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«Construire l’économie de demain»

Jean Tirole et al., Institut Diderot, 2021, 23 p.

Au début 2020, le Président Macron a demandé à Jean Tirole, Président honoraire de la Toulouse School of Economics et prix Nobel d’économie pour ses travaux relatifs à la régulation de l’économie de marché, de diriger avec Olivier Blanchard, Professeur au MIT et ancien chef économiste du FMI, un groupe de travail composé de vingt-quatre des meilleurs économistes actuels, en vue de «dresser un constat de la situation économique de la France et de suggérer des orientations pour en améliorer les points faibles».

Le rapport qui en résultait met en avant trois problématiques de fond : la transition climatique et environnementale, les inégalités et la redistribution et enfin la transition démographique.

Le changement climatique est une urgence absolue, note le rapport: «les émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre exercent des effets néfastes sur le climat et, par rapport aux niveaux préindustriels, le réchauffement de la planète pourrait atteindre 1,5°C d’ici vingt ans. Une hausse de température de cette ampleur déclencherait des phénomènes météorologiques extrêmes, sans précédent».

Au niveau de l’Union européenne, 93 % des citoyens considèrent le changement climatique comme un problème grave.

Pour faire face à une telle situation, le rapport propose plusieurs perspectives dont fondamentalement l’intensification des investissements dans la recherche et le développement, car «actuellement, les investissements dans la R&D verte sont insuffisants pour limiter le réchauffement climatique».

Le second thème concernerait les inégalités et la transition démographique. Le rapport note pour le cas de la France par exemple, que «la part des revenus captés par les 10% les mieux rémunérés, qui s’élève à 32 %, est inférieure au chiffre du Royaume-Uni (35%), de l’Allemagne (37%) et des États-Unis (45%).

Mais au-delà d’un tel indicateur, «les Français considèrent en majorité qu’ils vivent dans une société trop inégalitaire. Et cette perception est largement correcte : la France reste une mauvaise élève en matière d’égalité des chances, d’accès à une bonne éducation, d’accès à un bon emploi et en matière de mobilité sociale».

Le rapport propose une action sur plusieurs fronts: «avant la production, afin d’accroître l’égalité des chances au commencement de la vie, pendant la production, pour l’orienter vers davantage d’emplois de qualité, enfin après la production, avec des mesures de redistribution classiques pour protéger ceux qui s’en sont moins bien sortis».

Pour réduire l’inégalité des chances, il faut agir à deux marges: sur l’éducation et sur les inégalités de patrimoine, car le système éducatif français est et demeure très inégalitaire : «à la question de savoir si les élèves ont tous les mêmes chances de fréquenter l’université, seules 44% des personnes interrogées en France, sont d’accord, soit le pourcentage le plus faible parmi sept pays concernés, le taux de réponse positive pour l’Italie étant de 49% et pour l’Allemagne de 70%».

En ce qui concerne le patrimoine, le rapport voit l’impôt sur les successions comme l’instrument le plus adapté pour réduire les différences de conditions de départ, dans le cadre d’un contrat social plus égalitaire.

Dans le même temps, les experts proposent une refonte en profondeur de la taxation du capital, d’autant que l’élasticité du capital par rapport à l’impôt et sa mobilité internationale sont susceptibles de diminuer: «l’accord de l’OCDE sur un taux d’imposition minimal pour les multinationales et le mouvement dans lequel s’engage la communauté internationale vers davantage d’harmonisation fiscale vont dans le bon sens».

Par ailleurs, le rapport rappelle que «les travailleurs veulent des emplois de qualité. D’après les enquêtes disponibles, ceci veut dire bien sûr une bonne rémunération, mais aussi des possibilités d’avancement, de responsabilités, de durée d’emploi suffisamment longue, d’environnement de travail décent. Selon ces mêmes enquêtes, ils considèrent la mondialisation, le libre-échange et l’évolution technologique comme des menaces, et ils craignent que beaucoup de ces emplois de qualité soient en train de disparaître. Il faut attaquer ce problème de front».

Le choix de développer ou d’utiliser des technologies qui améliorent les emplois existants ou qui au contraire les éliminent, est un choix économique, qui dépend du prix des facteurs, des réglementations, des incitations fiscales, etc. Il est donc possible de les influencer… «une collaboration plus étroite et plus en amont entre entreprises, travailleurs et administration, sur la façon de créer des bons emplois, de bons profils de carrière, nous paraît essentielle».

Le troisième volet du rapport porte sur la démographie et le vieillissement démographique qui va d’ailleurs s’accentuer et qu’il faut trouver les bonnes adaptations pour y répondre.

Cela renvoie inévitablement au système de retraite existant que le rapport juge très peu transparent, souvent inéquitable, et difficile à comprendre par ceux qui cotisent. En même temps, «le mécanisme d’ajustement du système aux évolutions démographiques est loin d’être le meilleur pour résoudre la question de la pérennité du système des retraites. Nous pensons que dans les deux dimensions, nous pouvons faire mieux».

Quant à l’âge de départ, le rapport est favorable à un âge minimum de départ à la retraite défini clairement pour tous les salariés tout en permettant à ceux qui le veulent de travailler plus longtemps et donc d’obtenir une pension mensuelle plus élevée.

S’agissant de la réforme du système de retraite, le rapport affirme que trois solutions peuvent être envisagées: augmenter les cotisations, augmenter l’âge minimal de la retraite, ou alors diminuer les pensions. Mais c’est un thème qui appelle débats et consensus.

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