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«L’Iran après 2008»

«L’Iran après 2008»

Bianco. J. L et al., Rapport, Assemblée Nationale, Paris, Octobre 2011, 162 p.

1- Ce rapport est une suite logique du rapport rédigé sur le même sujet en Décembre 2008. Ce dernier était arrivé à la conclusion suivante : puissance moyen-orientale, dotée de voies d’influence plurielles, l'Iran "connaissait des faiblesses structurelles qui ne l’empêchaient pas de mener un programme nucléaire dont les visées militaires ne faisaient plus de doutes".

Excluant aussi bien l’acceptation du fait accompli nucléaire que le recours à des frappes préventives, le rapport émettait, déjà en cette année, "des doutes sur la possibilité et la pertinence d’un durcissement des sanctions économiques, et appelait à la négociation d’un accord global, sans condition préalable, incluant une solution à la question du nucléaire, mais aussi des garanties en matière de sécurité régionale, des avancées politiques et économiques au profit de l’Iran".

Au cours des trois dernières années, note le présent rapport, "malgré un prix du pétrole élevé, l’isolement de l’économie iranienne s’est renforcé, résultat de la mise en œuvre par la communauté internationale de sanctions plus sévères".

En effet, indique l'auteur, la République islamique iranienne traverse une crise, marquée "par l’intensification des tensions entre les factions au pouvoir, qui a atteint un niveau critique depuis la réélection du Président Ahmadinejad. La force du mouvement de contestation des résultats du scrutin et l’intensité de la répression qui l’a suivi, ont mis en lumière la perte de légitimité du régime".

La raison tient à différents facteurs, mais tient surtout au caractère dual d’un système qui repose à la fois sur une légitimité théocratique et sur une légitimité démocratique, la première l’emportant in fine sur la seconde en cas d’absence de consensus.

Il parait donc évident, observe le rapport, que la contradiction entre ces deux logiques était et demeure la source des blocages politiques et économiques du pays, la population iranienne, tout en exprimant un faible soutien au régime, ne semblant pas pour autant animée par la volonté de le changer.

2- Cela semblerait paradoxal, car l’Iran, pays aux aspects excessivement traditionalistes, montre tous les signes d’hyper modernité, d’occidentalisation et de mondialisation. "Son évolution démographique se rapproche des standards occidentaux avec une majorité de la population urbaine depuis 1978, une fécondité passée de 6,2 enfants par femme avant la révolution à 3,5 en 1993, puis à 2 en 2006. De même, la population est scolarisée à plus de 80% et la diffusion des nouvelles technologies est générale. L’omniprésence des femmes est également caractéristique de la société actuelle, et ce malgré ou à cause du hijab.

Elles sont désormais présentes dans la vie sociale, dans le monde du travail, dans les universités (60% des étudiants sont des étudiantes), dans la fonction publique (un tiers des fonctionnaires sont des femmes), et il existe de nombreux mouvements et journaux féminins. La modernisation est également perceptible dans l’apparence des personnes (jeans et baskets, cheveux décolorés, rhinoplastie...), dans les goûts musicaux (premier festival pop en 1991), dans les sports pratiqués (football, karaté, sports d’hiver et de plein air, pratiqués aussi par les femmes), dans un cinéma original et de grande qualité, dans l’existence de lieux de loisir et de sociabilité américanisés (fast food et pizzerias,…)".

Le développement de l’usage des nouveaux moyens de communication par la société iranienne, qui a joué un rôle déterminant depuis le printemps 2009, s’inscrit également dans ce mouvement.

Cela provient du fait que "le régime actuel a achevé l’alphabétisation de l’ensemble des classes sociales iraniennes, femmes et hommes confondus, un succès que la dynastie Pahlavi n’arrivait pas à obtenir. Par conséquent, c’est avec une grande curiosité que les jeunes Iraniens, friands des nouvelles technologies de communication et d’internet, abordent leur avenir. Les femmes font des études en Iran, elles sont même plus nombreuses que les hommes à les poursuivre au niveau supérieur. Il est très commun qu’une femme ait un niveau d’éducation supérieur à son mari.

Cette évolution a conduit à un recul important du taux de fécondité. Le mouvement féministe s’est affirmé avec force, se traduisant par une volonté d’accès à l’éducation, au monde professionnel, et au pouvoir politique. Mais rien de tout ceci n’est conçu comme contraire à l’islam, l’égale condition des femmes et des hommes étant partie intégrante de la religion musulmane selon les féministes iraniens".

3- La double légitimité sur laquelle repose en théorie la République islamique est de plus en plus remise en cause, l’élection présidentielle de Juin 2009 ayant mis en lumière la disparition de la barrière entre les deux sources de légitimité du régime : "en prenant partie ouvertement en faveur de la réélection du président sortant, puis en refusant l’organisation d’un nouveau scrutin et même toute révision des résultats, le Guide suprême est intervenu directement dans le processus électoral. Ce scrutin n’était certes pas le premier à être entaché de fraudes, mais c’était la première fois que le Guide suprême apparaissait autant en première ligne".

Il est vrai que le système a longtemps fonctionné par consensus, mais celui-ci est devenu de plus en plus difficile à obtenir, car le pouvoir est divisé en factions rivales au point qu'il n’existe plus d’équilibre des pouvoirs.

Si le Majlès représente aujourd’hui la dernière instance élective en Iran puisque disposant d’un pouvoir de contrôle incontesté sur l’exécutif, il est important de se rappeler par ailleurs, que selon la constitution, "le Guide dispose d’un pouvoir de décision en dernier ressort. En outre, la configuration est délicate pour le Parlement. En effet, dès qu’une opposition se fait jour à l’égard du gouvernement, le Parlement se doit de lui apporter son soutien".

En fait, "au cœur du pouvoir iranien, un triangle instable entre le Guide, arbitre théorique des institutions, le Président et le clan des Gardiens de la révolution, issus des générations héroïques de la guerre Iran-Irak, et enfin les religieux, qui sont les instigateurs de ce système. Dans ce triangle institutionnel, chaque partenaire soutient et a besoin du soutien des autres".

Yahya El Yahyaoui

Rabat, 13 Octobre 2011

 

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