Aller au contenu principal

«Crise des élites et restructuration du champ politique par le haut»

Saaf. A et al., Fondation A. Bouabid, Coll «les cahiers bleus», n° 13, 2009, 36 p.

En guise de constat, ce rapport affirme que «face au recul de la gauche, au faible taux de participation aux élections législatives de 2007, et au discrédit qui frappe l’action partisane, des entrepreneurs politiques proches du palais ont été tentés de présenter une nouvelle offre politique à la suite du succès obtenu par une liste de candidats  indépendants défendant le sigle du tracteur dans la circonscription de Ben Guérir».

S’érigeant en rempart contre la mouvance islamiste, particulièrement le Parti de la Justice et du Développement (PJD), «le Mouvement pour Tous les Démocrates (MTD) a eu pour intention déclarée de faire de la crise du politique au Maroc une opportunité pour la rénover».

Mais l’ambition de rénovation de l’action politique proclamée par le MTD se heurte à la réalité, note le rapport. «Coalition hétéroclite d’anciens détenus issus de l’extrême gauche des années 1970, reconvertis dans la défense des droits de l’homme, de ministres du gouvernement, de dirigeants de grandes entreprises publiques, et de notables d’anciens partis de l’administration dont la création a été soutenue et encouragée par le ministère de l’Intérieur dans les années 1980, cette association a donné naissance au Parti Authenticité et Modernité (PAM) qui n’est pas le meilleur exemple de cohérence doctrinale ou idéologique».

Cette initiative a plutôt contribué à la confusion de l’offre politique pour les citoyens marocains, et une partie de la presse y a vu une expérience identique à celle du Front pour la Défense des Institutions Constitutionnelles (FDIC) qui s’est achevée par la suspension de l’ordre constitutionnel et la proclamation de l’état d’exception en 1965.

D’autres expériences plus ou moins similaires ont émaillé le règne de Hassan II, notamment la création du Rassemblement National pour les Indépendants (RNI) et de l’Union Constitutionnelle (UC). Ces partis ont été soutenus par le ministère de l’Intérieur afin d’obtenir des majorités parlementaires dociles et entretenir l’usure de l’opposition de gauche.

Bien qu’ils ne soient pas les plus fervents défenseurs d’une révision constitutionnelle qui limiterait les pouvoirs de la monarchie, «les dirigeants du MTD/PAM ne cherchent pas tant à défendre une constitution face à des revendications de réforme constitutionnelle qu’à être l’amortisseur  politique d’une monarchie omniprésente».

Le MTD/PAM cherche ainsi à être le corps intermédiaire qui donnerait vie aux réformes initiées par «une monarchie modernisant le Maroc selon un mode autoritaire, mais dont les résultats sont incertains».

Cette différence de contexte n’empêche pas le recours à d’anciennes pratiques en termes de confusion des genres, «dont la permanence tranche avec l’ambition publiquement affichée au départ. En effet, tout se passe comme si le projet politique incarné par M. Al Himma, à grands renforts de volontarisme, s’accommodait mal et sans contradictions, d’une réhabilitation du politique dans un cadre, et moyennant des règles démocratiques établissant l’égalité des acteurs devant le droit et la monarchie».

Au départ, le projet s’avance à la fois comme une réponse à un «vide politique», et comme un contre-modèle de légitimation de l’engagement politique classique, mais à l’approche des élections, le  «renouveau proclamé» s’efface pour laisser place à «un projet de recomposition à marche forcée, et par le haut du champ politique avec des procédés, somme toute similaires à ceux mobilisés les années passées».

Cette configuration demeure pour le moins paradoxale, voire problématique, quand on observe comment les dirigeants du PAM, dans leur projet de recomposition politique tous azimuts, en viennent à entraîner la monarchie dans l'arène politique, note minutieusement le rapport. Car, en revendiquant le statut de relais des orientations royales, le PAM accrédite la thèse du parti-Etat difficilement compatible avec la marche vers la démocratie.

Du coup, c’est paradoxalement le PAM qui, par son action, en vient à reposer la question de la conception du rôle de la monarchie au regard d’un projet de société que les élites traditionnelles, de gauche notamment, n’arrivent plus à capter les signaux.

Rubrique « Lu Pour Vous »

 5 juin 2014

Vous pouvez partager ce contenu