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«L'Allemagne: une réussite économique, à quel prix?»

Raoul. D et al., Rapport, Sénat, juillet 2012, 63 p.

1- En introduction à ce rapport, les auteurs écrivent ceci: «il y a dix ans homme malade de l’Europe, l’Allemagne est aujourd’hui un géant économique affichant croissance, quasi plein emploi et résorption des déficits publics. Elle est parvenue, durant la dernière décennie, à achever d’assimiler le poids de la réunification tout en investissant massivement dans des secteurs clefs de l’économie en vue de préparer l’avenir. C’est bien d’un modèle allemand  que l’on parle aujourd’hui et dont nombre d’États européens… cherche à s’inspirer».

Pays le plus peuplé d’Union européenne, avec 81 millions d’habitants, l’Allemagne est la première puissance économique européenne et la quatrième au monde, derrière les États-Unis, la Chine et le Japon. Cette bonne santé économique, «qui est l’aboutissement d’efforts entrepris depuis de nombreuses années, et qui constitue une quasi exception dans une Europe marquée par la crise, n’a pas été obtenue sans certains sacrifices et n’en a pas moins laissé subsister des points de faiblesse structurels, à commencer par un développement territorial particulièrement inégal».

Durement touchée en 2009 par la crise économique et financière internationale, notamment dans les secteurs-phares de l’automobile et de la machine-outil, «l’Allemagne a subi une forte chute des exportations, la plus grave enregistrée depuis 1950, et l’impact du recul du commerce extérieur a entraîné un recul de la croissance. Pour la première fois, l’Allemagne, dépassée par la Chine, a perdu sa place de première nation exportatrice».

Le plan de relance conjoncturel mis en oeuvre en 2009-2010 a permis, en soutenant la consommation des ménages et les dépenses publiques, de limiter l’ampleur de la récession. Sur l’ensemble de l’année 2009, «l’économie a reculé de 4,7% et le budget a affiché en 2010 un déficit de 3,7%, après avoir été équilibré en 2008».

Mais depuis deux ans, la reprise est solide. L’économie allemande a enregistré en 2010 une croissance de 3,5%, un record depuis la réunification. Ce retour de la croissance s’avère robuste, étant porté tant par la contribution interne (pour 2,3 points de PIB) que par la demande externe (pour le 1,2 point restant).

L’activité s’est stabilisée fin 2011 - début 2012, en lien avec le ralentissement du commerce international et la crise des dettes souveraines en Europe, qui pénalisent les exportations allemandes. Le Gouvernement prévoit ainsi «une croissance de 1% en 2012, portée presque exclusivement par la demande intérieure. Les dernières prévisions des instituts économiques sont moins optimistes, avec un consensus à + 0,5%».

La croissance allemande pourrait repartir dès la mi-2012. Les instituts économiques font ainsi état d’un rebond à + 1,8% en 2013, en cas toutefois de résolution de la crise en Europe.

La situation du marché du travail est historiquement favorable : «l’emploi a atteint en 2011 un nouveau record avec 41,04 millions de personnes actives, soit + 535 000 en un an. Le chômage est passé sous la barre des 3 millions (2,975 millions exactement) cette même année, en baisse de 8,1% par rapport à 2010, tandis que le taux de chômage a reculé de 0,6 point, à 7,1% en moyenne sur l’année».

Selon la prévision du gouvernement, le taux de chômage devrait continuer à baisser pour s’établir à 6,7% en moyenne en 2012.

Le problème viendrait aujourd’hui davantage d’un «suremploi», ou d’un «mésemploi», que d’un «sous-emploi». Certaines régions, dans le Sud du pays notamment, sont en situation de plein-emploi et craignent une pénurie de main d’oeuvre qualifiée, avec près de 400 000 postes vacants. «C’est en particulier le cas en Bavière, dont le taux de chômage est inférieur à 3%, qui pâtit en outre d’une décroissance démographique particulièrement poussée».

Par ailleurs, l’Allemagne a imposé une limite constitutionnelle à l’endettement public structurel, fixée à 0,35% du PIB pour le gouvernement fédéral et contraignante à compter de 2016.

Les efforts budgétaires consentis par le pays pour «apurer» ses comptes risquent forts d’être reconduits jusqu’à ce que l’équilibre soit atteint. Ainsi, «la loi de finances pour 2012, prévoit une stabilisation des dépenses à 306,2 milliards d’euros pour 2012. Si la recherche et l’enseignement supérieur voient leurs crédits augmenter substantiellement (+ 10%), tous les financements des autres postes ministériels sont gelés ou réduits».

Si les déficits publics décroissent à un rythme soutenu, l’Allemagne reste fortement endettée, à hauteur de 83,2% de son PIB en 2010.

A l’inverse d’un pays comme la France, la croissance allemande a traditionnellement été «tirée» par les exportations, notamment des biens industriels, bien davantage que par la demande interne. Cette dépendance importante de l’Allemagne à l’égard de l’extérieur, et plus particulièrement de ses partenaires européens les plus proches, «reste vérifiable mais tend à s’amoindrir, au moins ponctuellement. Ainsi, les bons chiffres de croissance enregistrés en 2011 reposent-ils majoritairement sur la demande intérieure : consommation des ménages et, dans une moindre mesure, investissements des entreprises».

2- L’Allemagne est le deuxième producteur agricole de l’Union européenne derrière la France. Plus de la moitié de la surface du territoire allemand est utilisée à des fins agricoles, soit près de 17 millions d’hectares.

