japonais.
(14)- Ces trois expériences constituent, par ailleurs, les repères historiques les plus incontestés de toute littérature sur la déréglementation et/ou la privatisation des télécommunications dans le monde.
(15)-Gore. A , «Agenda for action on the National Infrastructure, NII», Washington DC, September, 1993.
(16)-Martin Bangemann, vice-président de la Commission Européenne, a remis un rapport d’inspiration ultra-libérale sur les infrastructures de la communication. Le rapport a été réalisé par un groupe présidé par M. Bangemann et composé exclusivement de chefs d’entreprises.
(17)- Théry. G, «Les autoroutes de l’information», Rapport. Précité.
(18)-Busson. A, «Audiovisuel et autoroutes : les objectifs des expérimentations», Revue de l’Electricité et de l’Electronique, n° 2, Février 1997.
(19)- Les USA se sont montrés chauds à une prise en charge du projet des autoroutes de la communication par le secteur privé.
(20)- Petrella. R, «Mondialisation et stratégies des entreprises « Revue du Management d’EDF et de GDF, Paris, 1996.
(21)- Valette. R, «Mondialisation : sept clefs pour entrer dans le G 7», Document de l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon, 1996.
(22)- Dont essentiellement des facteurs techniques (baisse des coûts de transports et de communications); des facteurs politiques (libéralisation des échanges); de ruptures géopolitiques (ébranlement du bloc soviétique) et d’évolutions macro-économiques (croissance des nouveaux pays industrialisés).
(23)- 80% des investissements directs ont eu pour but des fusions et acquisitions d’entreprises. Bilan : il y avait à peine 7000 firmes multinationales en 1973; elles sont plus de 37 000 en 1995.
(24)- L’Internet n’en est que la manifestation la plus spectaculaire.
(25)- Selon une étude de la société APREDIA, 15 accords de ce type avaient été conclu en 1993, 56 en 1994 et 141 pour les huit premiers mois de 1995.
(26)- Pour plus de développements, Cf. : Mc Luhan. M, «Comprendre les médias», Ed. de Poche, Signet, 1964.
(27)- De tels niveaux ne pourraient être atteints qu’au prix d’investissements annuels de 400 à 900 millions de dollars sur la décennie 1988- 1997, et de 2,3 milliards de dollars par an sur la période 1997-2007.
(28)- Ghannouchi. S, «Le Maghreb des télécommunications», Communications et Transports, n° 59, Mai 1995.
(29)-Les systèmes de commutation utilisés au Maghreb n’ont pas les mêmes fonctionnalités : le E10-AXE pour l’Algérie; le EWSD- NEAX 61 pour la Libye; le E10B pour la Mauritanie; le E10B AXE-DMS100 pour le Maroc; et le E10B-AXE10-EWSD pour la Tunisie.
(30)- Ils ont été même le symbole de l’«indépendance» et de la «souveraineté» reconquises.
(31)- Libéralisation des terminaux des télécommunications; concession de prestations éminemment «service public» tels les taxiphones.
(32)- Cf. pour plus de développements : El Yahyaoui. Y, «Mouvance libérale», Ouv. Précité.
(*)-Communication au colloque maghrébin sur «Audit, communication et performance économique au Maghreb», Faculté de Droit, Rabat, 11-12 Mars 1997.