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«La société en réseaux»

Castells. M, Ed. Fayard, Paris, 2001, 671 p.

La société en réseaux est une tentative d’explication globale du monde contemporain, marqué pour l’essentiel par la révolution des technologies de l’information et la globalisation de l’économie.

En effet, dans la «société en réseaux», qui succède à la société industrielle, l’état social est défini par un nouveau mode de développement, dit «informationnel». Il est défini par «l’action du savoir sur le savoir même comme source principale de la productivité».

Autrement, «le traitement de l’information vise à perfectionner la technologie du traitement de l’information comme source de productivité, dans un cercle vertueux d’interaction entre les connaissances, qui se trouvent à la base de la technologie, et l’application de celle-ci, afin d’améliorer la génération du savoir, le traitement de l’information et la communication des symboles».

Dans cette nouvelle configuration de l’économie, tout fonctionne en réseaux, l’économie, la société, mais aussi et l’entreprise, car dans le mode de développement informationnel, «l’univers des entreprises se décentralise et se reconstitue sous forme d’unités autoprogrammées et autodirigées, qui se coordonnent horizontalement dans un réseau doté d’une grande souplesse face à un marché de plus en plus fragmenté et aléatoire».

En même temps, le marché n’est plus seulement régi par l’offre et la demande comme semblait présumer la théorie traditionnelle, mais dépend plus que jamais de centaines de milliers d’expériences, d’intérêts et de décisions stratégiques à l’œuvre dans le «réseau des réseaux».

Et ce que l’auteur appelle «entreprises en réseau» ont comme code commun une culture virtuelle qui «juxtapose et agrège des expériences, des intérêts et des décisions stratégiques différentes».

Mais la culture dont il s’agit ici n’est autre qu’une culture de l’éphémère, car «elle ne dure pas longtemps : elle entre bien vite dans la mémoire de l’ordinateur comme matière première des réussites et des échecs passés».

Par conséquent, «toute tentative visant à cristalliser la position dans le réseau en code culturel à un moment et dans un espace particuliers, condamne le réseau à l’obsolescence, puisqu’il devient dès lors trop rigide pour la géométrie variable exigée par l’informationnalisme. L’esprit de l’informationnalisme est la culture de la destruction créatrice, opérant à la vitesse des circuits optoélectroniques qui traitent ses signaux».

Autrement, l’intégration sous forme numérique, de la plupart des expressions culturelles, caractérise le nouveau système de communication au sein duquel «les différents modes de communication tendent à s’emprunter mutuellement leurs codes : les programmes éducatifs interactifs ressemblent à des jeux vidéo, les journaux télévisés sont conçus comme des émissions de variétés audiovisuelles, les procès sont diffusés comme des feuilletons»…etc.

En revanche, «du point de vue de l’utilisateur (à la fois émetteur et récepteur dans un système interactif), le fait de pouvoir choisir autant de messages divers dans un même mode de communication, avec une grande facilité de passer de l’un à l’autre, réduit la distance mentale entre les différentes sources de participation cognitive et sensorielle».

C’est un véritable nouveau système de communication, mais qui risque au-delà de ceci, de diviser la population, notamment dans les univers de travail, «entre les interacteurs (ceux qui ont l’argent, les connaissances et le temps pour interagir au sein des circuits multidirectionnels de communication) et les interagis (ceux qui seront limités à un certain nombre d’options préconditionnées)».

Par ailleurs, la société informationnelle, qui découlerait de la société en réseaux est une société qui s’inscrit dans l’espace des flux, c'est-à-dire «des séries significatives, répétitives et programmables d’échanges et d’interactions entre des positions géographiques éloignées occupées par des acteurs sociaux» dans les mégacités.

Ces flux peuvent véhiculer du travail, mais peuvent aussi véhiculer de l’argent, dans la mesure où les financiers et les professionnels qui transportent de l’information, déplacent de la valeur, de la même manière. «Ils la concentrent, et ceux qui sont connectés aux bons endroits de ces flux, qu’ils soient producteurs de valeur ou simples intermédiaires, sont les gagnants de la société en réseaux».

Les perdants ici sont ceux dont la vie professionnelle et privée passe davantage par les lieux réels que par ces espaces virtuels. D’où une recomposition des logiques de domination, sous l’apparente fin des hiérarchies du monde industriel : «comme dans nos sociétés, les fonctions et le pouvoir s’organisent dans l’espace des flux, la domination structurelle de sa logique modifie fondamentalement le sens et la dynamique de ces lieux. Ancrée en des lieux, l’expérience vécue se retrouve coupée du pouvoir, et le sens toujours plus séparé du savoir».

La tendance dominante «débouche ainsi sur un espace de flux en réseaux, hors de l’histoire, qui entend bien imposer sa logique à des lieux éparpillés et segmentés, de moins en moins raccordés les uns aux autres, de moins en moins capables de partager des codes culturels».

Rubrique « Lu Pour Vous »

24 décembre 2009

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