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«Globalisation démocratique et exception autoritaire arabe»

Camau. M, Presses de Sciences Po, Paris, janvier 2006, 24 p.

En introduction à cette étude, l’auteur dit ceci : «l’autoritarisme dit arabe n’a d’exceptionnel que la conjoncture nouvelle, la globalisation démocratique, qui l’inscrit à l’ordre du jour».

Or l’argument de l’exception est il fondé ? S’interroge l’auteur

Certes, répond-t-il, les régimes arabes connaissent un processus de transformation susceptible de déboucher sur une consolidation autoritaire, mais «cet autoritarisme consolidé n’en témoigne pas moins d’une forte congruence avec les tendances inhérentes à la globalisation démocratique».

L’autoritarisme, catégorie forgée durant la guerre froide, désignait des écarts de régimes à la norme démocratique occidentale, et suivant les variations des enjeux de l’ordre mondial bipolaire, il était pensé à l’aune de l’Europe méridionale, de l’Amérique latine ou des «nouveaux Etats», dont, entre autres, ceux du monde arabe. Son acception dominante tendait à spécifier une sorte de tiers-monde politique et réunissait sous un dénominateur commun, le pluralisme limité, un large éventail de régimes non démocratiques, mais néanmoins irréductibles aux dispositifs totalitaires.

Cela reviendrait à dire que les régimes autoritaires sont susceptibles de se transformer progressivement et pacifiquement en démocraties, présume l’auteur.

La mise en cause de l’exception n’est apparue qu’avec la «troisième vague de démocratisation», l’implosion de l’URSS et l’expansion de l’économie de marché. Elle correspond à «l’avènement d’un ordre unipolaire dans lequel la règle démocratique est devenue la norme universelle».

Cette globalisation repose sur le postulat suivant : «le monde est engagé dans un processus irréversible de démocratisation et, dans sa totalité, il doit et peut se démocratiser. Les régimes qui ne satisferont pas aux critères de la démocratie minimale feront exception tant sur le plan empirique que normatif».

Selon cette affirmation, le monde arabe, où la démocratie serait «complètement absente», constitue l’une de ces principales exceptions autoritaires. Partant, il se distingue non seulement des autres régions du monde mais également d’autres pays musulmans.

Néanmoins, à la faveur du contexte de «la lutte contre le terrorisme» et de l’intervention anglo-américaine en Irak, il a connu un nouvel essor suivant trois registres différents mais partiellement convergents :

+ Le premier énonce l’exception par référence à un seuil minimal non point de démocratie, mais de pré requis électoraux de la démocratisation. Le critère retenu ici «est l’organisation périodique d’élections concurrentielles, libres et honnêtes, condition nécessaire mais non suffisante de la démocratie minimale».

+ Le deuxième registre relève d’organisations et de conférences internationales. On le trouve dans les «rapports» du PNUD, sous la plume de chercheurs et d’experts arabes, qui considèrent que la troisième vague de démocratisation a à peine atteint les Etats arabes. Dans le rapport de 2002, ces auteurs identifient notamment trois «déficits» relatifs à la liberté, à la condition féminine et à la connaissance.

+ Dans le troisième registre, celui de la politique étrangère, le discours de l’exception s’inscrit en faux contre toute justification culturaliste de l’autoritarisme et contre toute interprétation essentialiste de l’islam.

Par ailleurs, la variante sociétale de l’«autoritarisme arabe» part du constat suivant : si tous les régimes des Etats arabes sont autoritaires alors même qu’ils diffèrent sous de nombreux aspects, ce ne peut être une pure coïncidence, partant, le facteur déterminant serait non pas l’Etat, le régime ou le leader, mais la société.

Suivant la thèse du néo patriarcat, la vie sociale, depuis la famille naturelle jusqu’à la famille «nationale», se caractérise par des relations d’autorité, de domination et de dépendance conférant à la figure du père-patriarche les traits d’un agent de répression. La dimension répressive familiale aurait pour corollaire le clientélisme.

«A l’instar du fils, soumis au père, mais bénéficiant de l’entremise de la mère et de l’oncle dans le cadre de la famille patriarcale, l’individu de la famille néopatriarcale, à ses différents niveaux, sollicitera faveurs et bienfaits auprès du détenteur de quelque parcelle de pouvoir en recourant à un intermédiaire proche de celui-ci».

Dans ce schéma où l’autoritarisme apparaît comme un phénomène total, l’Etat n’est qu’une «version modernisée du sultanat patriarcal traditionnel».

Rubrique « Lu Pour Vous »

22 mai 2014

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