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«Protéger la démocratie à l’ère des réseaux sociaux»

Forestier. F et al., Le Plus Important, octobre 2021, 70 p.

Comme tout objet technique, le web est depuis ses débuts, politique, notent les auteurs de ce collectif. Or, dès ses premiers jours, «il a été décrit comme un moyen de communication porteur d’une promesse démocratique: donner des possibilités d’expression à ceux qui n’en avaient pas, dépasser les frontières et construire des communautés transnationales, disputer le monopole de l’expertise et de la parole politique à un cercle d’élites restreintes. Al Gore, alors vice-président des Etats-Unis, parlait de nouvel âge athénien de la démocratie dans un discours à l’Union internationale des télécommunications».

Le réseau est présenté ici comme indépendant des frontières et des pouvoirs politique, industriel et économique. Le développement du web répondait ainsi «à une véritable aspiration à une démocratie plus directe, au manque d’ouverture des institutions, à un certain manque de pluralisme des médias».

Or, remarquent les auteurs, le bilan critique montre que loin de renouveler la démocratie, le web en aurait plutôt accentué les failles et les déséquilibres, voire précipité l’avènement d’une véritable «post-démocratie».

Car, si l’idée qu’Internet allait avoir un impact considérable sur la démocratie s’est avérée juste, dépassant même les anticipations qui avaient pu être faites, «cet impact a été très différent de celui escompté».

Ceci est notamment lié au fait que de nos jours, l’espace numérique ouvert par Internet s’est considérablement accru et complexifié. Il comprend désormais, au-delà d’Internet : les réseaux sociaux commerciaux (Facebook, Twitter, TikTok, Snapchat, Instagram…etc.), les plateformes de blog ou de vidéo comme Youtube (sur lesquelles passent près de 2 milliards d’internautes par mois), les moteurs de recherche et les services d’actualité associés (comme Google News), des sites communautaires variés, (Reddit, forums de jeux vidéo, forums confessionnels, 4chan, 8chan…etc.), des messageries instantanées (WhatsApp, Telegram, Signal...etc.).

Or cet espace numérique foisonnant et complexe «est désormais presque indissociable de l’espace public». L’on définit ainsi Twitter comme étant «une place publique numérique».

Or, cet envahissement de l’espace public par l’espace numérique a considérablement transformé le fonctionnement voire la nature même de l’espace public : d’une part, «en facilitant l’expression, sa diffusion, en permettant la multiplication des contenus en ligne, mais aussi en générant ces pathologies inédites que sont l’infobésité ou l’infodémie (surabondance d'informations, certaines exactes et d'autres non)».

D’autre part, «en en réduisant la part de voix des anciens experts de la diffusion et du partage de l’information (journalistes, médias traditionnels, critiques mais aussi bibliothécaires) le pouvoir d’organiser et de hiérarchiser l’espace d’information publique».

Enfin, en offrant des espaces d’expression à un moment où «la démocratie représentative classique était remise en cause, il est de facto devenu un terrain privilégié pour les militantismes politiques, minoritaires ou opprimés».

Chambre d’écho des acteurs de la société civile qui en maîtrisent le fonctionnement technique, le réseau est devenu «le lieu où les politiques traditionnels suivent une avant-garde qui façonne une nouvelle représentativité».

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