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«Les nouveaux usages de la télévision»

Desailly. C. M, Rapport, Paris, juillet 2014, 40 p.

Contrairement à ce que l’on pouvait entendre, il y a encore quelques temps, lorsque l’on nous annonçait la mort de la télévision, inexorablement condamnée à céder du terrain au digital, «celle-ci continue à occuper une place de choix», note de prime abord ce rapport.

Pourtant, si cette place privilégiée n’est pas contestée, force est de constater que la télévision connaît à son tour une révolution dont l’étendue est encore largement insoupçonnée. Après l’augmentation du nombre de chaînes, après l’arrivée de la haute définition, après la multiplication des supports de réception, l’émergence d’une véritable télévision «à la demande» change radicalement les usages des téléspectateurs. «La nouvelle pratique de consommation  au forfait devrait prendre incessamment son essor et pourrait même changer  l’économie des médias et des infrastructures de diffusion».

Ainsi, à une consommation de la télévision traditionnelle, collective et linéaire, «s’ajoute désormais une consommation délinéarisée, individuelle et mobile, en dehors de son support et de sa programmation d’origine. Ces différents accès aux contenus audiovisuels ne se cannibalisent pas. Bien au contraire, ils se complètent et se renforcent mutuellement».

Parmi les nombreux enjeux de cette nouvelle donne, le rapport cite :

- la nécessaire sécurisation de la diffusion TNT,

-les enjeux en termes de diversité culturelle, avec l’apparition de nouveaux acteurs,

-la nécessité d’appliquer les mêmes règles à ceux qui exercent la même activité.

En termes d’usages, note le rapport, «nous sommes au tout début de l’histoire de la délinéarisation, nous allons devoir imaginer les moyens de donner à voir une profusion de contenus ».

Mais à l’heure où on accède à l’info et au divertissement par d’autres moyens que sa télévision, comment sera financé un audiovisuel public dont les contenus seront multi-supports ?

Car, quand on examine les usages, l’on voit bien que la consommation de la télévision linéaire traditionnelle sur un écran de télévision classique reste importante. À côté de cela, l’on assiste à une délinéarisation des antennes à laquelle s’ajoutent des nouveaux médias de type Youtube, Dailymotion, qui proposent des contenus un peu différents.

Tout cela s’additionne plus que cela ne se concurrence, observe le rapport.

Avec le déploiement simultané de la 4G sur les mobiles et de la fibre sur le réseau fixe, «nous mesurons des croissances importantes de consommation de contenus liées assez mécaniquement à l’augmentation des débits. Sur les réseaux mobiles, on constate une augmentation de plus de 50% de la consultation des vidéos lorsqu’on est en 4G».

Or, le phénomène du téléchargement et du streaming illégal, c’est «presque le premier nouvel usage qui nous force depuis quelques années à bouger et c’est compliqué».

En même temps, le problème de l’internet gratuit, quand il n’est pas encadré par des FAI, est qu’il est «largement dominé par des plateformes comme Google et Youtube qui recourent à des algorithmes que nous ne maîtrisons pas». La monétisation publicitaire dans un monde gratuit et moins encadré, «nous amène à devoir trouver des modes de financement plus difficiles que dans un monde linéaire ou non linéaire encadré traditionnel, dans un contexte marqué par une augmentation de la consommation audiovisuelle très forte» (Youtube en France représente environ un milliard de vidéos vues par mois et Dailymotion représente environ 300 millions de vidéos vues par mois de façon gratuite et légale).

Pour les menaces, il y en a trois, observe le rapport. La première, concerne le fait que le digital n’est plus national mais mondial.

Deuxième menace : elle concerne les modèles d’affaires «qui permettent de continuer à financer les contenus qui irriguent les réseaux. D’après les estimations de Cisco, 90% du trafic Internet est aujourd’hui le fait des contenus audiovisuels. C’est évidemment une opportunité mais, ces contenus, nous devons continuer à les financer, d’autant que  l’investissement dans les contenus, est colossal».

Troisième menace c’est le piratage : il ne cesse de se réinventer et de trouver des formes différentes qui sont parfois du parasitisme. Car, «quand on a le sentiment d’avoir trouvé une solution, il en apparaît dix autres à côté. Cela devient un problème évidemment majeur notamment quand on se met à diffuser un événement qui coûte beaucoup d’argent, sans avoir la possibilité de le monétiser».

Rubrique « Lu Pour Vous »

14 août 2014

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