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«Facebook, Twitter, Al-Jazeera et le Printemps arabe»

«Facebook, Twitter, Al-Jazeera et le Printemps arabe»

Huyghe. F-B (Ss Dir), Observatoire Géostratégique de l’Information, Paris, Avril 2011, 19 p.

La question de fond de ce rapport est la suivante : quel rapport pourrait-on établir entre des forces politiques et sociales, et des outils techniques ?

La réponse se trouve, selon le rapport, dans le fait que «des masses, apparemment sans chef et qui ne sont pas organisées sous la forme traditionnelle du parti, s'emparent d'outils de communication et en font des armes de contestation. Mais en retour, ces outils favorisent des manières de penser en commun, de décider, de lutter (elles suscitent des stratégies et des contre-stratégies de l'adversaire), donc ils transforment ce qu'il faut entendre par engagement ou révolte».

Exemple de contre stratégie : Ben Ali n’a pas essayé de couper Internet parce qu’il estimait plus intéressant de récupérer les informations personnelles des internautes. Ce régime était très en avance sur ce point, «car il avait mis en place des mouchards qui récupéraient les mots de passe des utilisateurs. En réponse, les sociétés de services comme Facebook, Google ou Yahoo ont réagi. S’estimant neutres politiquement, elles ont répondu techniquement en développant des solutions qui empêchaient le piratage de leur système».

En Égypte, c’est différent, note le document. La solution n’a pas été de récupérer le contenu des échanges, mais plutôt de couper le moyen de communication lui-même. L’Égypte avait vu l’expérience tunisienne et constaté que cela n’avait pas marché. Les responsables ont donc choisi une solution radicale : couper Internet. Mais «Google et Twitter ont mis en place un système permettant aux Égyptiens d'envoyer des messages par téléphone, en contournant le blocage d'internet».

Malgré cela, la chute des régimes tunisien et égyptien et l’ébranlement spectaculaire des structures du pouvoir dans la quasi-totalité des pays arabes appellent une explication spécifique et transversale, car «les interrogations sur les origines de cet événement quasi magique, ce mystère, participent la construction d’un mythe moderne résumé par l’expression : la révolution Facebook».

C’est une utopie qui puise dans un imaginaire collectif qui attribue «un pouvoir illimité aux médias sur les hommes et espère transformer le réel par le virtuel, en faisant l’économie de la violence consubstantielle aux processus révolutionnaires. Pour les protagonistes de ces luttes diplomatico-médiatiques, mais également commerciales, le rapport de causalité entre les réseaux sociaux et les mobilisations révolutionnaires arabes est incontestable».

Car, «les vertus libératrices des réseaux sociaux et les marges de manouvres qu’ils offrent aux utilisateurs, sont contrebalancées par la quantité d’informations personnelles qu’ils mettent à la disposition aussi bien des polices que des marchands. L’usage ambivalent des réseaux sociaux rappelle l’un des acquis de la sociologie des medias : la neutralité des outils technologiques. Les usages multiples et parfois contradictoires auxquels se prête l’outil, dépendent moins de sa nature et de ses potentialités que des motivations et des stratégies des usagers».

D’où une certaine fragilité des hypothèses d’opportunité qui donnent un rôle primordial aux nouveaux médias dans les révolutions arabes. Elles risquent de «sous-estimer les transformations sociologiques structurelles et surtout les motivations des individus. En réalité, depuis la fin des années 1990, un processus d’autonomisation des opinions publiques dans le monde arabe a transformé les rapports qu’entretiennent les gouvernés avec les gouvernants et avec les forces politiques ou idéologiques dominantes, y compris les islamistes».

En effet, l’affrontement des régimes avec les oppositions notamment islamistes, et les stratégies de communication des deux parties ont favorisé la politisation des individus et la prise de conscience de leur poids. En outre, «la révolution de l’information dans le monde arabe, initiée par la chaine d’information Al-Jazeera à partir du milieu des années 1990, a fragilisé les vérités officielles et a aidé à recomposer un champ médiatique arabe devenu pluraliste et concurrentiel, mettant fin ainsi au monopole des États sur l’information».

Ce déplacement des sources de la légitimité d’en haut vers le bas (le peuple) annonce l’obsolescence des anciens modes de gouvernement et l’installation de nouvelles règles qui consacrent la primauté des peuples.

Yahya El Yahyaoui

Rabat, 3 Juillet 2014

 

 

 

 

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