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«La guerre des drones»

 Baudi. S, Lassalle. J, Rapport, Assemblée nationale, Paris, 7 juillet 2021, 117 p.

En janvier 2020, un drone américain a tué le général iranien Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods. Cette crise marque une réelle rupture s’agissant de l’emploi des drones aériens, non seulement pour la réalisation d’une élimination ciblée, mais aussi et davantage pour les missions de pur espionnage. En même temps, cette crise a mis en lumière le poids croissant des drones aériens dans les conflits, que l’année 2020 n’a fait d’ailleurs que confirmer.

L’emploi massif de drones par la Turquie et les Émirats arabes unis dans la méditerranée, dès l’année 2019, avait conduit Ghassan Salamé, alors Représentant spécial des Nations unies en Libye, à déclarer que le conflit en Libye était devenu le théâtre de «la plus grande guerre de drones au monde».

La «guerre des drones» est donc déjà une réalité, note le rapport.  Leur emploi croissant s’accompagne d’une double rupture : opérationnelle et stratégique.

Une rupture opérationnelle, d’abord, car «les drones permettent en effet, d’éloigner les combattants des zones de danger immédiat, offrent une permanence avec laquelle ne peuvent rivaliser des pilotes embarqués, et ouvrent de nouveaux moyens d’action tactique».

C’est la raison pour laquelle «les champs de bataille d’Ukraine, de Syrie et du Yémen, mais aussi les régions d’affrontements géopolitiques, tel le Golfe Persique ou la mer de Chine, sont de plus en plus encombrés de drones de tailles et de caractéristiques variées. Qu’ils soient utilisés pour la collecte du renseignement, les frappes aériennes, le ciblage de l’artillerie ou la guerre électronique, les drones sont un facteur majeur d’évolution de la guerre moderne».

Une rupture stratégique, ensuite, car «l’essor des drones rebat les cartes des équilibres stratégiques en place. Relativement accessibles d’un point de vue financier et technologique, du moins pour certains modèles, les drones sont vus par nombre de pays comme une possibilité de mettre en adéquation leurs moyens et leurs ambitions. L’apport opérationnel des drones est tel, y compris pour les moins évolués, que leur emploi participe aussi à un nivellement des écarts stratégiques, et ce d’autant plus qu’aujourd’hui, même les drones les plus performants constituent des cibles faciles pouvant aisément être détruits».

C’est aussi la raison pour laquelle, et au cours de la dernière décennie, le nombre de pays utilisant des drones armés a cru de 58%, avec une flotte mondiale qui dépasserait de loin les 20 000 appareils, alors qu’il reste difficile d’évaluer avec précision l’état du parc de pays comme la Chine ou l’Iran.

Or, souligne le rapport, «si l’essor des drones constitue…une opportunité, il représente également une menace», car l’on ne cesse de constater l’emploi croissant des drones par les groupes armés terroristes : «ne disposant pas des moyens de mettre en oeuvre des drones complexes (…), ils utilisent des drones civils, de loisir, bricolés afin de les équiper d’une caméra ou d’une charge explosive». D’où la nécessité de se «doter de moyens performants de lutte anti-drones, afin de détecter, de caractériser et de neutraliser une menace qui pèserait sur une emprise, un convoi ou des troupes déployées».

Mais ce dont il s’agit le plus souvent, ce sont les drones militaires, c’est à dire ces «engins mobiles, terrestres, aériens ou navals, sans équipage embarqué, pilotés à distance ou programmés, et équipés d’une ou plusieurs charges utiles: moyens d’observation, d’écoute ou armement, le cas échéant».

Si les premiers drones ont été développés pendant la Première Guerre mondiale, et les premiers modèles opérationnels durant l’entre-deux-guerres, il faudrait noter, rappelle le rapport, que la véritable première rupture date de la Première guerre du Golfe, «avec l’utilisation par les forces américaines du drone Pioneer pour des missions de surveillance, l’acquisition des objectifs, et les réglages de l’artillerie».

