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«Rio + 20 : l’émergence d’un nouveau monde»

Rossignol. L,  Rapport, Sénat, Paris, mai 2012, 114 p.

La concentration des conférences internationales relatives au développement durable en 2012 correspond et fait suite à une aggravation sans précédent des indicateurs environnementaux.

Le monde, «obsédé par sa course à la compétition, continue de soumettre les questions environnementales aux intérêts nationaux de la croissance économique, alors que ce modèle de développement n’est pas adapté au concept communément admis de développement durable. Le monde continue à commenter les constats et à reporter toujours plus tard le passage à l’acte, les décisions à prendre. Or, le temps perdu en matière environnementale ne se rattrape pas. Les dégâts sont irréversibles».

La globalisation de l’économie permet certes, note le rapport, l’accès d’un plus grand nombre au progrès, mais en même temps, cette marche vers le progrès «s’accompagne d’un développement insoutenable, d’une augmentation de l’écart des richesses et d’un renforcement des inégalités sociales et territoriales. Du point de vue de l’empreinte écologique des populations, il faudrait trois ou quatre planètes, voire davantage, si le mode de vie des pays industriels était adopté par le monde entier». 

Longtemps a prévalu l’idée qu’en matière d’environnement, le court terme du politique n’était pas compatible avec le long terme de l’environnement. Aujourd'hui, «nous avons franchi une étape supplémentaire : les questions environnementales ne sont plus des questions de long terme mais deviennent des questions de court terme. Le nombre de catastrophes naturelles ne cesse d’augmenter avec environ 788 événements pouvant être classés comme catastrophes naturelles en 2010, au lieu de 630 par an en moyenne sur les trente dernières années». 

Sur fond de crise, l’année 2012 concentre un grand nombre de rendez-vous internationaux consacrés au développement durable. Les processus de négociation engagés dans le cadre des Nations Unies sur des thématiques parallèles, convergent sur cette période.

La 17ème Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP 17) à Durban en décembre 2011, a ainsi marqué le premier temps fort de la période avec l’enjeu essentiel de la reconduction du Protocole de Kyoto. Une Conférence internationale sur l’énergie durable s’est tenue à Genève du 10 au 12 janvier 2012 : les Nations unies ont proclamé 2012, année de l’énergie durable. Et la 13ème session de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) s’est déroulée à Doha du 21 au 26 avril.

Enfin, se tiendra à Rio du 20 au 22 juin 2012 la quatrième Conférence des Nations Unies sur le développement durable (CNUDD), quarante ans après la Conférence de Stockholm de 1972, qui a fait entrer l’environnement au rang des préoccupations internationales, et vingt ans après le Sommet de la Terre de 1992, qui a entériné les principes du développement durable dans la Déclaration de Rio et a lancé, avec l’Agenda 21, «un principe d’action décliné à l’échelon territorial. L’objectif principal sera de redonner un souffle aux problématiques du développement durable dans le modèle économique mondial et de faire avancer, concrètement et juridiquement, les principes essentiels du droit international de l’environnement».

La force symbolique de ces sommets n’est plus à démontrer. Elle dépasse de loin la portée réelle et concrète des engagements qui en ressortent. Néanmoins, le risque est grand de passer à côté des véritables enjeux de ces négociations, compte tenu de la réticence des pays développés ou émergents à contribuer concrètement à cette évolution.

A la prise de conscience doit succéder l’action. La faillite du modèle actuel de production et de consommation invite à poser les bases, «l’heure n’est plus à le penser mais à le faire, d’un nouveau modèle de développement intégrant les questions sociales et environnementales. C’est un véritable changement de civilisation que nous avons à accompagner».

Mais cette conférence des Nations unies pour le développement durable, appelée Conférence Rio+20, revêt une dimension bien plus large que celle d’un simple anniversaire : «il s’agit bel et bien d’un moment de réflexion, voire de conscientisation collective. Le vrai paradigme du développement durable est à portée de main si l’on se décide, enfin, à changer les modèles actuels de développement et de régulation».

En consacrant la notion de développement durable, en provoquant une prise de conscience internationale, en aboutissant à l’adoption de trois conventions des Nations unies et de la Déclaration de Rio, le Sommet de la Terre de 1992 avait constitué un pas décisif, un temps fort pour la Terre. Vingt ans plus tard, si ce succès initial est incontestable, le bilan est décevant.

L’heure est à la relance de l’espoir, de l’action et à la définition d’une véritable gouvernance de la planète.

«De Rio à Rio, l’heure est aujourd’hui aux réponses, ou en tout cas à la nouvelle matrice qui sera capable de produire les réponses».

La Conférence Rio+20 sera incontestablement un de ces moments historiques, un instant «charnière» dévolu à la compréhension partagée d’un nouveau modèle de développement compatible avec la préservation des ressources de la planète.

Rubrique « Lu Pour Vous »

5 juillet 2012

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