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"Pour une sociologie des médias sociaux"

«Pour une sociologie des médias sociaux. Internet et la révolution médiatique»

Merra. L, Thèse, Université Paris Descartes, 2013, 395 p.

 

Cette thèse porte sur un objet sociologique en construction: les médias sociaux.

Or, si l’appellation médias sociaux recoupe des millions d’occurrences, l’auteure constate que ce terme est très peu présent dans la littérature scientifique. Elle avance pour apporter une première explication à cela, plusieurs hypothèses dont la plus importante concerne indéniablement le caractère émergent et, par conséquent, peu mature du concept.

Lorsque le sujet est évoqué dans des revues scientifiques ou au sein de publications de chercheurs, «il est abordé, le plus souvent, sous l’angle d’un réseau en particulier, ou d’un univers spécifique rattaché aux médias sociaux». C’est le cas des réseaux sociaux numériques également baptisés réseaux socio-numériques, «qui désignent alors académiquement l’expression de réseaux sociaux, employée par les médias et reprise par les profanes».

Réseau technique et réseau social finissent ici par se confondre. Mais la confusion est d’autant plus totale avec notamment l’interchangeabilité entre les deux termes de réseaux sociaux et de médias sociaux et l’élargissement volontaire de la palette de synonymes au Web 2.0 auquel ces réseaux/médias sont associés.

Le champ concerné par la sociologie des médias inclut la télévision, la radio, la presse, mais aussi le téléphone, l’informatique et Internet, en qualité de médias. Les catégories proposées pour distinguer ces médias rassemblent à la fois, les supports, les outils, les instruments et les techniques.

La sociologie des médias concerne donc les médias dits traditionnels, c'est-à-dire les grands médias que sont la télévision, la radio, la presse, l’affichage et le cinéma.

Le concept de médias sociaux est un «macro-concept multidimensionnel» pour lequel il était jusqu’ici difficile de disposer d’une définition complète et unanime. L’idée de  «technologies sociales» que certains emploient pour désigner ces médias sociaux ou de technologies relationnelles ne permet pas véritablement de les distinguer entre elles, ni de les situer par rapport aux réseaux sociaux.

Quant aux spécificités des médias sociaux, si leur nature sociale, émancipatrice, voire démocratique, est soulignée, «ces caractéristiques sont rarement rattachées aux propriétés des médias traditionnels. Les définitions actuelles des médias sociaux les circonscrivent presque exclusivement à l’univers d’Internet, sans chercher à approfondir le sens et les origines de ce phénomène, ni à les inclure dans des catégories médiatiques préalablement définies».

Par ailleurs, note l’auteure, les plateformes qu’il convient de nommer sous l’appellation de médias sociaux sont spécialisées sur la gestion de dimensions relationnelles et génèrent aussi de nouvelles modalités d'interactions.

La différence substantielle établie par les médias sociaux par rapport à leurs homologues traditionnels, le plus souvent professionnels, repose sur «leur ouverture à la participation des publics. Autrefois cantonné à la position de récepteurs, un plus grand nombre d’individus peut prétendre et prendre part désormais à une activité médiatique, rendue davantage ouverte et accessible par l’intermédiaire de ces nouveaux médias».

La place occupée par les individus, comme étant la principale distinction à apporter entre ces deux genres médiatiques, l’attribution duale des rôles de producteur et de consommateur «nous paraît cependant réductrice pour embrasser la réalité rencontrée».

En effet, la nouvelle position centrale occupée par l’individu permet à l’usager actif des médias sociaux de s’émanciper de sa place de récepteur. «De consommateur de l’information, il est en mesure de devenir un agent médiatique, à part entière. Assurée par les plateformes de médias sociaux, la prise en charge de la fabrication et de la diffusion de contenus médiatiques abaisse considérablement le ticket d’entrée à la conception d’appareils médiatiques».

En réduisant ainsi les freins à leur accession, le nombre de personnes pouvant prendre part à l’exercice de la communication médiatique augmente substantiellement. Les médias alternatifs ne bénéficient par conséquent, pas de la capacité d’atteinte d’une audience significative, que ces nouveaux médias connectés et la société numérique permettent.

L’individu média est donc l’individu qui, «par l’usage des médias sociaux, bénéficie de la possibilité de s’exprimer et d’agir sur le processus de la médiatisation sociale. Que cela soit en créant du contenu, en apportant des commentaires, en sélectionnant des sources et des informations qu’il rediffuse, cet individu participe à l’une ou à plusieurs étapes de la création de valeur médiatique».

La participation de l’individu dans l’économie de ces médias se rapproche du modèle de co-création. En effet, «l’utilisateur du média peut désormais devenir auteur, agrégateur, ou encore diffuseur d’informations, ce qui, à quelques exceptions près, était précédemment impossible, avec les modèles des médias traditionnels limitant la position des membres de leurs audiences, au rôle passif de consommateurs de l’information».

Si la liberté d’expression est aujourd’hui une des principales causes défendues par les agents médiatiques actifs sur les médias sociaux, c’est parce que «ces nouveaux médias permettent justement à tout individu ayant accès à Internet de prendre la parole et de s’exprimer publiquement grâce à ces plateformes de publication».

Le changement de traitement médiatique, à propos des médias sociaux, survenu à la suite du Printemps arabe par exemple, a contribué à façonner les représentations sociales des médias sociaux. Car, «associés à l’idée de soulèvement du peuple souverain, ces derniers se sont vus associés dans l’imaginaire collectif, à la perspective d’un nouvel eldorado de l’engagement, synonyme de révolution».

De ce fait, si on compare les médias sociaux à d’autres médias dits traditionnels, la participation active des agents au processus médiatique de l’information, les engage davantage qu’ils ne le seraient par d’autres médias ne comportant pas une telle dimension inclusive de leur audience.

Rubrique «Lu Pour Vous»

15 septembre 2022

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