Au début des années 2000, «l’amélioration considérable des technologies des drones, sur le plan du vecteur aérien comme sur celui des capteurs, a permis d’accroître très fortement les performances des systèmes de drones pour la collecte d’information, le renseignement et le ciblage».

L’armement des drones constitue par ailleurs, une véritable révolution dans leur usage : «devenus des vecteurs offensifs, ils ont ainsi été employés pour des missions auparavant dévolues aux avions de combat et à l’artillerie, pour lesquelles ils ont donné satisfaction en raison de leur efficacité et d’un ratio coûts / efficacité avantageux pour les forces armées qui les emploient».

La combinaison des fonctions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance) des drones (haute altitude, longue endurance), et de la possibilité d’engager une cible avec précision a permis de «raccourcir la chaîne de décision quant à l’engagement d’une cible, tandis qu’ils offrent une permanence avec laquelle ne peuvent rivaliser les aéronefs habités».

Les drones se trouvent ainsi et forcément, au coeur des stratégies hybrides, définies comme «combinant des modes d’action militaires et non militaires, directs et indirects, légaux ou illégaux, mais toujours ambigus, conçus pour rester sous le seuil estimé de riposte ou de conflit ouvert».

En même temps, les drones concourent à l’effacement de la frontière entre le temps de paix, le temps de crise et le temps de guerre, favorisant les «zones grises» où, «sous couvert d’asymétrie ou d’hybridité, se déploient des actions d’influence, de nuisance, voire d’intimidation, qui pourraient dégénérer».

Deux domaines illustrent le poids croissant que prendront les drones dans les nouveaux espaces de conflictualité : les grands fonds et l’espace.

En effet, alors que 95% des données mondiales échangées, transitent par des câbles sous marins, leur vulnérabilité appelle à la plus grande vigilance, comme en témoigne d’ailleurs l’irruption du concept de «seabed warfare».

Dans le même temps, l’espace est devenu un nouveau terrain de conflictualité, les drones prenant une part active à son arsenalisation. L’espace peut ainsi voir se déployer des drones «toujours plus nombreux et diversement équipés, chargés de missions aussi différentes que l’observation ou la frappe, à des fins de neutralisation de satellites par exemple».

Plusieurs facteurs expliquent, note le rapport, l’intérêt croissant pour les drones. Le premier d’entre eux tient «au fait qu’ils contribuent à un nivellement des écarts stratégiques. L’emploi de drones permet en effet, de faire peser une menace disproportionnée par rapport aux moyens investis, nécessitant, pour celui qui doit s’en défendre, de fortes ressources pour la contrer».

Le second est que les drones permettent d’équiper une force armée à bas coûts : ils «suscitent une évolution significative en ce qu’ils permettent à de plus petits États de se doter de capacités aériennes à coût réduit».

Car, pour des pays aux ressources financières et à l’expertise technologique limitées, les drones représentent une véritable opportunité de montée en gamme militaire, d’autant que les appareils sont plutôt aisés à mettre en oeuvre.

Le troisième est que le développement de capacités de drones robustes permet aussi de compenser des fragilités dans des domaines plus complexes, à l’instar de l’aviation de chasse. À titre d’exemple, «la montée en puissance de la base industrielle turque sur le segment des drones», répond à une volonté politique de la Turquie de compenser les lacunes des forces aériennes et de se doter rapidement, et pour un coût raisonnable, de capacités militaires efficaces et visibles.

Mais l’utilisation des drones fait face, au-delà des avantages soulignés, à une question d’éthique concernant leur doctrine d’emploi par des forces armées. Pour certains militaires et penseurs de la guerre, le fait que l’opérateur d’un drone ne risque a priori pas sa vie est une raison suffisante pour dénoncer un moyen «injuste» de faire la guerre (non-réciprocité du risque).

L’on ignore de ce fait, les grands principes de la guerre qui encouragent le soldat à agir depuis le couvert et se distingue peu, au fond, des débats menés lors de l’apparition des arbalétriers ou de la canonnade.

Rubrique « Lu Pour Vous », 26 mai 2022

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