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«S'engager pour le développement du Maghreb: un défi et une obligation»

Durrieu. J, Cambon. C, Sénat, octobre 2013, 329 p.

En introduction à ce rapport, l’on lit : «c’est dans un de ces pays arabes et musulmans de la rive sud de la Méditerranée, en Tunisie, que le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid, un jeune marchand ambulant de fruits et légumes, Mohamed Bouazizi, s’immole par le feu. On venait de lui saisir ses outils de travail, une charrette et une balance. Il conteste, et se trouve expulsé et giflé en public».

Voilà, note le rapport, comment commence en Tunisie une révolution qui provoque la chute du régime du Président Ben Ali, et une vague de protestations sans précédent dans les pays arabes de la rive sud de la Méditerranée.

En effet, face à des régimes autoritaires qui ne respectaient ni la démocratie ni les Droits de l’Homme, qui accaparaient les richesses du pays et généralisaient la corruption et l’économie de «rente», une population jeune et sans emploi «va engager sans peur et avec détermination, des mouvements de protestation en réclamant du pain, la liberté et la justice sociale».

Cependant, remarque le rapport, si les causes sont communes, les suites ont rapidement différencié les situations et les pays.

On peut, selon le rapport, distinguer les révolutions avec changement de régime : Tunisie, Egypte, Libye. Les pays qui ont fait des réformes politiques sans changement de régime : Maroc, Mauritanie, Jordanie et même Algérie. Quant à la Syrie, elle est toujours engagée dans une guerre dramatique et sans issue pour l’instant.

Plus loin, les pays du Golfe, qui n’ont pas changé de régime et n’ont pas fait de réformes politiques, «ont au contraire réprimé violemment les manifestations comme au Bahrein».

Les pays de la rive sud de la Méditerranée sont donc à la croisée des chemins, trois ans après. Ils entrent dans la troisième phase de leur révolution : La première correspondait aux renversements des régimes dictatoriaux. La seconde phase était marquée par le succès des islamistes aux élections, alors qu’ils n’étaient pas les initiateurs de la révolte : les Frères musulmans en Egypte, Ennadha en Tunisie notamment.

Qu’ont-ils fait de leur victoire ? S’interroge le rapport.

«Ils n’ont pas répondu aux attentes de la population, ni amélioré le sort du peuple. Et le peuple a mesuré l’inexpérience et l’incapacité des islamistes à traiter des questions sociales et économiques».

Derrière la «modération», très vite, le peuple a également perçu le réel projet final de «l’Islam politique» et la volonté qu’était la sienne d’annexer tous les rouages du pouvoir. «Mais l’Islam n’est pas un projet de gouvernement ! Les mouvements de protestation qui s’en suivirent, comme en juillet 2013 en Egypte, vont entraîner le renversement par l’armée et avec le soutien populaire du président élu. Une violente répression s’engage et se poursuit. L’expérience des Frères Musulmans en Egypte a donc été un échec».

Or ils représentaient le «projet islamiste arabo-musulman» de toute la région. En Tunisie, c’est le blocage institutionnel qui crée une situation chaotique de crise politique sur fond de montée du terrorisme, l’assassinat de deux opposants politiques laïcs scelle la radicalisation des deux camps.

Nous sommes dans la troisième phase, mais les révolutions arabes ne font que commencer, affirme le rapport. Les économies se sont effondrées et les défis sont immenses.

Cependant, si le djihadisme a probablement reculé, les islamistes n’ont pas pour autant disparu. Et face à ces islamistes qui avaient pris le pouvoir par les urnes, comme en Égypte, «c’est l’armée qui est intervenue pour rétablir l’ordre par la force, au prix d’un coup d’état qui ne dit pas son nom et de nombreux morts.

L’armée aussi vient, peut-être, de perdre une chance. Elle devrait opérer un repli et revenir au dialogue démocratique. La demande est forte.

Le moment viendra de redéfinir l’élaboration de la «transition politique». «L’apprentissage de la démocratie est un long processus», mais il semble avéré que les «dirigeants installés», issus des urnes ou de l’armée, seront désormais jugés sur leurs résultats économiques et sociaux.

Mais il est évident qu’un point de non-retour est atteint. Et «les conséquences de la situation nouvelle pour ces Etats, ces régions, mais aussi pour les relations avec la France et l’Union Européenne sont grandes. La stabilité et la croissance de ces pays de la rive sud de la Méditerranée, et notamment du Maghreb, constituent des enjeux majeurs».

L’analyse de la situation suppose la compréhension des problèmes. «Ecoute et dialogue sont nécessaires avec toutes les composantes de la société afin de mieux percer jusqu’aux courants sous-jacents qui travaillent en profondeur et débouchent sur les accidents de l’histoire et ces éruptions soudaines qui bouleversent des États et dont l’onde de choc se poursuit».

Comment anticiper et limiter les effets de surprise ? («surprises stratégiques», «surprises électorales»), mais aussi les ruptures dans le processus démocratique de cette phase de transition.

Il faut se garder de conclusions hâtives, note le rapport. Les événements immédiats qui touchent les États arabes de la rive sud de la Méditerranée et notamment du Maghreb, s’inscrivent sûrement dans un «temps long». Pour mieux les accompagner, il «faudra savoir apprécier les situations de chaque État avec attention. Les processus chaotiques sont communs à toutes les révolutions. C’est dans la durée et non dans l’urgence que ces transitions peuvent aboutir». L’objectif souhaité est l’installation de régimes démocratiques et de sociétés plus stables et plus justes.

Des incertitudes fortes demeurent pour ces pays de la rive sud de la Méditerranée et tiennent essentiellement à plusieurs facteurs dont fondamentalement «la place de l’Islam dans les systèmes sociaux démocratiques futurs, mais aussi la rivalité entre les modèles qui  s’ébauchent».

Mais dans cette région, il est essentiel d’affirmer la place de la Méditerranée pour chacun des pays des deux rives. Cependant face à la diversité de cet espace, il existe «des Méditerranées», la notion de proximité va s’imposer naturellement.

Europe et Méditerranée, une grande région d’influence mondiale. C’est là que se jouera l’ultime phase de la transition de ces révolutions arabes qualifiées prématurément de «printemps».

Rubrique « Lu Pour Vous »

19 décembre 2013

 

 

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