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«Réfléchir ensemble à la démocratie de demain»

Gratacos. M, Conseil économique, social et environnemental, Paris, avril 2013, 82 p.

Définir la démocratie est un exercice complexe, note d’emblée ce rapport, car au-delà de son principe «un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple», elle renvoie à des réalités plurielles. En effet, elle désigne «tout à la fois une procédure visant à prendre des décisions, un régime politique dans lequel le peuple est à la fois sujet et souverain, un ensemble d’institutions et, plus largement, une forme d’organisation de la vie en société».

La démocratie est, en outre, marquée par une tension structurelle «entre un idéal, celui qui comprend la possibilité pour tous les citoyens de participer aux discussions politiques et d’être en mesure d’influencer les choix relatifs aux affaires publiques, et sa réalisation concrète à travers la mise en oeuvre d’un ensemble de processus qui peuvent se révéler imparfaits dans l’usage et dans le temps».

Mener une réflexion permanente pour réduire les écarts entre cette promesse démocratique et sa réalisation, agir de façon continue pour faire progresser les processus qui lui donnent corps, tâcher de les adapter aux évolutions successives de notre société : tel est le défi majeur à relever, observe le rapport.

La démocratie représentative doit continuer d’être, dans son principe, un fondement inamovible. Mais il faut également la penser comme un objet dont les déclinaisons concrètes doivent être en perpétuel mouvement. Il faut en faire «un laboratoire vivant, une série d’expériences successives, toujours inabouties, jamais immuables».

Car la démocratie, comme toute chose, est soumise à ce qu’Edgar Morin nomme la loi suprême de la vie, selon laquelle «tout ce qui ne se régénère pas dégénère».

Or, si le diagnostic de «crise du politique», de «désenchantement démocratique», est si souvent établi aujourd’hui, c’est notamment parce que de profondes mutations ont marqué les sociétés dans les dernières décennies, sans pour autant s’accompagner du renouvellement des processus démocratiques et des outils d’intelligence politique.

Ainsi, «la globalisation et la financiarisation de l’économie, ou encore l’émergence d’institutions supranationales sont venues questionner les formes démocratiques qui n’avaient pas été conçues à cette échelle».

«L’évolution des modes d’engagement, l’érosion des légitimités partisanes, l’émergence d’un rapport plus individualisé à la chose publique, l’augmentation du niveau de connaissance des citoyens, mais également le développement des technologies numériques et des réseaux sociaux, ont également profondément bouleversé le lien au politique. Les citoyens n’acceptent désormais plus les discours d’autorité, ils sont beaucoup plus critiques et réactifs».

Crise de légitimité donc, tant le désenchantement et la défiance vis-à-vis des représentants politiques ne cessent de croître, entraînant par voie de conséquence, une adhésion et une acceptabilité beaucoup plus faibles de leurs décisions. Mais aussi crise d’efficacité, puisque les décisions politiques semblent se succéder, souvent à un rythme effréné, sans pourtant paraître en mesure de répondre aux défis, actuels et à venir, que doit relever notre société.

Par ailleurs et au-delà de la crise de légitimité, le régime démocratique se trouve également confronté à une crise d’efficacité. «On peut ainsi se demander s’il est encore en capacité, à ce jour, de produire des décisions efficientes».

En effet, d’une part l’action politique peine à traiter les problèmes économiques, sociaux et environnementaux qui se posent actuellement. D’autre part, «les responsables politiques sont confrontés à des difficultés récurrentes pour prendre en charge les questions de long terme de la société et anticiper les défis à venir».

La double crise de légitimité et d’efficacité qui frappe la décision politique est par nature, systémique : «l’impuissance des gouvernants alimente la défiance des citoyens, mais c’est aussi en raison du désintérêt croissant de ces derniers pour le jeu politique traditionnel que les gouvernants sont de moins en moins efficaces. La capacité du politique à retrouver sa légitimité et son efficacité dépendra donc de sa capacité à briser cette spirale négative».

Il ne s’agit ici, note le rapport, ni de remettre en cause, ni même de questionner les principes fondamentaux de la démocratie représentative qui doivent rester inamovibles, mais bien les processus qui lui donnent corps. Toute la question est de «s’interroger sur la façon de renouveler le processus de la décision publique afin de faire progresser l’acceptabilité et la pertinence des choix politiques opérés.

Il semble nécessaire, par voie de conséquence, de «mettre en place des formes d’interaction plus permanentes entre gouvernés et gouvernants, pour permettre aux citoyens de s’impliquer davantage dans la vie politique et d’accroître leur rôle dans les prises de décision. L’objectif est bien de passer d’une démocratie intermittente qui se limite essentiellement aux élections pour fonder sa légitimité, à une démocratie plus continue s’appuyant sur un flux d’échanges organisé et constant entre pouvoir et société, offrant ainsi aux citoyens une forme de souveraineté plus étendue».

Rubrique « Lu Pour Vous »

21 novembre 2013

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