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«Le devenir numérique de l’édition»

Patino. B, La Documentation française, Paris, mai 2008, 88 p.

1- En introduction à cette étude, l’auteur qu’ «après la musique, le cinéma, la presse, la photographie, le livre vit à son tour les expérimentations, les innovations et les mises en réseaux que permettent des contenus dématérialisés».

Il continue, comme pour planter le décor, «volume et valeur des marchés, modes de distribution, circuits de vente, typologie et niveau des rétributions, pratiques des consommateurs, processus de maturation du succès : tout a été remis en cause. Chaque discipline a dû réexaminer la nature de son métier, les conditions d’exercice de ce métier et, bien sûr, la définition du modèle économique garantissant la pérennité d’un champ de création et de diffusion».

Dans certains secteurs, ce dernier pas est franchi depuis plusieurs années, les publications scientifiques et médicales, la chaîne entière, de l’auteur au lecteur, fonctionnant déjà pour l’essentiel hors du champ de l’imprimé. Le découplage de l’œuvre (le contenu) et du support de l’œuvre (le livre imprimé) est ainsi devenu banal sur ce marché formé autour d’une communauté de professionnels qui a très tôt disposé d’outils informatiques et de connexions propres à installer des pratiques nouvelles.

Une dématérialisation plus ample du livre est d’autant plus envisageable que la part de la population pouvant accéder à une connexion Internet, est majoritaire dans beaucoup de pays industrialisés ou non. Dans le même temps, «le nombre des supports pourvus d’un écran et aptes à établir cette connexion ne cesse de grandir : terminal de réseau, microordinateur, téléphone portable, console de jeux et, plus largement, tout dispositif nomade électronique tel que GPS ou agenda électronique».

Si le livre imprimé a le premier été confronté au numérique sans pour autant basculer dans la commercialisation d’une version dématérialisée, il le doit à son histoire continue, à ses atouts accumulés. «Des siècles d’amélioration de l’objet, de déclinaison de ses collections et d’élargissement des usages constituent un capital considérable. On peut reconnaître que le livre n’est pas loin d’être une technologie parfaite et, point capital, qu’il l’est depuis longtemps».

Le cinéma ou la musique ont affronté le défi numérique au sortir de décennies de redéfinitions répétées de leurs formats et de leurs supports «au point que la pratique des consommateurs n’avait jamais eu le temps de s’affermir sur une solution, fût-ce le temps d’une génération. Rien de tel avec le livre».

Autrement, il est impossible de considérer d’un bloc la seule vie numérique d’un objet à la fois si diversifié et si tenace : l’enjeu de ce rapport est la rencontre de deux mondes, celui du livre et celui du numérique. Car le livre rassemble de façon indissociable contenant et contenu dans un objet unique, et sa commercialisation repose pour l’essentiel sur l’achat à l’acte d’une œuvre impossible à acquérir pour partie.

Ces traits suffisent pour définir le monde du livre à l’exact opposé de celui du numérique «où le contenu, aucunement lié à un support physique, reconfigurable et reproductible à volonté, est d’autant plus susceptible de fragmentations que l’achat à l’acte n’y existe pratiquement pas».

Mais le dommage qui pourrait naître d’un rapprochement mal préparé du monde du livre imprimé et de celui des livres numériques provient de l’envahissement de leur champ d’activité par de nouveaux acteurs ou par des pratiques exogènes, faute d’avoir pris les dispositions qu’impose la révolution numérique.

Contre cela, ils disposent d’un avantage sérieux : la connaissance des expériences vécues par la musique, la presse et le cinéma. Car, «en deux décennies, des facteurs, des modèles, des modes d’apparition des acteurs du jeu numérique sont devenus visibles, parfois intelligibles. Anticiper, pour le livre, n’est donc pas, ou du moins pas encore, un objectif impossible à atteindre».

2- Il faudrait noter, remarque l’auteur, que le passage au numérique n’est pas la «livraison» sous forme numérique d’un produit préexistant. C’est l’invention d’une nouvelle expérience, car «le texte, tel que nous le connaissons aujourd’hui, va s’élargir à l’image animée, au son et aux contenus échangés dans des processus interactifs. Dans le livre numérique, tous les contenus ont vocation à devenir texte et tout texte a vocation à se trouver en réseau. Pris dans cette dynamique, le livre va enrichir ses contenus et offrir à son lecteur, grâce aux fonctions de navigation, des entrées multiples permettant de décliner l’ouvrage de plusieurs manières».

