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«Développement de l’économie numérique»

«Développement de l’économie numérique»

Erhel. C, De la Rodière. L, Rapport, Sénat, Mai 2014, 163 p.

Aujourd’hui, on ne se connecte plus, on est connecté. Ce constat, note ce rapport, est valable tout autant pour les usagers domestiques que pour les entreprises.

En effet, poursuit-il, «depuis le début du XXIème siècle, le numérique, plus présent, a pleinement bouleversé les modèles économiques traditionnels des entreprises, le fonctionnement de nos sociétés, et nos modes de vie. Cette accélération fut fulgurante. Le numérique a pénétré notre intimité au point que nous n’imaginons pas nous passer d’outils pourtant tout à fait récents».

C’est pour dire que si chacun loue les bénéfices qu’il tire du numérique pour son usage personnel, l’analyse se complexifie dès lors que son influence sur le monde économique est évoquée. Le premier réflexe est en effet celui «de la protection, de la résistance face à un bouleversement sans précédent depuis l’invention de l’électricité et, avant elle, celles de l’agriculture, de l’écriture et de l’imprimerie».

Comprendre le fonctionnement de l’économie numérique passe, selon le rapport, par la compréhension des pionniers, c'est-à-dire, les entreprises numériques de la Silicon Valley. Cette dernière est la manifestation d’un écosystème qui s’est dès le départ, développé à partir de l’Université de Stanford.

Comme toute légende, la Valley a son mythe fondateur : «à la fin des années 1930, William Hewlett et David Packard, tous deux diplômés de Stanford, créent leur entreprise à proximité de l’Université dans laquelle ils ont étudié. Peu à peu, les entreprises du secteur informatique, puis numérique, investissent pleinement les terrains entourant Stanford, et aujourd’hui Palo Alto et Mountain View sont des localités connues à travers le monde pour accueillir les sièges de Facebook et Google. Au-delà, la Valley abrite les sièges et campus d’Adobe System, Apple, Business Objects, Cisco Systems, eBay, Electronics Arts, Intel, Oracle, Qualcomm, Twitter, Yahoo ! et tant d’autres… ».

La Valley dispose donc de l’une des meilleures universités au monde des sièges des plus grandes entreprises du numérique, mais également des plus grands fonds de capital-risque au monde, dont les bureaux sont tous situés à Menlo Park, dans Sand Hill Road, à deux pas de l’Université Stanford, de Palo Alto et de Mountain View, sièges de la plupart des géants du numérique.

Autrement dit, lorsqu’un entrepreneur cherche des financements, il parcourt à pied une seule rue, frappant à chaque porte… Ce regroupement des compétences, du financement et des innovateurs explique le succès sans égal de la Silicon Valley dans le domaine du numérique.

Au-delà des facilités qu’il procure aux acteurs du numérique pour recruter, se financer, innover, se former, il explique également une tendance à la collaboration entre entreprises.

Quelle est la source de la valeur dans le monde numérique? Comment juger de la valeur marchande d’une entreprise numérique?, S’interroge le rapport.

Ces questions sont au coeur de l’analyse des modèles économiques des entreprises du numérique et reflètent l’incompréhension suscitée parfois par la valorisation d’entreprises ne disposant pas d’actifs au sens traditionnel du terme : des terrains, des immeubles, des brevets.

Certes, Facebook dispose de locaux, de serveurs, emploie dorénavant 6330 personnes, mais comment expliquer que l’entreprise gère plus d’un milliard de comptes et que sa capitalisation boursière atteigne 152 milliards au début de l’année 2014?

La réponse est simple, note le rapport : la valeur dans le cadre de l’économie numérique, se situe davantage en dehors de l’entreprise, dans les données, cet actif immatériel que les investisseurs ont identifié comme étant au coeur de la création de richesse, et dans les contributions de la «multitude», que les acteurs économiques cherchent à capter.

Les entreprises du numérique fondent donc leur développement sur la captation de la «multitude», soit par son association au processus d’innovation, soit par l’enregistrement et le traitement des données des utilisateurs. Or «il n’est pas donné à chacun de prendre un bain de multitude : jouir de la foule est un art», que seules quelques grandes entreprises maîtrisent pour l’instant parfaitement.

Yahya El Yahyaoui

Rabat, 19 Juin 2014

 

 

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