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«Dix mythes des fondamentalismes religieux»

  

«Dix mythes des fondamentalismes religieux»

Programme Awid, Ed. Awid, 2008, 40 p.

Ce programme retient dix mythes qu’il passe successivement en revue :

Mythe n° 1 : Les fondamentalismes religieux concernent les fondements de la religion

Ce mythe «donne aux fondamentalismes religieux l’image d’être une force sociale légitime au-dessus de la politique et du pouvoir». Cela suggère également qu’il est naturel que tous les «bons» disciples d’une religion partagent le même point de vue fondamentaliste et qu’une personne qui s’oppose aux fondamentalismes religieux n’est pas une «vraie croyante».

Etre religieux et être un fondamentaliste religieux sont deux choses distinctes. Ce qui distingue les fondamentalistes religieux «est leurs opinions politiques d’extrême droite, en plus de leur conviction qu’ils sont les représentants de Dieu et qu’ils doivent imposer sur les autres leurs croyances et l’Unique Vérité».

Les fondamentalismes religieux ont pour objectif de s’approprier politiquement et socialement les espaces publics et de dominer les politiques publiques, à l’exclusion des autres influences.

Mythe n° 2 : Les fondamentalismes religieux ne sont qu’une affaire de politique

Les fondamentalismes religieux sont clairement un phénomène politique, estime le rapport. Cependant, «il est nécessaire de regarder plus loin pour reconnaître l’importance du symbolisme religieux et des textes religieux pour les fondamentalismes».

Les fondamentalismes religieux ont un objectif plus large de contrôle social, «qui est plus important que leur volonté de s’emparer du pouvoir de l’État ou de la politique. Dans cette optique, les fondamentalismes religieux de toutes les régions et religions ciblent spécifiquement la jeunesse et le système d’éducation, qui les laissent influencer la société sans devoir capturer le pouvoir d’État».

Les fondamentalismes religieux ont recours à la prestation de services pour atteindre une légitimité politique et obtenir un appui, mais aussi pour promouvoir directement leur vision de la société.

Mythe n° 3 : Les fondamentalismes religieux sont comme n’importe quelle autre force politique

L’on considère souvent la participation des groupes fondamentalistes religieux au processus politique et dans les espaces démocratiques, comme quelque chose de tout à fait normal.

Or, quand certains fondamentalistes religieux sont perçus comme «seulement modérés», ou qu’ils sont acceptés en tant que forces politiques, l’arène politique tout entière se déplace vers la droite.

Les fondamentalismes religieux sont différents des autres idéologies qui violent les droits, comme les fondamentalismes ethnonationalistes et culturels, ou le néolibéralisme. Ils donnent l’illusion de «traiter des questions métaphysiques, et c’est ce qui les rend particulièrement séduisants», la critique de la religion étant souvent perçue comme une menace à l’identité individuelle ou collective.

Au nom du pluralisme politique et de la diversité sociale, les fondamentalistes religieux réclament le droit d’être traités comme n’importe quelle autre force politique ou sociale.

Mais quand ils font la promotion de la démocratie, «leur vision du pluralisme est, la plupart du temps, une vision qui permet leur propre participation politique, mais qui restreint celle des autres».

Mythe n° 4 : Les fondamentalistes religieux sont des extrémistes arriérés

Le préjugé voulant que les fondamentalismes religieux ne soient que des personnes moyenâgeuses facilement reconnaissables en  «tenues bizarres» et visiblement «extrémistes» peut mener les gouvernements, les agences multilatérales et les ONG internationales à collaborer avec certains groupes, et à les légitimer, malgré les avertissements des activistes des droits de l’homme.

Or, les fondamentalismes religieux œuvrent à une échelle mondiale, soutiennent et exploitent le discours et les politiques néolibérales et ont recours aux technologies qui sont toutes des composantes essentielles de la modernité. Ils peuvent faire référence maintes et maintes fois à «une tradition pure» ou à un «passé glorieux», mais ils font sans aucun doute partie du monde moderne : «ils ont un impact sur ce monde et ce monde a un impact sur eux».

Mythe n° 5 : Les fondamentalismes religieux n’existent que dans certaines religions ou régions

Dans le contexte de la «guerre au terrorisme» d’aujourd’hui, on pense souvent que  «fondamentalismes religieux» équivaut à «fondamentalistes musulmans». Le résultat est qu’on démonise une religion en particulier et, par extension, on présume que tous les disciples de cette religion sont «fondamentalistes».

Il serait faux de dire, remarque le rapport, que le fondamentalisme touche une religion plus qu’une autre. Il serait également faux de prétendre qu’il existerait une religion n’étant pas du tout touchée.

Mythe n° 6 : Les fondamentalismes religieux veulent une politique transparente et honnête

Le mythe comme quoi les fondamentalismes veulent une politique transparente et honnête les distingue des autres grandes forces sociales et politiques. Les groupes fondamentalistes évoquent cet argument pour se légitimer. «Prétextant qu’ils s’inquiètent pour nos âmes et pour le tissu social, ils se disent moralement droits et incorruptibles. Quand ils participent à la politique, ils le font en se positionnant au-dessus du népotisme habituel. En réponse à la baisse des standards en matière de  «moralité» publique et privée, les fondamentalistes disent ce qu’ils pensent, et font ce qu’ils disent.

Il devient donc très facile pour les fondamentalismes religieux de «peindre un monde de binaires, sans aucune zone de gris, qui correspond à leur vision absolutiste : le Bien et le Mal, le Croyant et l’Incrédule. Tous les opposants politiques se rangent dans la catégorie négative».