Dans cette dynamique, ce sont les usagers, et non les auteurs, éditeurs ou libraires, qui décideront en définitive de ce que sera la lecture numérique. Ceci est d’autant plus certain que l’accroissement de la consommation nomade tende de plus en plus à se muer en une variante qui va de pair avec la numérisation des contenus.

En effet, «dès lors qu’un livre se trouve dans l’univers numérique, l’outil informatique dépasse les référents classiques du livre sur papier (notes, annexes, index, collections, etc.) pour créer en ligne un autre contexte qui donne au référencement de l’œuvre une dimension nouvelle : l’intégration de liens hypertextes permet au lecteur de reconstruire son livre sans cesse et de passer en cours de lecture à d’autres univers en ligne. Au-delà, le repérage de l’œuvre par ses lecteurs potentiels sur un réseau ouvert devient incontournable dans un univers où l’offre de ressources est surabondante».

Le débat sur les modèles propres à l’univers numérique s’installe, par ailleurs, peu à peu, et quelle que soit la discipline concernée, il est possible de relever la présence, dans les processus qui accompagnent le basculement d’un monde physique vers un monde virtuel, de quatre grandes dynamiques : la commercialisation des modèles d’accès, la désintermédiation, la fragmentation des usages qui multiplie les chaînes de valeur, et la discrimination entre les préférences des consommateurs.

3- Une économie numérique est portée par un réseau, affirme l’auteur. «Cette donnée irréfragable a vite poussé à faire régler l’accès au réseau plutôt que d’utiliser le réseau pour offrir des actes d’achat. Les modèles traditionnels de vente commerciale ont souvent été supplantés par de nouvelles offres fondées principalement sur des abonnements et des bouquets de contenus. La vente d’accès l’emporte largement sur la vente de fichiers dans les propositions commerciales».

C’est que, rappelle l’auteur, l’évolution technologique récente du réseau Internet (haut débit, accès nomade généralisé) a conforté l’accent mis sur le concept de l’accès, selon lequel «les flux prennent le pas sur les stocks, l’utilisateur final délaisse peu à peu son disque dur, aux possibilités de stockage limitées, au profit d’un accès permanent en ligne aux contenus numériques. Cet usage du réseau basé sur l’accès illimité, renforce la validité commerciale de l’offre l’abonnement, puisqu’elle rend inutile le téléchargement».

Or, note l’auteur, dans cet univers où les usages se multiplient, où les modes d’accès ne cessent de s’additionner, un contenu prend place dans des offres diverses qui sont autant de chaînes de valeur distinctes. «C’est au point que la connaissance des modes de diffusion en ligne et la maîtrise des flux commerciaux et financiers engendrés par les offres, constitue en soi une véritable activité d’intermédiaire, complexe, essentielle».

Par ailleurs, l’une des difficultés essentielles vécue par les secteurs soumis à la numérisation, tel le livre, tient à la dissociation entre les contenus et leur support. Car, «dès lors que le marché accède non pas à un objet mais à un fichier, il devient impossible de garder, comme élément de la fixation du prix, le coût marginal de fabrication. Ce coût dans l’univers numérique tend en effet très vite vers zéro. La valeur d’un fichier numérique ne peut donc s’apprécier qu’à l’aune de l’expérience qu’il procure».

Ceci est d’autant plus rude dans le cas du livre qui est, observe l’auteur, «tour à tour instrument de connaissance, outil de signalisation, guide pratique et support de divertissement».

En définitive, conclut l’auteur, «les facteurs déterminants de l’économie numérique et ses dynamiques imposent de sortir des schémas de fonctionnement de l’économie classique. Un produit ou un service n’a pas nécessairement un seul prix dans l’univers numérique. Les préférences du consommateur, ses pratiques, la date de mise à disposition d’un bien, son caractère de nouveauté ou non, l’évolution de l’usage ou les effets de démonstration agissent sur une tarification bâtie autour de l’idée de l’accès à plusieurs biens et plusieurs services».

Pour l’industrie du livre, il s’agit là d’enjeux neufs au moins aussi importants que la recherche de la bonne expérience du lecteur au moment où elle fait son entrée dans l’univers numérique, avec ce que cela suppose de découvertes d’un autre monde.

Rubrique « Lu Pour Vous »

8 juillet 2010

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