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«Au cœur du développement: la recherche en partenariat avec les pays du Sud»

Kalliopi Ango Ela, Rapport, Paris, octobre 2013, 199 p.

La politique de développement constitue avec sa diplomatie et sa politique de défense un des piliers de la politique étrangère de la France, note ce rapport de prime abord. «Elle est un élément essentiel du dialogue Nord-Sud, qui est devenu avec la fin de la guerre froide un enjeu central de la géopolitique mondiale».

Pour le rapport, «la France est d’autant plus légitime à peser dans ce dialogue qu’elle est le 4ème donateur en matière d’aide publique au développement. Sa politique de coopération est destinée, avec celle des autres États donateurs, à concourir aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), définis dans le cadre de l’ONU pour lutter collectivement contre la pauvreté et les inégalités et destinés à être intégrés après 2015 dans le cadre plus large des Objectifs pour le développement durable (ODD)».

La France dispose d’une gamme complète d’acteurs et d’outils : «notre pays se distingue par ses organismes de recherche dédiés à cette matière (l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (Cirad), qui se caractérisent par leur présence hors de France dans la durée…d’autres établissements de recherche ou agences de développement se mobilisent aussi pour le Sud (l’Institut Pasteur, l’ANRS, le CNRS…), mais aussi des universités, des collectivités locales, des ONG, des fondations… Les mobilités étudiantes sont aussi présentées comme un outil au service de la recherche pour le développement».

Cela représente pour la France un effort budgétaire non négligeable, rappelle le rapport : «360 millions d’euros, soit un peu moins de 4% de l’aide au développement française, mais près de 12% si on y ajoute les frais d’écolage qui correspondent à la prise en charge des étudiants issus des pays en développement».

Or, l’importance de ces efforts ne signifie pas pour autant qu’ils produisent les résultats escomptés. En fait, «la recherche pour le développement est tiraillée entre les exigences de la recherche et la démarche de développement : comment faire de la recherche d’excellence tout en aidant les pays les plus en difficulté à y accéder?».

En même temps, la recherche pour le développement «souffre d’une mise en oeuvre délicate, qui ne bénéficie pas toujours aux pays du Sud. Les thématiques de recherche ne sont pas systématiquement élaborées conjointement avec le Sud : les chercheurs du Sud ont indiqué que les recherches n’étaient pas toujours articulées aux besoins des pays du Sud. Les partenariats sont trop souvent inégaux et pas assez tournés vers le renforcement des capacités. Enfin, la recherche est trop souvent confondue avec l’expertise, qui n’a pas les mêmes exigences scientifiques et ne renforce pas les capacités du Sud».

 

Mal articulée, la recherche pour le développement se trouve aussi «freinée par des politiques publiques qui lui sont mal adaptées : la politique des visas qui entrave la mobilité des étudiants et des chercheurs, et celle de la défense qui s’inquiète des menaces contre le patrimoine scientifique et technique de la nation».

En outre, nos opérateurs de recherche se présentent au Sud en ordre dispersé : «la création de l’Agence inter-établissements de recherche pour le développement (AIRD) a tenté d’y remédier en 2010. Il faut admettre son échec, dû à un défaut de conception et à un manque de moyens. Mais il est impossible de s’en satisfaire : non seulement l’offre scientifique française au Sud ne sera pas optimale dans ces conditions, mais l’IRD est menacé dans son existence».

Rubrique « Lu Pour Vous »

17 juillet 2014

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