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«États-Unis : l'usage de la force et la force de l'influence»

Carrère. J. L ET al., Rapport, Sénat, Paris, juillet 2014, 207 p.

Les États-Unis sortent d’une décennie d’engagement militaire et de la crise économique avec une vision renouvelée de leur rôle sur le plan international, note d’emblée ce rapport. «Vision renouvelée, mais loin d’être partagée. Celle d’un Président en proie aux critiques d’un Congrès polarisé comme jamais. Une vision encore un peu floue, qui se dessine à travers des déclarations, des documents et des actes, mais qui parfois doit composer avec la réalité brutale de l’actualité internationale, au prix de nombreuses contradictions et avec l’inertie propre à l’énorme appareil diplomatique et de défense américain dont les objectifs ne peuvent être changés instantanément».

Marqués par un engagement militaire important, le plus important depuis le Vietnam, en Afghanistan et en Irak, par une crise économique sans précédent depuis la Grande Dépression des années 1930 et par une division politique profonde, «les États-Unis doutent».

La chute du mur de Berlin les «avait laissés seuls, sans adversaire à leur taille, et surtout sans adversaire proposant une autre vision du monde. D‘aucuns parlaient d’un monde unipolaire et d’un hégémon américain fondé sur les principes de l’économie libérale et les droits de l’homme, sur la puissance du dollar comme monnaie de référence et sur une force militaire qui gendarmerait le monde».

Mais au 11 septembre 2001, «la réalité d’une menace asymétrique, non étatique, a été douloureusement perçue, suscitant une réaction vigoureuse, surdimensionnée peut-être, pour réaffirmer la force des États-Unis. Or, cette réaction les a affaiblis sur le plan humain, sur le plan moral, sur le plan militaire et sur le plan économique. D’où cette volonté du Président Obama de reconstruire la Nation et dans un second temps de penser à l’expression de son rôle sur la scène internationale, à sa mission et aux modalités d’usage de sa force».

En effet, dans un monde multipolaire qui se construit progressivement, les États-Unis peinent pour redéfinir leur place, «une place compatible avec l’émergence d’autres puissances en devenir, et leur rôle : la Nation indispensable pour préserver la paix, prévenir les conflits et assurer la liberté de circulation, qui doit influer par sa diplomatie, nouer des alliances, prendre part à la construction d’un droit international, mais qui ne peut tout faire : aux États concernés par les conflits et les crises d’assurer premièrement et pleinement leurs responsabilités».

Il faut dire, remarque le rapport, que les États-Unis continueront à intervenir dans le monde, mais de façon plus réaliste, moins idéologique et à façonner le monde, mais par l’influence plus que par la force.

En même temps, «le rééquilibrage des modes d’action se combine au rééquilibrage des priorités géographiques qui confirme, ce qui n’est que la conséquence de l’évolution de la concentration des richesses et des opportunités, une réorientation progressive vers l’Asie et le Pacifique, présentée de façon un peu maladroite comme un pivotement. Les États-Unis prêteront plus d’attention et alloueront davantage de moyens à cette zone, ce qui ne signifie pas qu’ils se désintéresseront des autres parties du monde, notamment de celles où ils sont engagés».

Certains critiqueront cette nouvelle attitude comme l’aveu d’une faiblesse qui enhardira les adversaires et dès lors inquiètera les partenaires et alliés. «C’est sans doute tragiquement vrai sur le court terme. Il est moins sûr que cela le soit sur le long terme, car les États-Unis restent puissants et disposent d’autres moyens que la force brutale pour assouplir ce qui est raide et rendre droit ce qui est tordu. Mais il est vrai que la survenance de crises et la nécessité de les résoudre, souvent et de façon optique dans l’instant, obligent parfois à des retours en arrière et à des contradictions par rapport à la vision initiale, l’impasse irakienne en fournit un édifiant exemple».

Rubrique « Lu Pour Vous »

9 octobre 2014

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