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«Sahel : Pour une approche globale»

Chevènement. J. P, Larcher. G, Rapport, Paris, juillet 2013, 193 p.

1- Au sens géographique, le Sahel est, pour ce rapport, «la zone semi-désertique faisant la transition entre le climat désertique et le climat tropical humide. Suivant ce critère, il s’étend de l’Atlantique à la mer Rouge, sur une largeur de 500 à 700 kilomètres, et se distingue tant de la zone des savanes située sur son flanc sud, où les pluies sont suffisantes pour cultiver sans irrigation, que du Sahara situé au Nord où les cultures sont impossibles sans irrigation».

Pour autant, les différentes organisations régionales existantes ou les politiques publiques consacrées à cette région donnent au Sahel une géométrie variable suivant les cas.

Ainsi, «il est fréquent de déborder vers le Nord pour traiter de la bande sahélo-saharienne, espace de fracture entre le monde arabo berbère et le monde sub-saharien de l’Afrique noire, notion qui permet notamment d’aborder la question des clivages, mais aussi des continuités entre cette région et celle des États sahariens du Maghreb».

De même, le nombre des États retenus sous l’acception de Sahel fluctue suivant les cas de 3 à 10 : «s’il comporte toujours au moins la Mauritanie, le Mali et le Niger, comme dans le cas de la stratégie Sahel de l’Union européenne, il englobe parfois le Sénégal (comme dans le cas de la Stratégie Sahel française), et, souvent, le Burkina Faso et le Tchad, voire le Soudan».

Par ailleurs, le Sahel est passé de 17 millions d’habitants en 1950 à 81 millions en 20121, soit une multiplication par 5 en 60 ans. Les projections moyennes font état de 117 millions d’habitants prévisibles en 2025, puis 208 millions en 2050, et il y a aujourd’hui plus d’habitants à Nouakchott qu’il n’y en avait à l’indépendance dans toute la Mauritanie.

Ainsi, le Niger, pays de 16 millions d’habitants, avec un taux de fécondité de 7,6 enfants par femme, le plus élevé du monde, passera à 55 millions d’habitants en 2050. La population du Mali, 10 millions d’habitants en 2000, près de 15 millions aujourd’hui, passera à 50 millions en 2050. Au Tchad, il y aura en 2050 30 millions d’habitants, contre 8,5 millions aujourd’hui. Au Burkina Faso, 37 millions contre 12 aujourd’hui.

Les chiffres de la mortalité infantile, qui révèlent l’état sanitaire d’un pays, sont édifiants. Au Mali, «on compte 99 décès pour 1 000 naissances (en France 3), et 178 décès avant 5 ans pour 1 000 naissances (en France 4). Un enfant qui nait aujourd’hui au Mali a cinquante fois moins de chances qu’un enfant né en France, d’atteindre l’âge de 5 ans».

L’espérance de vie à la naissance est particulièrement faible, observe le rapport : pour les hommes, alors que la moyenne mondiale est à 68 ans, elle varie de 50 ans (Tchad) à 58 ans (Soudan). Pour les femmes, alors que la moyenne est à 72 ans, elle varie de 51 (Tchad) à 68 ans (Soudan).

2- L’espace sahélien se caractérise par une grande hétérogénéité de peuplement, d’ethnies, de langues, voire de pratiques religieuses, dans un monde où l’islam, largement dominant, s’exprime sous des formes diverses.

En même temps, dans plusieurs pays sahéliens, «le manque d’infrastructures et de services de base, a naturellement fait le jeu de groupes ou associations prosélytes prônant parfois radicales, qui se sont engouffrées dans le vide laissé par les États et ont pu apparaitre comme des facteurs d’ordre ou de développement».

Les associations et organisations ont su jouer sur le levier de la séduction des populations par la satisfaction de leurs besoins primaires. «En instaurant une administration, une police islamique, des structures d’hygiène, en favorisant l’électrification, en distribuant de l’aide alimentaire, ils ont su parfois gagner les cœurs et s’assurer du soutien de la population, créant ainsi un terreau favorable au développement du terrorisme».

Dans les pays du Sahel, la base de l’économie rurale s’est littéralement effondrée. L’effritement de l’agriculture d’oasis et de l’élevage transhumant, au nord, «impliquent que les jeunes, très nombreux, n’ont aujourd’hui guère d’autre espoir que de se livrer à des trafics autrement plus lucratifs».

Les Agences des Nations unies et leurs partenaires humanitaires ont lancé début 2013, un appel pour plus de 1,6 milliard de dollars afin d’aider les personnes touchées par la crise alimentaire et nutritionnelle à travers la région du Sahel. On estime que plus de 10 millions de personnes sont touchées par l'insécurité alimentaire, dans neuf pays d'Afrique de l'Ouest et centrale, du Sénégal au Tchad.

Le développement économique, la construction de l’État, d’une administration, d’un système judiciaire, de forces de sécurité intérieure, sont les plus sûrs moyens de prévenir la survenue de nouvelles crises dans cette partie d’Afrique.

Cela implique «la mise en œuvre d’un ensemble d’actions complémentaires et cohérentes dans tous les domaines : sécurité, développement, gouvernance».

Or, mettre en œuvre une «approche globale» implique en amont, pour le rapport, «qu’on puisse mieux prévenir les crises, par des actions de coopération structurelle militaire et de coopération civile, qu’on puisse mieux en détecter les signaux avant-coureurs et qu’on sache aussi, dès les débuts de l’intervention militaire quand celle-ci s’avère inévitable, déployer, en coordination avec l’action militaire, des capacités civiles pour créer les conditions d’une stabilisation durable».

Nous avons déjà relevé ce paradoxe frappant, estime le rapport : «alors que l’Union européenne a adopté en 2011 une Stratégie intégrée pour le Sahel faisant de cette région l’une de ses zones prioritaires d’action, ses initiatives propres pour résoudre la crise malienne sont pourtant restées singulièrement limitées, ou plutôt, cantonnées à un petit nombre de domaines, importants mais circonscrits, comme la formation de l’armée malienne».

Une vision d’ensemble semble pour le rapport, nécessaire : «il faut introduire de la cohérence, dans notre approche, face au continuum que peut représenter, dans une certaine mesure, l’islamisme politique, les différents courants salafistes et le djihadisme armé».

Et de conclure : faute d’une action résolue et d’une approche à la fois globale et cohérente, «la question du Sahel risque de rester longtemps parmi les sujets brûlants de l’agenda international».

Rubrique « Lu Pour Vous »

6 juin 2013

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