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«Oublier Shanghai : classements internationaux des établissements d'enseignement supérieur»

Legendre. J, Bourdin. J, Actes/Colloque, Sénat, Paris, juin 2010, 119 p.

En introduction à ces actes de colloque, l’on lit : «évaluer l’enseignement est une tâche complexe et les indicateurs risquent de ne constituer qu’un pâle reflet de la réalité ou, pire encore, susciter des effets pervers. Car il est évident qu’un classement ne peut pas être scientifiquement neutre».

Qu’observons-nous depuis quelques années? S’interroge le rapport. L’on observe, dit-il, une multiplication des classements, dans tous les domaines, qu’il s’agisse de ces établissements mais aussi, par exemple, des lycées voire des hôpitaux.  Ceci alors même «qu’aucune approche comparative n’est neutre puisqu’un classement dépend à la fois du choix des critères retenus et de leur pondération».

Il nous faut toutefois bien admettre, note le rapport, que malgré les différences de méthodes existant entre classements, on observe des convergences dans leurs résultats : domination des pays anglo-saxons et place relativement médiocre obtenue par les autres pays. «Les universités des Etats-Unis occupent 54 des 100 premières places du classement de Shanghai et 37 des 100 premières places du classement du Times higher education».

Géographiquement, l’Afrique sub-saharienne, l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient ont peu de classements. Il y en a juste deux : en Tunisie et au Nigeria. Il y a moins de classements en Amérique latine. Pour le reste, pour toutes les régions, on constate une explosion du nombre de classements avec une croissance très rapide.

Selon les régions, le rapport observe un équilibre entre une initiative de faire des classements prise soit par des gouvernements, ce qu’on voit plus en Asie, soit par les médias, comme aux Etats-Unis ou en Angleterre avec le classement international du Times higher education. Il y a aussi des classements effectués par des organismes indépendants : les universités, les grandes écoles…etc.

Tous ces classements posent des problèmes de validité des critères. Le classement de Shanghai, par exemple, c’est le classement de la recherche dans les disciplines scientifiques fondamentales, et non pas dans les sciences sociales et c’est un classement qui privilégie, de surcroit, les publications en anglais.

En même temps, le rapport souligne le degré d’imprécision, de subjectivité et parfois même de malhonnêteté dans ces jugements. Le problème de «la validité du poids attribué aux différents critères, ainsi que les problèmes de validité statistique au niveau de la pondération et de l’agrégation des indicateurs», font que, souvent, une petite variation sur l’un des indicateurs pris en cause peut entraîner une grande différence dans les classements.

Ainsi, en Malaisie par exemple, le nouveau classement du Times higher education supplement a indiqué un recul de 90 places pour la meilleure université du pays, l’université de Malaya. Cela a causé un scandale national et le président de l’université a dû démissionner. C’était essentiellement «un changement méthodologique d’une année sur l’autre qui expliquait ce grand bouleversement dans le classement».

Aux Etats-Unis, certaines études ont démontré que les universités ciblent une clientèle différente parce que l’un des critères retenu est le degré de sélectivité. «Du point de vue de l’équité, cela pose un grand problème. Du point de vue de la répartition des ressources, on donne de plus en plus de ressources à l’aspect recherche et moins à l’enseignement. Des universités en Irlande recrutent des chercheurs étrangers en leur garantissant qu’ils n’auront pas à enseigner une seule heure. Ce qui est important c’est la recherche, la publication et c’est cela qui va permettre d’augmenter le score dans les classements».

Dans beaucoup de pays, observe le rapport, on s’aperçoit que les institutions font des fusions et se rapprochent parce qu’il y a un effet taille dans certains des classements. Plus on est grand, mieux c’est pour avoir de la visibilité.

Même au niveau des gouvernements il y a des réactions parfois hâtives. «Les Russes étaient très en colère de voir que leurs universités étaient mal classées, donc ils ont leur propre classement mondial et tout d’un coup l’université de Moscou se trouve bien meilleure que Harvard, Stanford ou la Sorbonne».

Hormis cela, ces classements sont de nature à pousser à une interrogation et à une réflexion sur les raisons pour lesquelles on est bien classé ou mal classé. Cela peut permettre de «fixer des objectifs concrets pour orienter le pilotage stratégique des institutions et de former des alliances qui permettent de constituer des synergies. L’important est de se demander comment je peux améliorer la qualité d’enseignement et de la recherche de mon institution, si c’est une institution qui essaye de faire les deux».

Et le rapport d’avancer le constat suivant : «que ce soit avec le classement de Shanghai ou avec le Higher education supplement, la plupart des meilleures universités se situent aux Etats-Unis et en Angleterre, il y en a deux ou trois au Japon, dans d’autres pays de l’Ouest et du Canada».

Rubrique « Lu Pour Vous »

27 février 2014

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