Près de 70% de la surface agricole est cultivée sous forme de terres arables. Les céréales sont les principales plantes cultivées. Pour comparaison, en France, la surface agricole utile représente environ 29 millions d’hectares, soit 54% du territoire national, dont 62% de terres arables.

L’industrie agro-alimentaire allemande représente, «au sens strict, 152 milliards d’euros en 2009, soit trois fois le chiffre d’affaires de la seule filière agricole. Elle est réalisée dans près de 5 800 entreprises employant 955 000 personnes. Elle est aussi principalement orientée sur les filières animales. A souligner également l’importance des industries transformant les denrées tropicales (café, thé, cacao), qui pèsent lourd dans les exportations agroalimentaires allemandes».

Bien que constituant un grand pays agricole, l’Allemagne est le deuxième importateur mondial de produits agro-alimentaires et enregistre un déficit très important dans ce secteur : - 12,5 milliards d’euros en 2010.

Dans le domaine industriel, «l’Allemagne a conservé un secteur industriel très important. Un tiers de la population active y travaille en effet. Les grandes entreprises de la construction automobile, de l’électrotechnique, de la construction mécanique ou de l’industrie chimique connaissent une renommée mondiale. Mais elles n’éclipsent pas le réseau extrêmement dense d’entreprises de taille intermédiaire qui, à leurs côtés, emploient plus de 20 millions de salariés et sont porteuses d’innovation et de croissance».

Cette place de leader qu’occupe l’Allemagne dans le secteur industriel est la résultante d’un ensemble de facteurs dont une action concertée des pouvoirs publics pour mettre en place un environnement propice à l’épanouissement d’un entrepreneuriat familial et innovant.

Si l’Allemagne était traditionnellement adepte du non interventionnisme en matière industrielle, «l’épreuve de la réunification et l’accroissement de la pression concurrentielle ont poussé les pouvoirs publics à davantage s’investir pour soutenir les entreprises. Ce volontarisme lui a permis d’occuper aujourd’hui le devant de la scène du secteur en Europe, mais également dans le monde, où elle fait référence et ne souffre guère de la concurrence, de par son positionnement sur un niveau de gamme élevé».

Les financements publics proviennent généralement des Länder dans le cadre de leur politique de clusters, et éventuellement des communes si un intérêt local le justifie. L’État fédéral considère que «les structures de gouvernance des réseaux doivent rapidement s’autofinancer, d’éventuelles subventions publiques ne devant correspondre qu’à des activités profitant, au-delà des membres du réseau, à une région ou un Land».

Les entreprises allemandes ont assis leur réputation sur la construction et la commercialisation de produits fiables et de qualité, à fort contenu technologique, adaptés aux besoins des pays à forte croissance et s’accompagnant d’un excellent service après-vente. Le «made in Germany» est aujourd’hui un label reconnu dans le monde entier comme synonyme d’excellence, et justifiant à lui seul des prix élevés, et en tout cas largement supérieurs à ceux de la concurrence.

3- D’un point de vue global, l’Allemagne investit sérieusement davantage dans le domaine de la R&D. En 2012, «le pays devrait ainsi dépenser 90 milliards d’euros (2,87% du PIB) à cet effet, contre près de 51 milliards d’euros en France (2,24%). Cet écart est essentiellement imputable à la R&D des entreprises privées : outre-Rhin, le privé finance environ 65% du total (58 milliards environ), contre seulement 55% (environ 28 milliards) en France».

Ce trait marquant de l’économie allemande résulte de l’existence d’un tissu dense d’entreprises choisissant souvent une niche à fort contenu technologique nécessitant des innovations permanentes et, partant, investissant massivement en R&D. En effet, «des secteurs comme l’automobile, les technologies de l’information, la pharmacie ou les biotechnologies, dans lesquels les entreprises allemandes sont très présentes, requièrent des taux d’investissement en R&D de 5 à 25% du chiffre d’affaires».

Le système d’éducation et de formation allemand est, quant à lui, largement orienté sur la demande du marché. La mission de l’école est, certes, «d’apporter des connaissances, mais d’une façon lui permettant de les mobiliser à des fins professionnelles. Plus qu’un diplôme, c’est un emploi que vient sanctionner un cursus scolaire, le choix d’une filière se faisant donc en grande partie en fonction du métier que l’on souhaite exercer in fine».

Les entreprises, empruntes d’une grande responsabilité sociale, se sentent investies d’une mission de formation de leurs salariés tout au long de la vie, dont elles s’acquittent à travers une riche offre en matière d’apprentissage.

Les universités allemandes s’investissent davantage dans la recherche que les universités françaises, et de façon plus adaptée aux réalités économiques. «Beaucoup de projets de recherche sont ainsi menés sur quelques mois, contre trois ans pour des doctorants français, cette flexibilité permettant de s’adapter aux besoins des entreprises».

Le gouvernement allemand promeut volontiers la coopération de la recherche publique, universitaire et extra universitaire, avec le secteur industriel. En rendent compte «le nombre important de contrats passés avec des industriels, la part des budgets des instituts de recherche et des universités provenant de ce secteur, ou encore le nombre de brevets que ces derniers déposent».

Cette coopération est tout d’abord assurée par la mise en place de réseaux ou centres de compétences régionaux. «Regroupant entreprises, centres de recherche et universitaires autour d’un secteur de pointe, ils sont soutenus par les ministères respectivement en charge de l’enseignement et de la recherche d’une part, de l’économie et des technologies d’autre part».

La coopération est également facilitée par la grande mobilité des chercheurs entre centres publics et privés, à travers les clusters d’excellence.

Rubrique « Lu Pour Vous »

19 juillet 2012

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