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«La francophonie et la francophilie, moteurs de croissance durable»

Attali. J, Rapport, Paris, août 2014, 246 p.

En préambule à ce rapport (rédigé sur demande de François Hollande), l’auteur dit ceci : «l’espace géolinguistique économique de la francophonie va au-delà des frontières institutionnelles de la francophonie et recouvre les cinq continents. Il inclut les pays francophones non membres de l’OIF (Algérie), les pays où une proportion de la population parle le français (Israël), les pays dits francophiles, qui ont un intérêt économique à apprendre le français (Nigeria). Il inclut aussi les diasporas francophones, les réseaux d’anciens élèves de l’enseignement français. A cela s’ajoutent les 50 millions d’apprenants du français comme langue étrangère à travers le monde, ainsi qu’une élite de plusieurs milliers d’influenceurs francophilophones qui occupent des postes économiques, culturels et politiques stratégiques dans des pays non francophones».

La francophilophonie regroupe donc, selon ce rapport, les pays francophones, les pays francophiles et les francophones et francophiles du reste du monde.

La francophonie est le 6ème espace géopolitique par sa population et peut devenir le 4ème à l’horizon 2050. 230 millions de gens parlent français aujourd’hui.

Au total, «l’ensemble des pays francophones et francophiles représente 16% du PIB mondial, avec un taux de croissance moyen de 7%, et près de 14% des réserves mondiales de ressources minières et énergétiques, alors que les francophones ne représentent encore que 4% de la population mondiale».

Les échanges commerciaux induits par le partage du français entre une trentaine de pays francophones sont à l’origine de 6% de la richesse par habitant en moyenne pour ces pays et de 0,2 point de taux d’emploi.

Pour l’auteur, trois évolutions pourraient accélérer la croissance économique des pays francophones d’ici à 2050: «le nombre de francophones pourrait atteindre 770 millions, le besoin en infrastructures pourrait porter la croissance des pays francophilophones, le développement des nouvelles technologies pourrait accélérer leur développement (paiement mobile, e-santé, big data, etc.)».

Cependant, faute d’un effort majeur, on pourrait assister en effet à un recul de l’espace francophilophone : «le nombre de francophones pourrait décroître, sous la pression de la concurrence des autres grandes langues internationales, des langues locales, et face aux difficultés de certains pays francophones du Sud à assurer l’accès à l’éducation de leurs populations en situation d’explosion démographique. Le nombre de francophones en 2050 pourrait alors être inférieur à celui d’aujourd’hui, au lieu de croître jusqu’à 770 millions».

Ce déclin de la francophilophonie entraînerait «une perte de parts de marché pour les entreprises françaises, un effondrement du droit continental au profit du droit anglo-saxon des affaires, ainsi qu’une perte d’attractivité pour les universités, la culture et les produits français et en français. Cela entraînerait la destruction de 120 000 emplois en France dès 2020, soit 0,5 points de chômage en plus, et un demi-million en 2050, soit 1,5 points de chômage en plus».

Mais le scénario positif de développement d’une francophonie économique peut être réalisé, selon l’auteur à condition de mettre en œuvre les propositions que renferment les 7 axes suivants :

+ Augmenter l’offre d’enseignement du et en français, en France et partout dans le monde à travers le renforcement des politiques «d’intégration par l’apprentissage du français en direction des communautés immigrées…d’attraction des populations non francophones vers l’apprentissage du français».

+ Renforcer et étendre l’aire culturelle francophone, «grâce notamment à la construction par des entreprises françaises de salles de cinéma en Afrique francophone et la programmation d’un quota de films francophones».

+ Cibler 7 secteurs clés liés à la francophonie, «pour maximiser la croissance de la France et des autres pays francophones : le tourisme, les technologies numériques, la santé, la recherche et développement, le secteur financier, les infrastructures et le secteur minier».

+ «Jouer sur la capacité d’attraction de l’identité française pour mieux exporter les produits français et conquérir de nouveaux francophiles».

+ Favoriser «la mobilité et structurer les réseaux des influenceurs francophones et francophiles».

+ Créer «une union juridique et normative francophone : un guichet douanier pour les francophones dans les aéroports des pays francophones volontaires pourrait être créé, afin de rendre tangible un sentiment d’appartenance de la communauté d’intérêts francophones».

+ Se donner «comme projet de créer à terme une Union économique francophone aussi intégrée que l’Union européenne».

Rubrique « Lu Pour Vous »

25 septembre 2014

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