Mythe n° 7 : Les fondamentalismes religieux défendent des pauvres et les démunis

La plupart des fondamentalismes religieux prétendent défendre les droits des pauvres et des démunis, «défendre ceux qui ne sont pas en mesure de le faire eux-mêmes, et être anticapitalisme et antimondialisation».

Souvent, ils ont recours au langage de la gauche : très anti-impérialiste et axé sur la justice sociale. Ils se sont présentés aux élections au nom de la charia qui, «pour les musulmans, dans leurs croyances religieuses, dans la croyance populaire, est synonyme de justice et d’égalité».

Et dans le monde d’aujourd’hui, où les institutions publiques n’aident pas les communautés et où il y a un écart grandissant entre les riches et les pauvres, à l’échelle nationale comme internationale, «faire voler le drapeau de la justice est un moyen puissant de s’assurer le soutien de la cause fondamentaliste».

Les fondamentalismes religieux exploitent le manque de débouchés économiques pour la jeunesse, spécialement pour les jeunes hommes pour leur fournir des services et des ressources qui ne font que répondre à leurs besoins de base, au lieu d’offrir un cadre qui les permettrait de s’attaquer aux racines de l’injustice dans leurs communautés.

Ils n’éliminent pas les causes de la pauvreté, ni ne créent les conditions pour le développement. Plutôt, ils font des dons aux sans abris sans créer des sources de revenus. «Ils ne font que combattre momentanément la faim et le froid, sans s’attaquer aux racines de la pauvreté, en dépit de leur grande capacité à créer des débouchées».

Mythe n° 8 : Les fondamentalismes religieux sont pro-vie et orientés vers la famille

Les mouvements fondamentalistes religieux affirment être pro-vie et axés sur la famille. Ils affirment aussi que leur idéologie est «naturelle» et moralement solide, «ce qui n’est pas le cas des personnes qui résistent et s’opposent aux fondamentalismes religieux, selon eux».

Les fondamentalismes religieux «font la promotion d’un modèle de famille dominant, patriarcal, hétéronormatif et centré sur l’homme».

Présenter comme «naturels» des rôles sexuels rigides dans la famille est une stratégie couramment employée par les fondamentalistes religieux de toutes les régions et religions. Dans des pays aussi différents que le Pérou et le Pakistan, cette tactique est maintenant stratégiquement modernisée par le discours de la «complémentarité», où les fondamentalistes religieux cherchent à remplacer le langage d’égalité avec celui d’équité.

Mythe n° 9 : Les fondamentalismes religieux défendent nos traditions et nos identités authentiques

Les fondamentalismes religieux dépensent beaucoup d’argent et d’énergie à proclamer et parfois même à insister avec violence sur le fait qu’eux seuls sont «la seule et unique Église», ou qu’eux seuls enseignent «l’Islam pur», ou «le bouddhisme correct».

Même si ces affirmations peuvent être contestées à l’intérieur de la religion, il peut parfois être difficile de s’opposer à cette déclaration d’authenticité pour le commun croyant ou la personne extérieure à la religion. Cette insistance sur «la vraie signification» fait abstraction de la diversité de l’expérience humaine selon l’époque et la géographie.

En même temps, dans beaucoup de contextes, les fondamentalismes religieux s’autoproclament comme les seuls vrais gardiens de la culture locale. Adopter leurs principes permettrait de résister à la domination de «l’étranger», de «l’autre» et de  «l’Occident».

Il est contradictoire, note le rapport, dans une certaine mesure, que les fondamentalismes religieux soient capables à la fois d’affirmer que leur interprétation soit universellement vraie, tout en se positionnant comme les gardiens des «traditions» authentiques locales culturelles.

Les deux mythes fonctionnent ensemble comme les deux faces d’une seule médaille et donnent le double résultat de délégitimer et d’invisibiliser les interprétations diverses et progressistes. «Un monopole d’interprétation survient donc, et, en fin de compte, les perspectives fondamentalistes absolutistes deviennent de plus grandes forces politiques et sociales».

Mythe n° 10 : Les fondamentalismes religieux sont Invincibles

Les mouvements fondamentalistes religieux ont réussi à «capturer l’attention des gouvernements nationaux et internationaux, ainsi que celle d’autres acteurs politiques sous prétexte qu’ils constituent une force sociale et politique importante». Cela peut mener à supposer que les fondamentalistes religieux soient des commentateurs légitimes et des alliés politiques en matière de politique publique. Cela peut aussi mener à plus d’occasions de financement pour les groupes fondamentalistes.

Exagérer l’impact des fondamentalistes religieux peut leur donner plus de crédit, de légitimité ou de pouvoir qu’ils ne le méritent. «Une évaluation équilibrée des forces et des faiblesses des fondamentalismes religieux et la reconnaissance d’un contexte plus large dans lequel opèrent les forces sociales et politiques permettront de développer de meilleures stratégies pour résister et s’opposer aux fondamentalismes religieux».

Deux conclusions s’imposent en somme :

+ «les mythes que nous entretenons au sujet des fondamentalismes religieux et les mythes que les fondamentalismes religieux voudraient nous faire croire à leur sujet s’entrecoupent plus souvent qu’on ne pourrait l’imaginer».

+ De même, «les mythes sont dévoilés de façons très similaires partout dans les différentes régions et religions».

Yahya El Yahyaoui

Rabat, 10 Avril 2014

 

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